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18 juin, 2011

Le passé 2ème collège

Classé dans : — eldzayer @ 7:01

Arrêtez de vouloir tourner
la page à ma place !
Le passé 2ème collège pousse Par Hakim Laâlam  
Email : 
laalamh@yahoo.fr
Ayman Al-Zawahiri prend la place de Ben Laden à la tête
d’Al Qaïda. Une succession saluée comme il se doit par les…

… poissons qui le trouvent plus dodu que son
prédécesseur
!

Je ne suis pas franchement parano. Je ne suis pas non plus en état d’alerte maximum, niché dans l’ombre à guetter en permanence le moindre indice de la présence d’un lobby sioniste derrière chaque institution française. Je dois bien avouer que j’ai tout de même d’autres choses un peu moins avilissantes à faire de mes journées. Mais bon, là, ça commence à faire un peu trop bezef ! Ras la casquette ! J’ai entendu comme vous tous Juppé, ministre français des Affaires étrangères, déclarer ici, en Algérie, à propos du passé colonial français et des demandes de repentance exprimées par des Algériens «arrêtons de ressasser le passé !» Et c’est là que moi, je pète un câble, tout en expliquant mon intro sur les sionistes. Je ne comprends pas pourquoi, en vertu de quel sacro-saint principe, la moindre tombe juive profanée en France soulève des tempêtes terribles, le plus petit des écarts de langage heurtant la communauté israélienne provoque un tsunami, et le plus petit recoin de la plus insignifiante rue française est dédié sans aucun problème à une stèle commémorant la Shoah et l’extermination du peuple juif, sans que cela ne posât problème à la France officielle, bien au contraire, avec son assentiment zélé, alors que dans le même temps, à la simple évocation timide de la part des miens, ici, en Algérie, des gazages de populations entières, des enfumages d’êtres humains murés vivants dans des grottes, des exécutions sommaires à la sortie d’une tente ou au détour d’une manifestation villageoise, on nous brandit tout de suite la pancarte avec écrit dessus «arrêtons de ressasser le passé !» Wach ? Y aurait-il un passé «premier collège» qu’il est permis de ressasser à outrance, de ressortir à tout-va, de célébrer en ribambelle d’excuses et de repentances officielles, et puis, l’autre passé, celui du «second collège», celui de nos morts qu’il nous serait interdit de revendiquer, de dire, d’exiger que des paroles de pardon soient prononcées à leur mémoire ? C’est quoi ce b… ? Enfumer des Algériennes, des Algériens et leurs bêtes dans les mêmes grottes, c’est peut-être plus doux et moins terrible qu’un four ? Existerait-il un apartheid des martyrs ? Ceux des camps d’extermination nazis bénéficiant pour l’éternité des génuflexions de la planète entière, la France comprise, et ceux de l’Algérie qu’il faudrait taire, cacher, ensevelir encore plus et ne surtout pas agiter sous le nez des vendeurs de contrats qui se bousculent ces derniers mois au Palais d’El Mouradia ? Barakat ! Ça suffit ! Je veux bien tourner la page, mais de la même manière que vous la tournez avec toutes les communautés mondiales agressées, spoliées, torturées et assassinées. Mes martyrs kif-kif avec leurs martyrs. Ni plus ni moins. Grande nation que vous êtes, la France, terre des droits de l’homme, il devrait pourtant vous être tout à fait facile et naturel de demander pardon pour le Vel’d’Hiv’… comme pour les grottes de la Dahra. Ensuite, et seulement ensuite, j’arrêterai de ressasser. Mais je n’arrêterai pas pour autant de fumer du thé pour rester éveillé à ce cauchemar qui continue. 

L'espoir est permis archiverafle17octobre61paris1.jpg

 

28 mai, 2011

Fabulation de Ben Bella

Classé dans : — eldzayer @ 12:16

Fabulation! Fabulation de Ben Bella ben


Voilà donc que l’on fabule sur le 1er Novembre allant jusqu’à se l’approprier et assurer «le 1er Novembre, c’est moi!». Rien que ça! A la limite on aurait accueilli cette pantalonnade avec un  haussement d’épaules si elle ne confortait un état d’esprit qui dévalorise les valeurs de la Révolution. Le mal est profond et, si cela se trouve, le bonhomme croirait réellement à ce qu’il dit. Ce qui serait le comble. En fait, pourquoi s’étonner lorsque l’Histoire du mouvement national a été tellement manipulée qu’il est devenu impossible de tirer le vrai du faux. Et le faux, c’est déjà la date de l’Indépendance, fixée au 5 Juillet 1962, alors que la France a reconnu l’existence officiellement et solennellement du nouvel Etat le 3 juillet, après le référendum positif du 1er juillet 1962. Un curieux maelström spatio-temporel a fait que notre pays n’a pas eu d’existence durant 48 heures. Ce n’est là que l’un des aspects de cette manipulation des faits qui a défiguré le mouvement national et l’Histoire contemporaine de l’Algérie que l’on n’a pas racontée à nos enfants qui n’en connaissent que des bribes. On reste toutefois médusés à lire le propos de quelqu’un, demeuré loin des faits de la guerre de Libération, affirmer «le 1er Novembre, c’est moi». Lui? Or, le 1er Novembre 1954, est une somme d’insurrections venues de loin, préparée par des milliers de patriotes algériens regroupés dans l’Etoile nord-africaine (ENA), puis le Parti du peuple algérien (PPA), l’Organisation spéciale (OS) le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (Mtld), l’Union démocratique du Manifeste algérien (Udma), le Comité révolutionnaire pour l’Unité et l’Action (Crua) et enfin le Front de libération nationale (FLN) qui déclencha la lutte armée pour la libération de la patrie. Voilà tout un processus – sans remonter aux révoltes des Aurès (1871), de la Kabylie (avec les cheikhs Ahaddad, et El Mokrani (1870), celle des Ouled Sidi Cheikh (1881-1908), le Mouvement des Jeunes Algériens de l’Emir Khaled (1912), les sanglantes journées du 8 Mai 1945 – qui mobilisa des milliers d’Algériens réduits, donc, à la personne d’un mégalomane dont la participation à la mise en place du mouvement national reste encore à démontrer. Mais pouvait-il en être autrement lorsque l’Histoire – qui devait enseigner aux Algériens ce qu’ont été les luttes du peuple algérien tout au long des siècles pour réhabiliter son identité et pour récupérer son territoire – fut phagocytée par les annales «officielles», par une sélection drastique, d’où a été éliminé tout ce qui n’entrait pas dans les normes des nouveaux maîtres du pays? En fait, c’était là l’une des amères réalités de l’Indépendance, l’Algérie qui pensait avoir recouvré sa souveraineté et reconquis son identité, s’est retrouvée avec de nouveaux maîtres, et les sanglantes journées de juillet 62 n’ont été que les prémices à la grande falsification du mouvement national algérien. A juste raison, le colonel de la Wilaya I historique, Tahar Zbiri, signalait déjà en 2004, à l’occasion du 50e anniversaire du 1er Novembre, que «de nombreux responsables qui ont accaparé le pouvoir depuis 1962, ont tout fait pour occulter l’Histoire dans laquelle ils n’ont pas joué les grands rôles». Voilà une vérité qui était bonne à dire, qu’il fallait dire, pour rafraîchir quelque peu les mémoires. De fait, l’histoire de la Révolution est encore à écrire, hors de toute tutelle et en toute indépendance. C’est cela le paradoxe, et non des moindres, d’un pays qui a été capable de révolutionner les conceptions que le monde se faisait du fait colonial, mais inapte dans le même temps, à assumer son Histoire, laissant dans l’oubli des pans entiers de la mémoire nationale collective. Est-il dès lors étonnant que les pages du livre de l’Histoire de la Révolution de Novembre demeurent, à ce jour, blanches, donnant au premier venu de fabuler sur la Révolution?

Noureddine MERDACI

benbella

Ben Bella,l’homme des Moukhabarate égyptiennes aux cotés de Nacer
Par Nordine Aït Hamouda député RCD

La dernière sortie de Ben Bella pose, une fois de plus, la place de l’Histoire dans la vie politique nationale. «Un âne bâté», c’est le qualificatif qu’use l’épouse d’Abane pour qualifier Ahmed Ben Bella. Cette réaction a suivi les ignominies qu’il a déversées contre Abane Ramdane et les acteurs du Congrès de la Soummam. Signalons au passage que dans le procès que la veuve de l’artisan de la révolution avait intenté à Ali Kafi pour diffamation d’Abane, elle s’était retrouvée seule au tribunal. Les incohérences et les outrances de Ben Bella sont des constantes dans un parcours marqué par une indigence intellectuelle que n’ont suppléée ni les années passées en prison ni l’aisance matérielle dans laquelle il a toujours baigné dans le mouvement national et la vie politique algérienne en général quand il était libre. 
Une instabilité originelle 
La lecture de sa déposition, le 12 mai 1950, dans l’affaire de l’attaque de la poste d’Oran, devant l’officier de police judiciaire, Havard Jean, aujourd’hui sur le net, est stupéfiante. Sans subir la moindre violence, il s’efforce, avec une précision d’horloger, de donner et d’enfoncer tous ses camarades et de faire valoir ses états de service pour la France. «J’ai fait la campagne de France 1939-1940, puis la campagne d’Italie. J’ai été démobilisé avec le grade d’adjudant en juillet 1945. Je suis titulaire de la médaille militaire avec 4 citations. Je n’ai jamais été condamné, je suis lettré en français.» Bien évidemment, Ben Bella souligne son intégration française pour mieux se démarquer de ses co-accusés qui, eux, n’ont pas eu «la chance» d’avoir servi le drapeau français avec tant d’enthousiasme. Ce qui l’amène à expliquer aux renseignements généraux que : «Comme dans tous les partis politiques, il y a les réfléchis, les pondérés, les exaltés, les violents qui trouvent qu’on n’en fait pas assez… et c’est toujours sous la pression des perturbateurs et pour céder à leurs exigences que certains actes de violence sont commis. Parmi eux, je citerai le cas de l’attaque de la poste d’Oran. Je vais dans le détail vous dire tout ce que je sais. Je ne peux pas vous dire si c’est Madjid (Aït Ahmed) qui était à ce moment-là le chef de l’OS ou bien le député Khider, qui a imaginé ou conçu ce coup de force. En tout cas, cette affaire n’a pas pu se réaliser, à condition que ce soit Madjid qui l’ait conçue sans en référer à Khider.» Tous les militants de l’OS, y compris les plus clandestins, y passent : avec leurs fonctions, les réunions, leurs dates et lieux, les sources d’argent de l’organisation pour conclure sur : «J’ai appris par Madjid lui-même que l’argent (de la poste d’Oran) avait été transporté chez Boutlelis où le député Khider devait prendre livraison. Le produit du vol (la poste d’Oran) a été entièrement versé au MTLD par Khider, la somme d’argent découverte chez Kheder, le chauffeur, représentait un prêt consenti par l’OS pour lui permettre de monter un garage personnel. Si par la suite il me revenait certains détails, je ne manquerais pas de vous en faire part ou de les dire au juge d’instruction. » C’est un document qui s’apparente plus à un rapport de mission qu’à des informations arrachées ou glanées sur un ennemi. Comment un homme aussi fragile a-t-il pu rebondir dans le mouvement national et, pire, s’imposer à tous ses acteurs ? Sans verser dans la paranoïa ambiante, nous verrons dans la suite de cette intervention que c’est parce que les grands choix d’après-guerre ont échappé très tôt aux Algériens. Ben Bella, qui n’entreprit aucune action significative pendant son passage à l’OS, a, par contre, eu le temps de connaître tous les rouages de l’organisation. Le résultat de sa collaboration avec l’administration française se chiffre par des centaines d’arrestations en chaîne (363 dont 251 présentés devant la justice), le démantèlement total de l’OS (hommes, armes, explosifs, caches, complicités…) et la reconstitution des liens de la structure clandestine avec le MTLD qui activait encore dans la légalité. Le désarroi semé par cette «coopération» parmi ses codétenus à la prison de Blida avait poussé Amar Ould Hamouda (1) à tancer vertement Ben Bella pour avoir donné tous les militants de l’OS de l’Oranie dont il connaissait la plus grande partie. Vu sous l’angle des dégâts qu’il n’aura de cesse d’assener à l’Algérie ; on peut croire Ben Bella quand il déclare que son plus haut fait d’armes est l’attaque de la poste d’Oran. Le personnage se plaçait déjà sur une démarche qu’il n’a jamais abandonnée : étranger aux souffrances et aspirations du peuple algérien, il sera rapidement repéré et sponsorisé par la France et plus tard par Gamal Abdennacer. Il s’est ainsi, très tôt, ouvert la voie pour se faire introniser à la tête du premier gouvernement de l’Algérie indépendante par la force de deux puissances étrangères contre la direction légale de la révolution. Ceci étant dit, et toujours sur le registre anti-algérien, il passe sous silence dans ses sorties un autre exploit, il est vrai obtenu après l’indépendance. L’élimination de 450 moudjahidine de Kabylie dans la crise de 1963, avec le concours de Boumediène. Pour l’Histoire, il faut dire que cette fois-ci, il a été grandement aidé par la politique d’exclusion de son ex-compère de la délégation extérieure du Caire, Hocine Aït Ahmed, qui a semé doute et désespoir en voulant rester le seul opposant et en condamnant, dès le départ, une insurrection qu’il avait chevauchée en cours de route. On remarque, cette fois encore, que la relation des deux compères est à la fois singulière et complexe. En effet, Aït Ahmed qui entretient des rapports en dents de scie avec Ben Bella s’est bien gardé de répondre à l’attaque de ce dernier. Mais ceci est une autre histoire.
L’histoire à contre-courant
Revenons au parcours de Ben Bella dans les années 50, à commencer par son évasion de la prison de Blida. Cette étrange évasion, de l’avis de plusieurs acteurs de l’époque et même de ceux qui connaissent cette prison, le mène directement au Caire, où c’est désormais établi, il est aussitôt pris en charge par le chef des moukhabarate égyptiens, Fethi Dib, qui se chargera de le présenter à Nasser. Membre de la délégation extérieure du MTLD, les services égyptiens et français mettent tout leur poids pour le présenter comme le chef de l’insurrection algérienne allant jusqu’à lui attribuer la paternité de l’appel du Premier Novembre alors que le rôle mineur des membres de la délégation extérieure est de notoriété publique. Mais comme dans de nombreuses batailles, il y a ceux qui les préparent, ceux qui les font, ceux qui les subissent et ceux qui, tapis dans l’ombre, en guettent les dividendes en cas de succès : Ben Bella a toujours appartenu à cette dernière catégorie. Il le démontre encore aujourd’hui. Pour l’enfant gâté, la détermination, la conviction et l’énergie de Boudiaf déployées pour ouvrir une issue à la crise du mouvement national et remobiliser ses camarades ne sont qu’une agitation d’activiste. C’est monsieur Ben Bella qui aurait tout commandé à partir des résidences cossues des moukhabarate égyptiennes. L’imposture ne fait que commencer. Sans légitimité politique et se cachant derrière les blindés de Boumediène, il se distingue, le 5 juin 1962, lors de la réunion du CNRA à Tripoli en menaçant le président Ben Khedda de lui «enlever publiquement le pantalon». Au diable la légitimité de toutes institutions et la légalité du pouvoir. La culture du pouvoir officiel venait de naître. Elle dure toujours. Auparavant, chargé d’acheminer des armes pour les maquis de l’intérieur, il les détourne, sur ordre de Nasser, au profit des opposants au président Bourguiba qui était en désaccord avec les prétentions du Raïs égyptien à régenter l’ensemble des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Il est inutile de dire que ces armes ont été achetées grâce aux sacrifices des travailleurs algériens, en particulier ceux de l’émigration. Le voyage de Ben M’hidi, au Caire, fait au risque de sa vie, ne changera rien à la conduite de l’agent de Fethi Dib. Après une discussion houleuse avec Ben Bella, Ben M’hidi décide de rentrer au pays pour rejoindre, une nouvelle fois, la résistance. Lui aussi rejette catégoriquement le fait que les Egyptiens s’immiscent dans les affaires de la délégation extérieure du FLN et dénonce particulièrement le choix fait par Fethi Dib sur Ben Bella pour en faire l’interlocuteur exclusif du FLN auprès du maître du Caire. Pour le reste et avant d’être intercepté par les Français, en octobre 1956, alors qu’il n’a eu comme seule conduite que de se tenir loin du front de la lutte armée, Ben Bella s’est acharné à semer la division et la démoralisation par le biais de son acolyte Ahmed Mahsas, envoyé en Tunisie pour détruire la Wilaya I, casser du Kabyle et jeter l’anathème sur les résolutions du Congrès de la Soummam. Il a fallu l’intervention radicale du CCE, qui a emprisonné Mahsas, pour arrêter le travail de sape commandité par Ben Bella. Il est vrai que pour quelqu’un que les services égyptiens et français destinent à gouverner l’Algérie, la stratégie de la division était normale. Il fallait se préserver et détruire toute autre alternative. C’est ce à quoi Ahmed Ben Bella s’attelle pendant que d’autres combattent et exposent leur vie. Il veut même délocaliser le Congrès de la Soummam pour que les militants de l’intérieur viennent vers lui à San Remo, en Italie. Après cela, il accusera Abane de l’avoir écarté de la réunion. Le monde à l’envers !
 

Les séquelles de la falsification 
Aujourd’hui, à l’heure d’internet et de la globalisation, les médias éclairent d’un jour nouveau des faits et des pseudo-légitimités, traités jusque-là par les seules officines du système. L’épisode du détournement, par le gouvernement français, de l’avion menant Boudiaf, Khider, Aït Ahmed, Lacheraf, Ben Bella, du Maroc vers Tunis est à méditer. La photographie des cinq insurgés diffusée dans la presse est le produit d’un montage exécuté par un gendarme français à l’aéroport d’Alger qui intima l’ordre à Boudiaf, qui tenait un classeur, de le remettre à… Ben Bella. La surmédiatisation du rôle de ce dernier (on parlait de l’avion de Ben Bella) symbolisée aussi par la question de De Gaule : «Je crois que quelqu’un m’a posé une question sur Ben Bella» alors que personne ne l’avait cité en dit long sur le marketing français mené en faveur de l’homme d’Oujda. Plus tard, porté par l’ivresse du parvenu et, sans doute briffé par Pablo (Michel Rabtis dirigeant trotskyste français et conseiller de Ben Bella), il se hasarde même à disserter sur la théorie de «l’Etat et la Révolution» pour assener au milieu d’un discours prononcé à l’occasion du congrès du FLN (16-21 avril 1964) qu’«il faut combattre sans répit ceux qui affirment que la construction d’un Etat est un préalable à la révolution. Un telle voie aboutirait, si on la prenait, à remettre le pouvoir entre les mains de ceux qui possèdent la culture et l’expérience politique»!! Sans commentaire. Sans états d’âme, le protégé des services français et néanmoins agent direct de Fethi Dib était, tour à tour, respectueux de l’ordre de la France coloniale pour sauver sa peau en enfonçant ses camarades, arabiste contre les Kabyles pour éliminer de dangereux rivaux politiques, islamiste contre la liberté et l’islam populaire des Algériens et contre «ceux qui possèdent la culture » dans l’Algérie indépendante. Pour compléter ce slalom, il arborera longtemps le col Mao avant de replonger dans l’exhibition islamiste. Si le coup d’Etat de juin 1965 a eu raison de la mégalomanie du personnage, le système est toujours dominé par une mémoire de l’indigénat et sur ce point précis, Ben Bella n’est que l’acteur le plus emblématique d’une tendance générale où chacun fait évoluer l’Histoire, non pas en fonction de l’apport de nouveaux documents ou témoignages, mais selon les positionnements politiques de l’heure. Des hommes comme Mohamed Harbi n’échappent pas à ces tentations. Cela fait deux fois qu’il s’en prend au livre écrit par Saïd Sadi sur le colonel Amirouche. A deux reprises, il décoche ses fléchettes par le recours au jugement moral (Saïd Sadi, démocrate, n’aurait pas montré de la compassion avec les victimes du FLN) au lieu de traiter, en tant qu’historien, des faits, des témoignages et des documents constitutifs d’un ouvrage qui déconstruisent certaines de ses analyses. Sujets sur lesquels il était attendu en tant qu’historien : (fausse allégation d’un conflit entre Amirouche islamiste et sanguinaire, et Zighout à propos du contrôle de la ville de Sétif, rôle d’Ali Kafi…). Son annonce de la menace de mort contre Bentobal par Krim est, même nuancée dans une mise au point, une surprise pour quelqu’un qui a tant écrit sur le mouvement national. M. Harbi dit avoir fait cette révélation après avoir pris connaissance du livre testament de Bentobbal auquel il avait eu accès. Ni Omar Boudaoud, ni Ali Haroun (responsables de la Fédération de France du FLN) qui étaient en contact direct avec Bentobal pendant la guerre et qui ont gardé une relation permanente avec lui n’ont entendu l’ancien ministre de l’Intérieur du GPRA leur faire part d’un tel projet. Mieux, dans son ouvrage sur les Accords d’Evian (2), préfacé par M. Harbi, Haya Djelloul rapporte que Bentobal dément toutes les accusations qui ont été portées contre Krim. Se pose alors la question de la fidélité des mémoires de Bentobal qui a été «persuadé», dans une situation d’extrême fragilité morale, de ne publier son témoignage… qu’après sa mort !! Dans le même registre, et sur un autre personnage, monsieur Harbi, «reliftant» le profil de Abdelhafid Boussouf, en donne une image exactement contraire à celle qu’il a décrite auparavant (3). Autre sujet abordé dans la dernière interview accordée à El Watan, ses propres écrits dans Révolution Africaine, au lendemain de l’indépendance. Il se trouve que j’ai pu consulter les archives de cette revue où monsieur Harbi officiait. Ses positions n’ont rien à envier à tous les idéologues de l’époque. Cela d’ailleurs peut se comprendre dans un climat dominé par la violence générale ; mais de là à faire croire que l’organe central du FLN de l’époque était une tribune où s’écrivait librement l’histoire de la guerre, c’est prendre de grandes libertés avec la réalité. Il serait temps que les acteurs de la guerre parlent librement et déposent leurs documents ou témoignages pour un traitement serein et méthodique le moment venu. Faute de quoi, la guerre de Libération continuera d’être la source de nouveaux abcès et drames. Cette tradition qui consiste à accommoder l’Histoire aux conjonctures politiques est dangereuse et contagieuse… Le révisionnisme qui commence à polluer Avril 80 témoigne de la profondeur du mal. La régression générale, produit d’une école squattée par l’idéologie et la diffusion d’une culture d’aliénation, ne pouvait que faire émerger le «leadership» d’un Belkhadem, d’un Mazrag ou d’un Benaïcha avec des faire-valoir kabyle, féministe ou technocrate pour les besoins d’un scénario négateur de l’Histoire et dangereux pour l’avenir. Louisa Hanoune, avec laquelle j’ai eu récemment quelques échanges – aujourd’hui intégrée dans les manœuvres du système et qui garde ses verbiages aux relents gauchistes – résume bien les risques de ces confusions et dérives en déclarant : «Il faut des réformes et pas un changement» !! Tout est dit. Avant de terminer, je tenais aussi à interpeller Saïd Barkat (un délinquant en sursis) prompt à investir la surenchère nationaliste pour lui demander de réclamer que Ben Bella, qui revendique sa filiation marocaine, soit déchu de sa nationalité, dès lors qu’il a dénié à Saïd Sadi et à ses camarades leur qualité d’Algériens. Je ne peux m’empêcher aussi de penser à Monsieur Lahouari Addi qui s’empressera, cette fois encore, de me répondre au motif que je m’attaque à «des symboles qu’on ne traite pas comme des moins que rien». Cette sensibilité à la carte manque de crédibilité car elle ne se réveille que dans des cas bien répertoriés et précis. Son silence devant la haine récurrente de Ben Bella à l’endroit des martyrs de la révolution illustre cette indignation sélective. La trahison des clercs, avait récemment déploré Maître Ali Yahia. Ce n’est pas la première fois que j’interviens à propos des manœuvres politiques qui prennent appui sur le détournement ou la falsification de l’Histoire. Je le sais, il y a, pour moi aussi, une part de subjectivité dans mes interventions. Je me suis néanmoins toujours interdit de manipuler des événements, des témoignages ou des documents. C’est sur ce minimum concret que j’appelle les acteurs, anciens ou nouveaux, à se fédérer. Pour le reste, laissons le jugement à l’Histoire.
N. A. H. 
1*Amar Ould Hamouda, membre du BP du PPA/MTLD Responsable régional de l’OS
2*Le dernier combat, Haya Djelloul Casbah éditions 2008 Préface de M. Harbi
3*Le FLN, documents et histoire 54-62 M. Harbi G. Meynier Casbah Editions 2004

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28 janvier, 2011

Monsieur le président, levez l’état d’urgence !

Classé dans : — eldzayer @ 21:42

Monsieur le président, levez l'état d'urgence ! moub

zoom

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Avec ses 19 ans sous état d’urgence, l’Algérie est l’un des six pays à vivre avec des lois d’exception, la Tunisie venant d’adhérer au club, mais pour quelque temps. Utilisé comme parade stratégique pour un problème conjoncturel, l’état d’urgence est devenu un mode de vie que la majorité des Algériens refuse. Un groupe de militants, syndicats et organisations, préparent à ce titre à un grand rassemblement pour la mi-février, date anniversaire de l’instauration de l’état d’urgence, pour réclamer sa levée. Va-t-on enfin en finir ?

L’état d’urgence se réinvite sur la scène des débats politiques en ce début d’année. Pas seulement à l’approche de sa date anniversaire (début février). Emeutes, rassemblements et marches interdits, arrestations, tentatives d’immolation par le feu : ce mois de janvier aura été celui de la contestation certes, mais aussi celui de la persistance du rejet par les autorités de toutes ses formes d’expression. Elles invitent au dialogue en condamnant la violence puis interdisent toute expression pacifique pour tenter d’imposer le silence. Impasse communicationnelle pour une société qui n’arrive plus à contenir ses revendications. Pour en sortir, la levée de l’état d’urgence est de plus en plus évoquée comme ultime solution. Changera-t-elle précisément la vie politique algérienne et plus globalement le quotidien des citoyens ? Pour beaucoup, la question ne mérite pas d’être posée tant la réponse est évidente : «La levée de l’état d’urgence ouvrira le champ politique et médiatique à coup sûr.»

Une marche pour l’exiger est d’ailleurs prévue à Alger, la mi-février (la date sera fixée aujourd’hui), organisée par une coordination regroupant la Ligue de défense des droits de l’homme (LADDH), des syndicats, des partis et des indépendants. Et ce n’est pas la seule initiative, le MSP vient lui aussi, d’après les déclarations de son vice-président Abderezzak Makri, d’entamer des négociations avec les deux autres partis de l’Alliance présidentielle, le RND et le FLN, en vue de les convaincre de demander, eux aussi, la levée de l’état d’urgence. «Cette ambiance de contestation généralisée nous interpelle depuis le début du mois, nous discutons donc avec le FLN et le RND pour qu’ils nous rejoignent sur cette question», a expliqué Makri. Et d’ajouter : «La levée de l’état d’urgence est impérative pour ouvrir le champ politique.» Kassa Aïssi, porte-parole du FLN, voit les choses autrement, l’état d’urgence, selon lui, «ne dérange en rien la vie politique algérienne». Contacté par téléphone à son tour, le RND, qui affiche depuis des années son opposition à la levée de l’état d’urgence, n’avait, hier, pas d’avis à donner sur la question.

Lente dérive

Les divergences politiques sur cette éventuelle levée persistent depuis près de dix ans, les militants de défense des droits humains, de leur côté, ne cessent de réclamer son abrogation depuis la relative accalmie sécuritaire. L’état d’urgence a été instauré par décret présidentiel le 9 février 1992 «pour restaurer l’ordre public et mieux assurer la sécurité des personnes et des biens» face à la menace insurrectionnelle pour une durée d’un an. 19 ans plus tard, il n’a toujours pas été levé malgré les annonces d’éradication du terrorisme. En 2002 déjà, le général Larbi Belkheir avait estimé «qu’il serait bien de lever cette mesure», tout comme le général de corps d’armée Mohamed Lamari, ex-chef d’état-major, qui expliquait, quelques mois plus tard : «Nous n’en avons plus besoin.» Les autorités civiles, de leur côté, tiennent paradoxalement le discours contraire : «Nous en avons encore besoin», affirmait en 2004 Ahmed Ouyahia, chef de gouvernement. La position officielle n’a pas changé depuis. Mise sous tutelle de la justice par l’Exécutif, fermeture du champ politique et médiatique, tortures, libertés collectives et individuelles entravées et incohérences dans les positions politiques, tous ces problèmes de l’Algérie d’aujourd’hui semblent renvoyer aux restrictions effectuées sous couvert de cet état d’urgence.

«Avec la création du conseil supérieur de la magistrature en décembre 1989, la justice devenait autonome, l’instauration des trois cours spéciales en octobre 1992 a cassé cette initiative», explique l’avocat Ali Yahia Abdenour, président d’honneur de la LADDH. Et d’ajouter : «Les arrestations par voie administrative et non par voie juridique, et les terribles tortures qui se sont enchaînées à cette période ont été déterminantes pour la justice. Même après la suppression de ces cours spéciales contrôlées par le régime, leur mode de penser et d’action s’est étendu à tous les tribunaux.» L’état d’urgence se confond par certains aspects à l’état de siège : l’Assemblée mise à l’écart et l’inutilité d’un wali pour réquisitionner l’armée afin d’assurer la sécurité dans certaines régions, comme le stipule l’arrêté du 25 juillet 93. Après la dérive du judiciaire vers l’administratif, le sécuritaire semble avoir cédé sa place à la politique. Qu’en pense le premier magistrat du pays et chef suprême de forces armées ? En 1999, le président Bouteflika l’avait résumé ainsi : «L’état d’urgence est une question politique qu’il faut régler dans un cadre politique.» Comprenne qui pourra.
 

elwatan

26 novembre, 2010

A quand le ministère de la Chorba ?

Classé dans : — eldzayer @ 21:08

Et si SAG avait raison ? 

Par Mohamed ABASSA

Monsieur Sid Ahmed Ghozali, SAG pour quelques familiers, dont on connaît par ailleurs la coutumière élégance et la courtoisie du verbe, même dans ses ironies, accorde un soin particulier au sens et à la précision du mot.

Même dans ses discrètes litotes où il nous invite souvent à suivre son regard pour dénoncer les déviances. Il reste avenant et poli. Jamais d’écarts ou d’insultes à l’endroit souligné des gens qui lui font mal. Sarcastique et plaisantin sur la chose, Il en a les moyens, le bougre. Il méprise avec dérision les gens et la gente du pouvoir. Quelle hérésie s’est donc emparée de notre SAG national en prononçant le mot harki pour désigner les supplétifs du vrai pouvoir ? Il sera donc difficile de le soupçonner de bigoterie ou de maladresse ou de lapsus linguae à la Dati, quand, de son discours habituellement disert et fleuri de métaphores et d’hyperboles, émerge, comme dans une embuscade, ce traître mot de harki qui fait si mal et si peur à entendre en cette noble terre de tortures et de souffrances multiples. Justement dues aux exactions des harkis contre leurs propres frères.

Ce mot « harki » n’a donc pas glissé ou échappé comme ça, par inattention ou inadvertance à son auteur dont on connaît par trop le sens de la concision et du parler dru et cru. Connaissant donc un peu l’Homme et sa rigueur de froid cartésien, je ne peux le soupçonner sans raison d’avoir commis ce mot oniriquement avec un vague à l’âme ou un dépit de politicien fatigué et outré par les insultes et les outrages faits à son pays et à son peuple; peut-être même à son auguste personne freinée, réfrénée voire souvent censurée dans ses ambitions politiques.

Et l’on comprend d’autant mieux ses légitimes éclats de colères que ses procès et les interdits qui le frappent proviennent de petites gens, sans relief, sans morale et sans talent aucun. Des petits, dit-il ; sans regrets. L’un, inventeur de la justice  de nuit, se révélant ministre approximatif et travaillant à l’encan, au gré des vents et des injonctions du clan, s’inventant des missions illégales d’autoriser ou d’interdire la création de journaux, touché par sa famille éclaboussée des histoires de drogue et à divers commerces illicites.

L’autre, ex chef tortionnaire de la triste sécuritad algérienne, la redoutable SM pour ceux qui s’en souviennent, se révélant par la télévision, en piètre locuteur, dont le niveau mental et intellectuel laissait entrevoir une personnalité immature et inaccomplie ; incapable de formuler une phrase complète; un vrai marchand de paille, plutôt charretier sermonnant ses mules, nous,  ignorant son rang et son sujet ; comme la plupart de ses pairs agrippés en morpions increvables au pouvoir des parties.  

Ce sont ces gens là  qui font et défont l’Algérie actuelle. Agissant pour compte et par délégation des vrais détenteurs du pouvoir, ils jugent et censurent MM SAG, Aït Ahmed,  Taleb, Touati,  Sadi et bien d’autres.

Ce sont ces clans régnant qui ont mis l’Algérie à genoux en lui faisant atteindre par la saleté des corruptions, des détournements et des dénis de justice, le plus hideux et le plus dégradant des records; l’un des pays le plus corrompu de la planète terre. M. Zerhouni, dont on ne connaît ni la formation, ni le métier, à part par ses passages remarqués de grand chef des tortionnaires et accessoirement récipiendaire et destinataire permanent depuis 50 ans des largesses étatiques.

Qui connaît ses hauts faits d’armes dont ses participations jamais dites à des complots et à des liquidations dans les rangs de l’ALN/FLN des frontières, de vrais patriotes exécutés pour rien. Jusqu’à récemment, ce monsieur s’arrogeait sans aucune légitimité, le droit régalien d’autoriser ou d’interdire la création d’un parti politique, d’association ou d’un simple rassemblement citoyen. Au nom de cette même loi algérienne dont il a décidé d’être le seul gardien et le seul garant, l’autre ministre a décidé de fait, avec son collègue de la tribu régnante, de m’interdire de créer un journal.

Mais, franchement, ayant écouté ce monsieur étaler son ignorance et ses incohérences à la télévision de Bouteflika, peu disert et surtout indigent par le verbe, au vu de ses prestations frôlant le ridicule, je me résolvais à croire que ce type là, bien en phase dans sa peau de butor, ne connaissait ni son sujet ni son métier, à part, la seule chose qu’on sache  de lui ; ses dons naturels de grand chef policier. Toujours prêt et préparé à frapper les grands, les humbles et les justes.

Quoique ! D’évidence, je doute fort qu’il ait eu un jour les capacités de lire et de comprendre un article de loi, encore moins son esprit. Vu ce qu’on soupçonne de son illettrisme avéré et exhibé en direct à la télévision, je doute fort aussi que cet honorable monsieur ait les capacités  de pouvoir lire une simple phrase sans l’écorcher, sans en altérer le sens. Et comme cet illustre monsieur ne se satisfaisait plus de son statut de harki du régime selon la définition Ghozalienne du terme et qu’il voulait vraisemblablement s’en affranchir, il s’est retrouvé sur le carreau ; Gros Jean comme devant, viré par le vrai et seul employeur ; les Srabess.

Alors que fait-il ? Démissionner ? comme l’exige le moindre gramme de dignité quand on est congédié moins bien qu’une femme de ménage? Pensez-vous l  Chez ces gens-là, messieurs, on ne démissionne pas, jamais. On fait le mort ; la rente et la Tchippa sont plus fortes.

On pense avec la panse. Et voilà  donc, le plus gradé des tortionnaire de la république des tontons macoutes, recyclé  en vague vice premier ministre aux fonctions imprécises ; vice ministre de quoi et de qui au fait ?

D’Ouyahia, le vrai clone discipliné et soumis des Srabess. Et patatras, voilà donc le grand comploteur, l’ex chef tortionnaire, faiseur et défaiseur de président-roi et de ministres cornichons, expert en urnes gagnantes,  emprisonneur d’hommes intègres et talentueux, Benchicou, censeur et punisseur haineux d’auteurs aimant leur pays, rompu aux ruses machiavéliques d’Oujda, qui se voyait déjà le super patron-flics et de tous les services de sécurité, le voilà donc ramassé comme un petit sergent stagiaire pris en faute dans son propre jeu.

Le voilà jeté comme un petit sergent  dont il n’a pas le niveau ni la conscience, et muté moins bien qu’un chef de Daïra en subalterne saisonnier chez Ouyahia qui aura la lourde tâche de lui apprendre à parler en public. Il accuse le coup et accepte sans la moindre honte, sans le moindre sentiment de déchéance que ressent habituellement une femme de ménage mal congédiée. Et il dit oui,  la bouche pleine de couleuvres et de formules ampoulées avec des courbettes appuyées de harki remercié, au sens Ghozalien du terme. 

C’eut été plus judicieux de le nommer premier ministre du vice plutôt que vice premier ministre. C’aurait mieux ressemblé à son cursus  et à son itinéraire de très grand moudjahid des hammams d’Oujda et de Kénitra ; les seuls maquis connus où il a combattu avec bravoure sans compter les autres suspicions de complots ayant visé Abane, Lotfi, Zoubir, Amirouche, Haoues et des milliers d’autres vrais moudjahed anonymes. Tous morts tués par les complots des planqués des frontières attendant en hyènes pressées leur heure ; leur gloire.

Ils l’ont acquise et gardée depuis 50 ans. Ils y sont toujours ; jusqu’à leur mort physique disent-ils. Demandez des précisions à M. Ahmed Bensaâdoune. Il les connaît un à un. Dommage que ses témoignages précis n’aient pas connu la diffusion qu’ils méritent ; une vraie autre censure.

C’est pourquoi, dans l’intelligence du mot harki, Il faut comprendre que les servants du régime accepteront toutes les platitudes, toutes les génuflexions, toutes les courbettes, tous les baisemains et bassesses dérivées, pourvu que les avantages faramineux et les privilèges de la vache étatique restent intacts et tombent comme toujours, régulièrement à leurs pieds, depuis 50 ans à ce jour.

Qu’ont-ils apporté ces gens là à l’Algérie ? L’indépendance ? Laissez-moi rire ! Les Hammams de Nador et de Tunis ont été bien plus utiles à la révolution algérienne. La question est plutôt de savoir ce que l’Algérie leur rapporte depuis l’indépendance dont ils sont les seuls bénéficiaires à ce jour : des millions et des milliards en Dinars et en devises, en argent, en terrains, en pharmacies, en villas, en privilèges illimités, en postes à l’étranger, en marchés pour la famille , pour les amis et les maîtresses,  en fonctions régaliennes et en grades usurpés, en détournements massifs qui font de l’Algérie actuelle l’un des pays le plus dévoyé et le plus corrompu au monde.

De cela, ils n’en ont cure puisque leur employeur les laisse faire à leur guise puisqu’il se dit, comme toujours, que canaille et racaille se réconcilient à la gamelle quand elle est bien pleine. D’évidence, quand hyènes puantes et lions régnants se partagent équitablement le butin en fonction de leurs grades  et de leurs rangs respectifs, la fonction et l’épithète de harki se justifient amplement dans la bouche et dans  l’entendement de M. SAG.

Forcément donc, je comprends les colères  cumulées de M. Ghozali qui ne s’est pas, mais alors pas du tout, fourvoyé ou égaré en traitant ce personnel subalterne de commandements ministériels  à géométrie variable, à vestes réversibles et à mémoires courtes, de minables et piteux harki travaillant en toute connaissance de cause  pour les casquettes de l’ombre et/ou pour un ¾ de président, lui-même sous les ordres du cabinet noir de derrière les rideaux.

Vous souvenez-vous du rideau de la maison de la culture de Annaba ? De L. Belkheir? Du général Smaïl ? Du PG Sayah devenu Consul Général pour service rendu? De Boumaârafi, petit appuyeur solitaire de la gâchette fatale ?  

Et voilà donc le super grand chef, c’est-à-dire les ¾ de président, se trouvant bien malgré lui et à son corps défendant obligé de se délester de ses trois amis d’enfance, le Texan atteint de boulimie de détournements , l’ex chef tortionnaire atteint de mégalomanie sécuritaire et un repris de justice maladivement atteint de frénésie d’études bidon avec des bureaux d’études étrangers non moins bidon. Aux dernières nouvelles, il a été recyclé en ministre du futur, magistère qui n’existe nulle part au monde, et versé sans ménagement dans la science obscure des guèzanate d’Oujda ; la prospective! Fonction qui lui va si bien hors statistiques qui lui échappent totalement selon la volonté soulignée des Srabess.

Lui non plus, attaché et motivé par le ventre, n’a pas cru  devoir démissionner pour les fessées qu’il ne cesse de recevoir. Et pourquoi démissionnerait-il et pourquoi quitterait-il ce paradis inespéré que lui offre son ami le trois quarts de président ? Au pire, pour lui aussi, les jets d’Anadarko sont prêts à décoller.

De plus, comme doit le penser SAG, La vie de harki est si belle à Djenane El- Mithak et les appartements bradés de la Tour Chabani sont si somptueux, si bien soignés par BRC ! Le texan lui, le seul à se vanter de ne pas émarger chez les Srabess locaux, donc un non harki local, se permet, lui, avec l’arrogance et le mépris qu’on lui connaît, d’éclater de rire quand les journalistes indigènes lui demandent s’il ne craint pas la justice algérienne pour les montagnes de dollars qu’il a détournés.

La CIA est la plus grande croit-il en son intime conviction sans jamais préciser sa pensée de Texan. A lui seul, il a mis l’Algérie et les Algériens à genoux ; il est toujours en liberté fort des soutiens devinés des grands Srabess étrangers ; CIA, Ned CIA et Mossad en tête. La DGSE ne comptant pas non plus pour du beurre.

Un autre qui n’émarge pas non plus en harki chez les Srabess locaux, c’est Saïd, dit le ½ président ou le dauphin sans régence. Un vrai Borgia instruit, moins que le défunt cardinal,  de l’art des couloirs et des complots, l’héritier du trône républicain qui s’amuse, comme Marie Antoinette, à jeter des brioches et des postes à tous ceux qui prêtent allégeance et loyauté aux seigneurs du jour : lui, la fratrie et surtout  le grand frère monarque républicain. Mais là aussi, les Srabess locaux, ces méchants indigènes qui maîtrisent à la perfection ces vilaines choses de la baignoire et de la gégène, ont remis, à leur manière, un peu d’ordre dans la maison Algérie.

Depuis, selon certaines rumeurs algéroises et selon certaines gorges profondes d’El-Mouradia, le petit Saïd s’est un peu ravisé et, surtout, calmé en faisant le deuil de ses rêvasseries bokassiennes. Il ne lui reste plus, semble-t-il, que quelques bricoles de sous-dév. frustré comme bidouiller à sa manière le JT du 20 heures, le placement à des fonctions régaliennes des derniers cancres et servants zélés du clan, des généreuses pensionnaires des canapés présidentiels,  et, surtout, la gestion des secrètes et juteuses affaires de la fratrie, et, bien plus, quelques cocus pressés, rétribués en postes et hautes nominations étatiques ; de s’offrir à El-Mouradia, comme à Capoue, sœurs, consœurs et épouses pour arriver à la juteuse gouvernance ; Oui vraiment ; comme à Capoue. Parce qu’El-Mouradia, par ses mœurs, n’est pas loin de Capoue. Comme le Capitole n’était pas loin de la roche tarpéienne.

En cela, les Srabess locaux ont été très dissuasifs. Pour cela aussi, le petit Saïd, comme le petit Nicolas, a fait dérogation à la définition harkienne de SAG sans s’être totalement affranchi du trio diabolique du clan. Défaits, humiliés et mis HS par les Srabess locaux. Des vrais harkis qui prennent conscience des limites de leur pouvoir.

Garde à vous ! La casquette est bien là. 

C’est dans ce climat que Ghozali a lâché son terrible réquisitoire avec un seul mot, oui un seul: harki. Quoique, avant lui, son ami Belaïd Abdeslem, alors chef du gouvernement lui succédant, avait lâché, plus à Ali Kafi qu’aux téléspectateurs, que lui, c’est El Aaskar, les militaires, qui l’avaient placé à son poste de chef de gouvernement. Comme tous les autres avant et après lui. Personne avant ou après lui n’avait osé commettre; ce que, d’évidence, tout le monde savait et sait toujours.

Aucun dirigeant politique, aucune institution politique nationale, régionale, locale, aucune opposition, aucune association civile, aucun journal, radio ou télévision ne fonctionnent en dehors des contrôles et de la surveillance directe de la casquette.

Chaque ministère est sous la surveillance directe et permanente d’un officier supérieur qui, bien souvent, se trouve impliqué dans les grosses affaires de corruption. Mais attention ; je ne généralise pas ; je connais personnellement de nombreux officiers supérieurs, affectés à la fonction ingrate de surveiller des ministres et cadres supérieurs et qui ont sauvé l’Algérie de nombreux désastres. Sans être la majorité, ils sont nombreux, parfois compétents, souvent sobres, honnêtes et anonymes. C’est évident.

C’est quoi l’évidence ? Ce sont les militaires qui dirigent le pays en utilisant des civils recrutés au berceau, dociles, souvent corrompus et soumis à tous les niveaux des hiérarchies et des allégeances en contrepartie d’avantages faramineux. Question : Comment devient-on ministre, DG et PDG d’entreprises publiques, Wali, chef de Daïra, Ambassadeur, Consul et Consul Général, Député, Sénateur, bénéficiaires de gros marchés publics, résident au Club des Pins (que les Algériens appellent Club des chiens).

Comment devient-on Président de la République d’un pays après l’avoir déserté pendant plus de vingt ans alors qu’il pleurait ses enfants égorgés ? Par qui ? Par ses frères des montagnes dit-il, toute honte bue.

Comment peut-on devenir ministre de la RADP après avoir déserté son pays pendant 30 ans et mis en faillite un pays prospère, l’Argentine, après avoir servi la CIA et le Mossad ?

Comment peut-on recruter un ministre de la RADP quand on sait que c’est un repris de justice, violeur et voleur condamné es-qualité ? Les militaires recruteurs ignoraient-ils cela ? Non, je ne ferai pas injure à leur intelligence ni à leurs fichiers. Est-ce volontaire ? Oui, ils recrutent des êtres faibles, fragiles, corrompus, prêts à tout et à toutes les allégeances. Et c’est précisément ce qui a conduit notre magnifique pays à devenir ceci par cette option de gouvernance des demi-harkis :

- Des patates réservées aux cochons canadiens sont importées et proposées aux Algériens à 2 fois leur prix d’achat.

- L’Algérie est le seul pays au monde où un haut responsable avoue publiquement qu’il a volé et fait détourner des centaines et milliers de milliards d’une manière frauduleuse et crapuleuse, sans que la présidente du tribunal ne s’en offusque ou ne déclare séance tenante : « Policiers ! Emparez-vous de lui » Elle ne l’a pas fait. Pourquoi ?

- Le prix du Km d’autoroute de M. Ghoul coûte deux fois plus cher que les prix moyens pratiqués dans le monde. Alors, où vont les différences de ces prix exorbitants ? Les caisses islamistes qu’affectionnent délictueusement M. Boutef sont, pour le moins, bien alimentées; « ses frères des montagnes » comme il a dit, lui.  


- Le métro d’Alger (quelques ramettes) bat tous les records du monde: délais de réalisation (30 ans et ce n’est pas fini), quatre promesses d’inauguration mensongères, le prix du Km rendu est trois fois plus cher que le coût moyen d’un Km réalisé ailleurs dans le monde.

- L’Etat algérien est incapable de garantir un litre de lait par famille algérienne ou une baguette de pain les jours de fête ; une vraie honte. Comment peut-on gérer un pays et Etat quand on ne sait pas faire gérer une épicerie ?

- L’Etat algérien est incapable de gérer les poubelles et les ordures qu’il génère lui-même. Trouvez une seule ville algérienne exempte ou épargnée de cette horreur, des saletés générales, des cafards et des rats ; les seules espèces qui prospèrent et vivent librement dans leur Algérie. C’est pourquoi les jeunes la quittent ou cherchent à la quitter.

- L’Etat algérien est-il en mesure de mesurer ou de compter le nombre d’Algériens qui se nourrissent et vivent dans les poubelles ? Combien sont-ils ? Des milliers ? Des millions peut-être !

- L’Etat algérien a provoqué l’exil de deux cent mille scientifiques et hommes de culture algériens. Aucun autre Etat au monde ne peut se prévaloir d’un tel crime, d’une telle infamie, d’un tel désastre, d’une telle forfaiture. Posez-leur la question « Pourquoi êtes –vous partis ? Je suis parti quand j’ai vu les cancres, les voyous et les voleurs diriger mon pays… Comme en économie, c’est toujours la mauvaise monnaie qui chasse la bonne.

- L’Etat algérien a fabriqué un million de prostituées et un autre million de chômeurs et de désœuvrés divers.

- Le régime algérien a créé trois cent mille errants, désœuvrés, mendiants, fous et divers SDf vivant de poubelles et de charités gouvernementales. N’-t-on pas créé le ministère du couffin ! A quand celui de la Chorba ?

- L’Etat algérien a créé, par la Hogra et la Harga, la plus grande ruée de Boat People, cinq mille Harragas par an, dont la plupart nous reviennent atrocement morts sur nos rivages. Les plus chanceux d’entre eux finissent dans nos prisons ou dans les porcheries espagnoles. Deux sorts identiques ; encore que certains Harraga préfèrent la porcherie ou le poulailler espagnols. A qui la faute ? Les ministres harkis ? Le ¾ de Président ? La casquette de l’ombre ? Les trois ? Le peuple ? La solution ? C’est l’après pétrole et seulement cela la solution. Car sans pétrole, c’est la moitié de la population algérienne qui sera exterminée par la famine, les épidémies et les révoltes. Où seront alors les responsables de cette catastrophe ? Resteront-ils en Algérie ? Ils y seraient lynchés et écartelés eux et leurs descendances tant les vengeances populaires seront violentes ; terribles. Ils le savent. Ils iront manger leur argent planqué ailleurs ; aux Iles Vierges Britanniques, au Liechtenstein, Andorre, Le Luxembourg, Paris, Houston ou Dubaï et bien d’autres places où dort l’argent volé.

- L’Algérie est le seul pays au monde dont les richesses naturelles (pétrole et gaz) finissent dans les égouts (produits alimentaires, médicaments et divers produits périssables) pendant que d’autres, avec rien et aussi les égouts, créent des richesses. Nos voisins Maghrébins et Français créent de l’or avec de la merde ; les dirigeants algériens transforment, eux, notre or en merde. Notre pétrole, pour l’essentiel, finit dans les chiottes et dans des comptes codés étrangers. De la vraie merde. C’est cela le sous développement.

La vraie solution, où est-elle ?

Elle est entre les mains des militaires ; les vrais détenteurs du pouvoir. Pendant qu’il est encore temps et d’éviter la catastrophe nationale dont tous les signes annonciateurs sont partout réunis et dans toute l’étendue du pays (Jacqueries paysannes, paupérisation, misère, Hogra, dénis de droits, atteintes aux libertés publiques et individuelles, révoltes populaires, banditisme, coupures de routes, occupations de mairies, enlèvements, chômage, prostitution, maladies, épidémies, harraga, corruption, régionalisme, séparatisme et bien d’autres signes prédictifs des pires malheurs à venir) il est urgent d’agir pour que l’Algérie devienne ou redevienne  un pays normal où il fait bon d’y vivre. Au lieu de laisser s’entredéchirer les différents clans du pouvoir pour un meilleur partage de la rapine, chacun attendant l’anéantissement ou la mort de l’autre, il est urgent d’arrêter cette mascarade entre morpions, entre supplétifs soumis et détenteurs réels du pouvoir. Il est urgent de désigner une commission nationale comprenant tous les courants et toutes les sensibilités nationales représentatives de la société civile et politique algérienne impliquant l’opposition démocratique et républicaine dans toutes diversités pour les missions de salut public suivantes:

1. Faire l’état des lieux détaillé de la situation réelle du pays et à tous les niveaux sociaux, politiques, économiques et culturels en faisant appel à l’expertise nationale et internationale qualifiées et reconnues quelle que soit leur couleur politique ; la compétence et l’honnêteté étant les seuls critères électifs à cette mission.

2. Nommer un gouvernement de transition composé d’hommes et de femmes compétents, républicains,  honnêtes et jamais impliqués dans des scandales de corruption quelles que soient leur couleur politique, leur région ou leur religion.

3. Redonner à l’ANP son rôle d’armée professionnelle au service et sous le contrôle direct et permanent du gouvernement civil  y compris celui de transition. Et, dans ce cadre, remettre l’armée nationale dans ses casernes en redéfinissant ses nouvelles missions de reconstruction du pays, de construction et de défense  de l’ordre démocratique et républicain, d’assainissement et de moralisation de son encadrement, de la mise à l’écart et à la retraite de ses hauts gradés qui s’adonnent ouvertement à la rapine, à la concussion et aux divers trafics d’influence. Il faut en premier lieu bannir et nationaliser ce que tous les algérois appellent le « Pont des généraux » une sale et hideuse verrue dans le joli port d’Alger 

4. Créer le cadre et les conditions de reprise et de prise du pouvoir au niveau local, régional et national par les seuls et vrais élus du peuple dans l’esprit du contrat démocratique et républicain qui unit majoritairement les Algériens. En fait jeter les assises d’une vraie et sérieuse constituante telle que suggérée depuis toujours par Hocine Aït Ahmed dont la pertinence de la revendication, de fait, est remise au gout du jour. Une urgence si l’on s’attarde un peu sur l’exposé de ses motifs. Encore une fois, l’Histoire et l’actualité réunies donnent raison et légitimité à la revendication cardinale de M. Aït Ahmed. Il avait vu juste. Il faut repenser et énoncer les instruments de la gouvernance de la nation algérienne dans son socle républicain, démocratique et civil. Il est important de préciser la dimension civile du pouvoir ; ce qu’on n’évoque plus ou très peu depuis la mort « officiellement héroïque » d’Abane Ramadhan ; le visionnaire.  

5. Faire l’inventaire des biens et richesses détournées par des responsables en poste durant leur mandat au profit d’eux-mêmes, de leurs familles et de leurs amis. Car, pour restaurer l’autorité et la crédibilité de l’Etat, il est absolument impératif et nécessaire d’inventorier et de récupérer ces biens nationaux  pillés : biens meubles et immeubles, biens culturels et historiques,  volés, détournés ou achetés à des montants symboliques. Dernier exemple en date, un ministre en poste a acheté à une entreprise publique pour 1,8 millions de DA ( le prix d’un studio à Ouargla) un appartement loft meublé de 500 m2 qu’il a revendu pour 19 milliards de ctm. Il faut demander des comptes à tous ces dilapidateurs de biens publics quel que soit leur rang : Présidents, généraux, ministres, PDG, DG et tous les prédateurs connus de la nomenklatura. Cette opération est capitale et essentielle parce qu’il y va de la crédibilité et du sérieux de l’Etat. Il faut que les pilleurs connus de l’Algérie rendent des comptes quels que soient leurs rangs, leurs fonctions, leurs régions ou leurs grades. Les Algériens feront confiance à l’Etat quand ce dernier sera juste, équitable et exemplaire dans ses conduites. Les Algériens ne veulent plus entendre, écouter, les discours de ces ministres et, Président en tête, leur parler de lutte anti-corruption alors, qu’au su et au vu de tous, ils sont les premiers et les plus gros corrompus. A qui appartiennent les 3000 bus du transport universitaire d’Alger ? A qui reviennent les Chippa de l’autoroute Est-Ouest ? A qui reviennent les surfacturations du métro d’Alger ? Les commissions des 5 millions de vaccins H1N1 jetés à la poubelle ? Les milliards de l’agriculture offerts à des hauts responsables qui n’ont aucun lien avec l’Agriculture ? Les lignes de crédits en devises offertes à des voleurs connus ? Qui a profité du rachat des entreprises publiques privatisées ? Il serait très intéressant de rendre publique la liste nominative de ces repreneurs d’entreprises publiques vendues souvent à crédit ou pour le dinar symbolique. C’est cela les premières missions d’assainissement de la société algérienne pour stopper rapidement les dérives suicidaires dans lesquelles elle s’enfonce.

6. C’est cela les premières missions du ou des généraux dépositaires exclusifs du pouvoir politique actuel. C’est l’unique moyen d’assainir et d’élever sa conscience avant de partir. C’est le seul moyen de s’élever en laissant, pour l’Histoire, pour son pays et aux siens, quelque chose de durable et d’éternel : sauver son peuple et son pays des dérives monstrueuses dans lesquelles il s’enfonce chaque jour un peu plus. Ce n’est pas en allant onze fois ou mille à la Mecque avec l’argent du contribuable, c’est-à-dire volé, qu’on soulagera sa conscience ou entrer au paradis. Dieu, dans toutes ses déclinaisons connues, est incorruptible. Quel grandeur de se présenter à lui, nu, et dire par l’humilité : « j’ai tout fait, tout entrepris pour sauver mon pays et mon peuple… » Alors, MM les généraux intègres et patriotes ! Au travail. Dieu et les hommes de cœur et d’esprit vous soutiendront même si vous n’avez pas les vocations et la puissance d’Héraclès, nettoyeur des écuries d’Augias. Les nôtres sont trop pleines, trop sales. Il faudra des siècles pour les nettoyer. Commençons toujours en donnant à nos enfants le gout et l’envie de poursuivre.

M. A.

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4 octobre, 2010

Chadli : anthropologue, linguiste et démocrate malgré lui

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Evénement du 5 octobre, processus électoral et question amazigh

Les révélations choc de Chadli Bendjedid

Un document historique et académique algérien a été récemment publié au Japon. Il s’agit d’une longue interview accordée par l’ex-président de la République, Chadli Bendjedid, à deux chercheurs japonais, Kisaichi Masatoshi et Watanabe Shoko. Ces deux derniers travaillent sur l’Algérie depuis plusieurs années et ont déjà publié le premier livre en japonais sur l’Algérie.

Liberté a pu se procurer le document écrit en deux langues, arabe et japonaise. Chadli Bendjedid y aborde, parfois avec une légèreté déconcertante, des sujets aussi sensibles que l’arrêt du processus électoral, l’amazighité et les évènements du 5 octobre. Ses déclarations sont quasiment inédites. Ainsi à la question : le pouvoir algérien devait-il accepter un gouvernement du FIS ?, l’ex-président a eu cette réponse. “oui, c’est vrai. Si le pouvoir avait accepté les résultats des élections, on ne serait pas arrivé à cette dangereuse situation. J’ai voulu que le peuple algérien assume la responsabilité d’avoir choisi ses représentants en toute liberté (…) il aurait fallu que nous respections le choix du peuple algérien et donner une chance au Front islamique du salut (FIS) de constituer son gouvernement.” Se voulant plus explicite, il dira qu’“il fallait juger le FIS par les lois et la constitution qui régissent l’état, et le fait de ne pas avoir respecté le choix du peuple a été une très grande erreur.” Constant dans sa position, il affirma que “la démocratie a donné au peuple algérien le choix des islamistes en toute liberté, exactement comme cela s’est passé en Palestine quand le peuple palestinien a voté pour Hamas”. Sa “lecture” est d’ailleurs anecdotique. Alors qu’il était le président du pays, il a expliqué que c’était un vote sanction “pour se venger des responsables du FLN qui ont commis de grandes erreurs à l’encontre du peuple algérien et dilapidé son argent, c’est ça la vérité”. Sur sa démission du 12 janvier 1992, Chadli a nié avoir été démis de ses fonctions en relatant ce qui s’est passé. “j’étais pour le processus démocratique et comme le peuple algérien avait choisi l’autre camp, nous devions leur donner le pouvoir et la possibilité de gérer le pays, mais les membres du FLN ont eu peur et ils m’ont demandé d’annuler les résultats des élections et de les refaire. j’ai refusé par respect à la constitution et à la promesse que je m’étais donnée quand j’avais juré sur le Coran de respecter la volonté du peuple algérien (…) quelle aurait été la réaction de l’opinion nationale et internationale si je les avais annulées ? Ils auraient pensé que les réformes qu’avait réalisées Chadli n’étaient qu’une manœuvre pour rester au pouvoir et c’est pour cette raison que j’ai décidé de tout quitter. j’ai déposé ma démission par respect au peuple algérien.” D’ailleurs, il insista sur ce point pour affirmer que “celui qui prétend qu’il y a eu un coup d’état se trompe, parce que j’ai démissionné de mon plein gré sans pression d’une quelconque partie”.
Sur la question amazigh, Chadli a exposé un point de vue très réducteur et qui va faire sans doute réagir plus d’un. Ainsi, pour celui qui a présidé aux destinées du pays pendant 12 ans (1980-1992), “l’amazighité est une sorte de tradition et de langue de quelques tribus appartenant à des civilisations et cultures près-islamiques et il reste encore peu de tribus qui tiennent encore à ces origines”. S’improvisant anthropologue, l’ex-président va encore plus loin. “l’amazighité est une langue qui est dépassée par le temps et qui ne pourra pas se développer.” avant d’ajouter : “la langue amazigh a disparu.”
Confirmant l’état d’esprit de nombreux représentants du système algérien, et en revenant sur le printemps berbère de 1980, Chadli n’a pas hésité à relier la question amazigh avec… la France. “je le dis sincèrement, il y avait un plan colonialiste de la part des services secrets français pour alimenter le sentiment d’appartenance à l’amazighité pour gagner la sympathie de ses groupes et les relier à la France afin de créer des problèmes internes dans le but d’exercer des pressions politiques sur le gouvernement algérien. et pour prouver ce que je dis, il faut voir ce que fait la France pour enseigner l’amazighité dans ses universités.” Il ajoutera que les évènements de 1980 étaient “politiques sous le couvert de la question amazigh et on peut dire qu’ils étaient politiques et culturels en même temps”. 
Mieux encore, continuant sur la question identitaire, il souligna qu’“il y a pas de spécificité à la nationalité algérienne ; les algériens appartiennent à la civilisation arabo-islamique”. Il soutiendra que, mis à part l’aspect politique, il n’y avait aucune différence entre les algériens, les tunisiens et les marocains. “du côté culturel, on appartient à la même histoire, culture et civilisation, qui est l’arobo-islamique. cette appartenance culturelle et civilisationnelle se prolonge de l’est du monde arabe jusqu’à l’Ouest et tous nous parlons la langue arabe, mais avec des dialectes différents, rien de plus”.
à propos du 5 octobre 1988, l’homme de 91 ans insiste en précisant que “certains membres du FLN” étaient derrière “les évènements”. Selon lui, la cause des manifestations violentes (le bilan officiel était de 110 morts, alors que des sources médicales ont donné le chiffre de 500 morts et plusieurs milliers de blessés) était due au fait que “plusieurs responsables de l’appareil du FLN, et d’autres aussi, étaient contre la démocratie que j’essayais d’appliquer. la démocratie, la liberté de la presse et le fait de permettre au peuple de choisir ses représentants allaient mettre la lumière sur les erreurs des responsables. Tout cela mettrait en danger les avantages qu’ils avaient obtenus grâce au parti unique”.
En plus de se présenter comme un démocrate, Chadli Bendjedid s’est aussi affiché comme un capitaliste convaincu. “je suis celui qui a changé le système du socialisme au capitalisme”, soutient-il, avant de revenir sur son parcours personnel. “À travers les longues expériences que j’ai vécues dans le système communiste de Ben Bella et le système socialiste de Boumediene, qui ont échoué totalement, j’ai eu une idée complète et claire sur la situation de l’Algérie.” Il expliquera sa “thèse” en affirmant que “c’est l’immobilisme qui m’a poussé à décider de changer le système et j’ai réalisé l’importance de léguer le pouvoir au peuple algérien, et ce, dans le cadre d’une véritable démocratie”. 
Cette longue interview publiée dans le n°27 du The journal Sophia Asian Studies est l’une des très rares interventions de Chadli Bendjedid depuis qu’il a quitté le pouvoir en janvier 1992. En 18 ans, il a donné deux interviews : en 2006 à l’hebdomadaire algérien Al Mouhakik et en 2007 à El Khabar.
il a également fait une intervention, le 27 novembre 2008, lors du colloque organisé à El-Tarf en hommage au moudjahid Amar Laskri, dit Amara Bouglez, et la dernière remonte au 4 décembre 2008 sur les colonnes de Liberté et d’El-Khabar.

Par : Salim Koudil 

source : libert1.jpg 

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chadli.jpg le juge meurtrier du colonel Chaabani chaabani.jpg

Lors des événements du printemps berbère de 1980, il dit à la télévision :

« kountou min elfara3ina walakinna 3arrabani el islam »

Les algériens sont tous berbères, sauf que l’Islam a arabisé certains.

La kabylie bien que musulmane, a  échappé  à cette arabisation. Ce que doit apprendre tout ignare de la trempe d’un homme qui est à l’origine de la catastrophe algérienne.

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Il a promis de revenir, dans les prochains jours, avec plus de détails sur ses années de gouvernance du pays.

L’ancien président de la République, Chadli Bendjedid, a nié en bloc toutes déclarations qui lui ont été attribuées dans les colonnes de la presse nationale reprenant une interview qui serait publiée dans le n°27 du The journal Sophia Asian Studies. «Je prends à témoin Dieu et l’Histoire, que tout ce qui a été dit en mon nom est en globalité mensonges et allégations», a déclaré l’ancien chef d’Etat dans les colonnes du journal arabophone Echourouk Al Yaoumi. Il a soutenu que cette sortie médiatique vise à lui nuire puisqu’ «elle n’est pas innocente, dans un contexte qui n’est pas innocent non plus, et que les parties qui ont amplifié ses dires sont identifiables».
Chadli Bendjedid qui a gouverné le pays de 1979 à 1992 affirme que nul n’a le droit de douter de son nationalisme. Toujours dans les colonnes du journal Echourouk, l’ancien président affirme qu’il s’est brusquement «réveillé sur l’inanité de mes réalisations et l’inutilité de mes réformes», non sans accuser ses nombreux détracteurs qui ne lui ont pas pardonné ses années de règne à la tête du pays pointant un doigt accusateur sur ceux-là mêmes qui «essayent depuis toujours d’égratigner sa droiture, ses avancées – en son temps – dans la démocratie et les droits de l’Homme», précisant que le jour viendra où tout sera connu de tous, «et que, de toute façon, le peuple connaît son intégrité et sa loyauté envers son pays».
Décidément, affecté par ce qui a été rapporté par la presse, l’ancien président promet de revenir avec des détails sur les années de son règne et notamment sur les événements qui avaient jalonné sa mandature. Il y a quatre jours, les quotidiens Liberté puis Al Watan ont rapporté de larges extraits de déclaration d’une incroyable légèreté faites par l’ancien président à deux chercheurs japonais en 2009.
Selon ces deux journaux, l’ancien président a tout simplement fait étalage de son ignorance de l’Histoire de son pays quand il s’est exprimé sur la question amazighe. M.Chadli aurait déclaré que «l’amazigh est une langue qui est dépassée par le temps et qui ne pourra pas se développer».
Plus encore, le Printemps berbère de 1980 a été «un plan colonialiste de la part des services secrets français pour alimenter le sentiment d’appartenance à l’amazighité pour gagner la sympathie de ses groupes et les relier à la France afin de créer des problèmes internes dans le but d’exercer des pressions politiques sur le gouvernement algérien».
Dans son «démenti» sur Echourouk, M. Chadli affirme que son propos sur l’amazighité est connu de tous, à savoir «que l’Algérie est une terre amazighe qui a été islamisée», et que lui-même «est un Amazigh qui a été islamisé».
Parlant de l’ex-FIS dissous qui a remporté les élections législatives en 1992, il a déclaré que «si le pouvoir avait accepté les résultats des élections remportées par le FIS, on ne serait pas arrivé à cette dangereuse situation». C’est les propos du président de la République et qui parlait du «pouvoir» sans préciser lequel.
«J’ai voulu que le peuple algérien assume la responsabilité d’avoir choisi ses représentants en toute liberté, il aurait fallu que nous respections le choix du peuple algérien et donner une chance au Front islamique du salut (FIS) de constituer son gouvernement.».
Les journaux ont également rapporté que Chadli Bendjedid a déclaré que «la démocratie a donné au peuple algérien le choix des islamistes en toute liberté, exactement comme cela s’est passé en Palestine quand le peuple palestinien a voté pour Hamas».
Au sujet de sa démission, le 11 janvier 1992, il a nié qu’il s’est agi d’un coup d’Etat. «Celui qui prétend qu’il y a eu un coup d’Etat se trompe, parce que j’ai démissionné de mon plein gré sans pression d’une quelconque partie.»

Nabil BELBEY (http://www.lexpressiondz.com/article/2/2010-10-07/81408.htmlChadli : anthropologue, linguiste et démocrate malgré lui shim  shim  shim

 

26 septembre, 2010

29 Septembre 1963 – Création du FFS

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47ème anniversaire du FFS

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29 septembre 1963/ 29 septembre 2004 : 
L’histoire de l’avenir

Hanafi Si Larbi

L’Histoire reste constamment en éveil tant que toutes les vérités n’ont pas été, l’une après l’autre, mises à la lumière. Il est ainsi d’une réalité que les officiels passés et présents tentent de dévoyer et souvent de diaboliser : c’est l’histoire du FFS dont les racines remontent au mouvement national libérateur. Des amalgames et des raccourcis sont souvent empruntés par les détenteurs du pouvoir pour noyer son essence démocratique ,qui à terme, sera le catalyseur d’une démocratisation de l’Algérie et partant ,de tout le Maghreb des peuples même si, aujourd’hui, le parti vit une crise .

De l’indépendance confisquée à la résistance.

05 juillet 1962 ,c’est l’indépendance. L’Etat devait construire la nation algérienne. Seulement, l’Etat qui devait établir le pouvoir unique à partir des exigences de la société dans sa diversité, est devenu l’enjeu de la politique au lieu d’en être le moteur. Ainsi , les colonels qui avaient su préserver l’autonomie de la glorieuse ALN durant la guerre de libération comme gage de l’avenir, réalisent eux-mêmes le schéma parfait d’un pouvoir autoritaire et répressif. Pendant ce temps là , le peuple pleurait ses martyrs, le chômage frappait des pans entiers de la société alors qu’une bonne partie de la jeunesse émigre en France après avoir combattu le colonialisme français. Le pays n’est pas le leur ,il faudrait le reconquérir.

C’est dans ce contexte que Hocine AÏT AHMED, alors député de Sétif, avait vite compris que les vraies valeurs de Novembre 54, source de sacrifices de tout un peuple, volaient en éclat et qu’il fallait un sursaut salvateur, comme il l’explique le 10 juillet 1963 : « … J’ai décidé de mener une lutte politique ouverte contre le régime socialo-mystificateur…C’est le seul moyen de désamorcer la situation rendue explosive…et par l’incapacité de l’Assemblée Nationale Constituante de bloquer le totalitarisme du régime… » C’est l’opposition ouverte.

Né officiellement le 29 septembre 1963 dans une conjoncture nationale douloureuse, le FFS est par essence même le résultat des excès totalitaires des putschistes des frontières et le prolongement de la crise de 1962. Cette situation conflictuelle profonde, ne donne aucune valeur au débat politique à l’intérieur de l’Assemblée Nationale Constituante.

Ainsi, le FFS dans ses balbutiements, stipule, dans la proclamation rendue publique le 29 septembre 63 :

1. D’opérer le redressement de la révolution algérienne. 
2. D’en assurer la continuité en instaurant un socialisme fondé sur l’adhésion populaire, seule garante de justice sociale et de liberté. 

Sur la base de ses statuts, le FFS se positionne en rassembleur de tous les exclus du régime militaire et arbitraire qui maintient ses adversaires dans la clandestinité (P.R.S), accule le P.C.A (Parti Communiste Algérien) à la soumission, et vide l’UGTA de son autonomie par rapport au pouvoir. Les fondateurs du parti ,issus de différentes régions du pays , s’attellent à redresser les idéaux de la révolution au profit du Peuple, seul héros de la guerre. Mais, le pouvoir use de tous les moyens répressifs et démagogiques pour combattre, mater et éliminer cette nouvelle force vive qui redonne espoir à la population qui panse ses blessures. Les insultes et dénigrements publics contre Hocine AÏT AHMED accusé de « séparatiste et assoiffé de pouvoir » par le président Ahmed BEN BELLA, attisent le conflit : les chefs militaires des « Wilayas » déterrent la hache de guerre. La Kabylie sera le théâtre d’opérations militaires qui replongent la population dans un nouveau cauchemar. La riposte des troupes de l’A.L.N acquises aux thèses du FFS ne se fait pas attendre. C’est la guerre ouverte.

Mais une aubaine s’offre au régime pour donner un coup dur à la résistance armée du FFS : le problème frontalier avec le Maroc.

Usant de la langue de bois, le pouvoir exploite la sensibilité patriotique du peuple en greffant la crise frontalière sur les vrais problèmes du pays que le FFS avait déjà dénoncés. Cette manœuvre diabolique porte un coup terrible à la résistance du parti : la défection de la moitié du 1er Etat Major du FFS avec son infrastructure militaire en novembre 63, permet l’arrestation de Hocine AÏT AHMED le 17 octobre 1964. Mais malgré cela, la victoire militaire est impossible pour les deux parties en conflit. La nécessité d’une négociation globale s’impose.

Les premières tractations débutent entre janvier et février 1965, et se concluent par des accords qui prévoyaient « la libération de tous les détenus politiques » et « l’intégration des militants du FFS dans la vie active ».

La deuxième phase des négociations porte sur le volet politique qui doit reprendre après la conférence afro-asiatique d’Alger prévue pour fin juin 1965. Les jalons du multipartisme sont jetés . Le FFS est reconnu de facto comme deuxième parti du pays comme le titre à la Une le quotidien « El Moudjahid » de la deuxième quinzaine de juin 1965.

Mais les intérêts étroits du régime militaire, n’ont donné aucune chance à l’ouverture démocratique qui se profile à l’horizon. Le 19 juin 1965, un coup d’Etat militaire met fin à tous ces espoirs. Dés lors, une nouvelle phase commence pour le FFS.

La clandestinité

La répression subie sous les régimes de BEN BELLA et celui des putschistes rend caduque l’accord passé avec le FLN provoquant ainsi un flottement dans les structures du FFS. Pendant la détention de Hocine AÏT AHMED, certains cadres du parti rejoignent les putschistes et accèdent à des postes de responsabilités gouvernementales. Leur silence complice accélère le démantèlement du FFS.

Une offensive généralisée est alors déclenchée par le régime contre deux organisations nationales, l’UGTA et l’UNEA, qui à terme, pouvaient être dangereuses pour eux.

Une répression inhumaine s’abat sur l’organisation estudiantine qui avait déclenché une grève générale en février 1968 pour revendiquer la liberté d’expression. Sur sa lancée, les autorités attaque sans ménagement, le cercle des Etudes Berbères de l’Université d’Alger.

En janvier 71, suite à la politique de normalisation à l’algérienne qui ne tolère aucune revendication, le pouvoir viole les franchises universitaires et arrête plusieurs étudiants en grève suite à la dissolution de l’UNEA et du Cercle des Etudes Berbères. Durant cette phase de clandestinité, le FFS se réorganise dans les milieux estudiantins, sous l’égide des Etudiants Démocrates et l’Université (E.D.U) et syndical.

Mais la sécurité militaire arrête brutalement tous les éléments suspectés d’appartenir au parti.

Entre 1972 et 1978, le FFS essaye de retrouver ses marques et passe en Algérie entre les mailles de la Sécurité militaire car le parti avait pu garder sa structuration au sein de la communauté immigrée.

Ainsi ,en mars 1979, le FFS élabore une charte intitulée « L’Alternative Démocratique Révolutionnaire à la Catastrophe Nationale ». Cette brochure, largement diffusée en Algérie malgré la répression, ouvre le chemin et éclaire toute une jeunesse avide de liberté et de démocratie. Ainsi, le Printemps Berbère de 1980 est la première démonstration de la frustration des jeunes et leur marginalisation par les pouvoirs publics. Les militants du FFS qui ont piloté cette action de force, la payent par des arrestations arbitraires : plus d’une centaine à la Place du 1er Mai et d’autres à Tizi-Ouzou.

Face à l’ampleur du mouvement, jamais vu dans l’Algérie indépendante, et devant l’impossibilité d’une solution pacifique, le pouvoir redouble de férocité et institutionnalise la répression et les tortures et donne au Mouvement, à travers ses relais, une dimension régionaliste.

Une deuxième « opération jumelle bis » est déployée en Kabylie devenue zone interdite. Mais cet élan populaire aux aspirations démocratiques ne s’arrêtera plus. Il démystifie aux yeux des algériennes et algériens l’invincibilité des forces de sécurité.

Deux ans après, en avril 1982, l’Oranie est le théâtre de manifestations populaires réprimées dans la violence.

En 1985, le pouvoir bascule.

Alors que les membres fondateurs de la ligue Algérienne des Droits de l’Homme sont jugés par la Cour de sûreté de l’Etat le 15 décembre en présence d’observateurs internationaux, Hocine AÏT AHMED et Ahmed BEN BELLA signent le 16 décembre à Londres «La Proclamation pour l’instauration de la Démocratie en Algérie ».

Cet acte éminemment politique exacerbe les luttes intestines au sein du pouvoir. Le régime craint une contagion de l’Oranie une nouvelle fois. Il n’est plus possible de régionaliser le problème en brandissant le « syndrome kabyle ».

Mais le régime militaire a plus d’un tour dans ses poches : en 1987, Ali MECILI, cheville ouvrière du FFS, militant invétéré de la Démocratie et artisan du rapprochement des deux leaders BEN BELLA et AÏT AHMED, est assassiné à Paris par un proxénète. L’enquête sur cette hideuse liquidation n’aboutira aux « Raisons d’Etat ».

Les événements se précipitent. Le peuple algérien, excédé par les malversations au sommet du Pouvoir, l’arrogance des nouveaux riches, les exclusions, les pénuries et la répression, finit par faire trébucher le régime lors des émeutes d’octobre 88. La peur a changé de camp malgré l’usage systématique de la torture. Le monde entier découvre la vraie nature du régime .

La timide ouverture démocratique

Une seule issue reste au pouvoir pour éviter sa chute: amorcer une pseudo-ouverture démocratique pour se refaire une toilette vis à vis de l’opinion internationale.

A cet effet, une nouvelle constitution sur mesure avec la reconnaissance du multipartisme (associations à caractère politique) voit le jour le 23 février 1989. Mais ce geste, à la limite de la machination, ne règle rien. Les dés sont pipés. Pour preuve :

1- Un parti politique, le RCD est proclamé exactement le 11 février 1989, suite à une rencontre « secrète » entre des personnalités influentes au sommet du régime et les membres fondateurs de ce nouveau parti avant même la promulgation de la loi .

2- Des partis islamistes sont agréés contrairement à l’esprit de la nouvelle constitution.

Ces manœuvres politiciennes sont spécialement destinées à déstabiliser et à contrer les partis nés « hors des laboratoires » du « cabinet Noir » de la Présidence.

Malgré cet état de fait, Hocine AÏT AHMED rentre au pays le 15 décembre 1989 après 23 années d’exil. L’accueil triomphal qui lui est réservé par des milliers de citoyens est de bonne augure : l’espoir demeure pour l’instauration d’une vraie démocratie en Algérie. La fin de la clandestinité est enterrée. Une nouvelle ère commence pour le FFS, force politique avec laquelle il faut désormais compter.

La légalité

« Les tentations totalitaires, les doctrines sécuritaires et les prétextes d’ordre public sont autant de tentatives vaines d’arrêter une évolution inéluctable ». Extrait de la synthèse des travaux du 1er Congrès du Parti en Mars 91.

Cette réflexion résume à elle seule les manœuvres du régime. Mais le FFS, farouche opposant à la dictature et la police politique, entame la construction démocratique de la Nation algérienne par un travail pédagogique et pacifique. On citera ci-après quelques événements majeurs de la période de la légalité.

Le premier acte politique d’envergure par lequel le FFS a initié sa démarche, a été l’introduction dans les mœurs politiques algériennes de la notion de boycott des urnes lors des élections locales de juin 1990. Sentant la manœuvre politicienne du pouvoir, le FFS appelle la population au boycott. Sa décision est justifiée par le fait que le pouvoir « offrait à la nouvelle opposition un cadeau empoisonné », car dans chaque commune jadis gérée par le FLN , la corruption, l’anarchie et le dirigisme étaient érigés en mode de gouvernance . Prendre en charge en ces temps là une APC relèvait du suicide politique. Les partis ayant pris part à la mascarade l’ont payé vis à vis de la population.

Mars 1991, le Premier Congrès du parti pour « Une Algérie libre et Heureuse » est l’occasion de rappeler aux militants et aux citoyens l’attachement du FFS aux idéaux de démocratie, liberté, égalité et solidarité de la révolution algérienne. C’est donner les instruments démocratiques qui garantissent aux algériennes et algériens un avenir prospère qu’ils édifieront en toute souveraineté.

Décembre de la même année, les législatives « propres et honnêtes » sont avortées entre les deux tours.

Le 02 janvier 1992, le FFS appelle la population à une marche citoyenne pour aller au deuxième tour des élections. Une marée humaine envahit les rues de la capitale. Ce sursaut citoyen n’empêche pas le pouvoir d’arrêter le processus démocratique et réalise un coup d’état sous la couverture d’une démission du Président de la République. C’est le point de départ d’une spirale de violence infernale. Le choix populaire a été violé, bafoué malgré les avertissements du président du parti Hocine AÏT AHMED lancés en direction de la haute hiérarchie militaire en proposant l’ouverture d’un dialogue politique avec les forces en présence.

En Juin 92, le Président du HCE, Mohamed BOUDIAF est assassiné en direct à la TV dans l’exercice de ses fonctions. C’est le summum de la violence. La maffia politico-financière inaugure le cycle de liquidations politiques et symboles de la révolution. En Août de la même année, sur insistance de ses proches, Hocine AÏT AHMED retourne à son exil.

Le FFS tente de désamorcer la situation rendue explosive par le pouvoir militaire et les islamistes fondamentalistes. L’affrontement est inéluctable. Le pouvoir choisit le tout-sécuritaire et les islamistes les maquis. L’engrenage répression/ terrorisme est le quotidien des algériennes et algériens. Devant cet enfer, le FFS appelle de nouveau au dialogue et à la réconciliation nationale. Le pouvoir reste sourd.

En Janvier 1995, des personnalités et partis politiques représentants différentes sensibilités de la société algérienne, signent à Rome le « Contrat National » et invitent le régime à s’y associer pour arrêter l’effusion de sang. La réponse du pouvoir a été le rejet «globalement et dans le détail» de cette offre de paix. La violence continue, la réconciliation entre algériens devient tabou. Dans sa logique meurtrière, le pouvoir organise des élections présidentielles la même année pour une reconfiguration subjective du paysage politique.

Le candidat de l’armée prône la paix. Le peuple dans son vote refuge choisit le général ZEROUAL espérant voir le rétablissement de la paix. Les trois autres candidats lièvres retournent chez eux avec leur quotas concoctés dans les labos de l’hombre . Mais la violence ne s’arrête pas.

En Mars 1996, 2ème Congrès du parti pour la Paix , la Démocratie et la Justice Sociale. Un slogan qui résume l’aspiration profonde du peuple. La violence, le non-droit et la dictature, la misère et la paupérisation sont son lot au quotidien. La Paix, la Démocratie et la Justice Sociale sont des rêves fous.

En mars 1997, le FFS prend part aux élections législatives. L’occasion de s’adresser aux masses pour expliquer le vrai sens de la paix et de la réconciliation. L’Assemblée Nationale est la tribune privilégiée du FFS à l’adresse des Algériennes et Algériens soumis au diktat du pouvoir.

En octobre de la même année, les élections locales dévoilent une fois de plus au monde entier la mauvaise foi du régime algérien. La fraude au grand jour filmée en direct par une T.V étrangère ne décourage pas le pouvoir qui entérine ces résultats contestés par la grande majorité des partis politiques suite à la protesta initiée par le FFS.

En Juin 1998, assassinat d’un symbole populaire, rebelle et indomptable : MATOUB Lounès. La suite des événements (création de l’ACT et l’ACB) nous renseigne un peu plus sur les commanditaires de cette liquidation qui avait entre autre poussé Zéroual à la démission.

1999 : Elections Présidentielles anticipées avec la participation de Hocine AÏT AHMED. L’élan populaire suscité lors de la campagne électorale présidentielle, met en branle la machine de la fraude au profit du candidat du système. A quelques heures du scrutin, six (06) candidats à la magistrature suprême se retirent et laissent BOUTEFLIKA candidat face à lui même.

Son intronisation révèle aux Algériens et Algériennes qui avaient, dans leur majorité, dit oui à ceux qui avaient osé dire non à cette mascarade, une réalité amère : tout ce que le FFS prônait pour la sortie de la crise, combattu par le pouvoir et ses relais médiatiques, politiques et associatifs, est repris à son compte et applaudi par ceux qui le rejetaient hier encore.

Paix, Réconciliation Nationale, Dialogue ne sont plus synonymes de complaisance avec l’islamisme radical et avec le FIS en particulier.

Si le FFS avait été écouté à temps , la sagesse aurait fait à l’Algérie l’économie d’une tragédie absurde !

Aujourd’hui, les conséquences de l’assassinat de Guermah Massinissa ont provoqué une crise jamais égalée en violence en Kabylie. Les Algériens seront témoins d’une position du FFS qui n’arrangeait pas ses propres intérêts mais qui s’inscrivait dans un cadre plus large :de l’unité nationale. Un combat titanesque fut livré pour la préservation de cette unité. Mais au détriment des orientations du 3ème congrès . Beaucoup de retard a été enregistré dans l’application des résolutions des dernières assises nationales ce qui a fini par avoir des répercussions négatives sur le fonctionnement interne du parti . C’est un fait que l’opinion a constaté à travers l’instabilité qui a atteint jusqu’aux dirigeants , source, en partie, de l’aphonie politique actuelle.

Alger le 28/09/2004

Hanafi SI LARBI

Membre du conseil national du FFS

Sources :

Salem Chaker in – Imazighen assa-

Hocine Ait Ahmed in – L’affaire Mécili-

Mohamed Harbi in – Le FLN mirage et réalités-

Ferhat Abbas in – L’indépendance confisquée-

Ramdane Redjala in – L’opposition algérienne-Témoignages des anciens de 63

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27 août, 2010

JUILLET 1962 – JUILET 2010 – 48ème ANNEE D’INDEPENDANCE

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Un soldat pas comme les autres

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Noël FAVRELLIERE « LE DESERT A L’AUBE » Qui est Noël FAVRELLIERE ?

Il est certainement vrai que cet homme demeuré dans l’anonymat et qui a fui l’armée coloniale de son pays pour ses idées, mérite d’être revisité et ainsi, brièvement, le faire connaître à cette génération montante. Il est né en 1934 à la Rochelle en France. En 1956 quand la guerre d’Algérie commençait à préoccuper le gouvernement français, il fut rappelé sous les drapeaux pour y être affecté en Algérie dans un régiment de parachutistes. Un jour, en 1956 afin de soustraire un Moudjahed à l’exécution sommaire qui l’attendait, il s’enfuit avec lui en le libérant. Après une longue et harassante marche en plein désert, il réussit avec son compagnon de fortune à rejoindre les combattants de l’Armée de Libération Nationale où il y restera six pleins mois en plein maquis partageant avec eux la vie combien dure avant de gagner Tunis d’où il partit un peu plus tard à New-York. Quelques notes de lecture : Dans son livre paru en 1958, intitulé « LE DESERT A L’AUBE », il retrace toute cette péripétie combien mémorable et d’actualité aujourd’hui, avec la loi Sarkozyenne sur ‘’la colonisation positive’’. Il commence ainsi : « Le goût du saut. L’impression qu’on est seul et qu’on intervient en avant ligne, au lieu de marcher en avant troupe, quelques semaines plus tard, il écrivait à ses parents. Nous sommes saufs. Cette nuit, nous avons traversé la frontière à dos de chameau. Nous sommes maintenant chez les parents du jeune que j’ai libéré. La joie qu’ont eue les siens à le revoir alors qu’il le croyait mort, m’a payé au centuple pour tout ce que l’avenir me réserve… et il poursuit plus loin. Si j’avais agi autrement, si j’avais laissé assassiner Mohammed, je crois que je n’aurais plus jamais osé vous regarder en face ». Plus loin encore, il raconte « J’ai déserté parce que je n’en pouvais plus des bavures continuelles, des massacres de civils présentés comme des exploits ». Chaque jour que Dieu fait, sa révolte s’intensifie. Il y a les pratiques à plat sans porter aucun jugement sur ses camarades qui, pourtant, les acceptaient. Livre poignant de faits tout au début de la guerre et qui, par la suite devinrent plus grands et banals. Ecoutons le : «Une petite fille en robe blanche courrait. Comme dans un stand de foire, le capitaine a promis cinq cents francs à celui qui l’atteindrait. Elle a tourbillonné sur elle-même. Ca se voyait, pourtant, que c’était un enfant ». Il poursuit écoeuré ce récit macabre et qui nous démontre, plus que jamais le vrai visage de la soldatesque coloniale et de ses pourvoyeurs de la pacification que criaient au monde entier les tenants du pouvoir en France et que certains nostalgiques actuels de l’Algérie de papa qui glorifient la colonisation positive. C’est celui-ci le vrai visage de la France coloniale. C’est de la fiction. Nous n’allons pas nous en arrêter là ; ce livre nous démontre la façon immonde de mener une guerre sans nom à un peuple constamment dominé et qui n’aspirait qu’à sa liberté. Voici la pacification, voici le vrai visage de la France des droits humains et qu’on nous gargarisait de France civilisatrice. La « pacification » était à son apogée dans les discours, on continue… écoutons Noël : « On était quelques-uns à ne pas supporter. Avant que je ne déserte, mes amis me répétaient ‘’ Noël, calme-toi…il ne reste que 83 jours ». La torture ? Le mot n’était pas employé, mais on entendait des hurlements qui provenaient d’une grande. Il y avait une autre méthode, beaucoup plus rapide que la gégène, pour faire avouer n’importe quoi. On faisait venir un indigène, son épouse, sa fille. On déshabillait les femmes. Ca ne suffisait pas ? Du déshabiller l’homme et ou le collait contre sa fille. Il craquait immédiatement. Un jour le jeune homme comprend qu’un prisonnier a été balancé d’un hélicoptère dans le vide. « J’étais éberlue. Je me suis dit : puisque j’ai la garde de l’autre prisonnier, je vais vraiment le garder, c’est-à-dire le protéger ». C’est là, la nuit venue que Favrelliere s’enfuit avec le Moudjahed prisonnier, en emportant des armes. Le prisonnier pieds nus et il narre, il narre pour décrire cette situation de salut vers la liberté : « Je n’ai jamais été aussi joyeux. Je riais en courant. Ma seule crainte était de perdre le prisonnier parce qu’il ne courait pas, il détalait. ». C’est ainsi que dans ce livre, Noël, décrit sa marche combien périlleuse, avec le Moudjahed Mohammed, jusqu’à leur arrivée en Tunisie. Le texte a été saisi et interdit de publication. Dédicace exemplaire du livre. On retrouve une anecdote d’un jeune. « C’était le matin du mardi 28 août 1956. Tu étais chasseur et j’étais le gibier. Par hasard, tu m’as surpris dans la crevasse pour attendre la nuit. Tu m’as souri. Sans doute, avais tu peur de mourir. J’étais un transfuge et je pointais mon arme sur toi. T’ai-je souri en retour, je ne le sais plus. Mais je t’ai laissé repartir pour rejoindre ceux qui, comme toi, avaient mission de m’abattre…et tu ne leur a rien dit. » L’auteur tient beaucoup à cette dédicace, survivre entre deux camps ennemis qui s’affrontaient montre combien que l’action juste tient souvent à un basculement : une désobéissance imprévue. Noël ajoute : « moi-même, j’avais tout pour être un plouc (paysan). Qu’est ce qui m’a pris ? Mes parents tenaient un petit hôtel près de la Rochelle, et j’ai grandi dans l’admiration pour les résistants. En Algérie, j’ai pensé : ici c’est nous, les Boches ». Quand les morts parlent … En 1957, Noël en Tunisie est condamné à mort pour la seconde fois par le tribunal militaire de Constantine. Il précise « Pour l’exemple, les troupes étaient passées devant mon supposé cadavre en Algérie et quelques temps après, j’ai donné une interview dans la presse tunisienne. Comme dans la première condamnation, c’est François Mitterrand qui est ministre de la justice. «Ca m’a amené d’apprendre que j’étais de nouveau condamné à mort. Pour ma famille, c’est moins drôle. » Le ridicule et le simulacre étaient de mise pour le pouvoir colonial qui n’était pas à son premier mensonge et ses innombrables mises en scène dont foi. A New-York, il est devenu laveur de carreaux, mais dès la parution de ses écrits son patron le somme de choisir entre écrire et travailler, livre rédigé en vingt jours. De New-York, il envoie son écrit au journal « L’Humanité » dont les dirigeants s’empressent de l’égarer. Il est à noter que de 1956 à 1958 aucun intellectuel ne s’est intéressé à sa disparition. Les auteurs de la déclaration dite « des 121 » ont attendu 1960 pour y rédiger un texte très courageux. Le cinéaste René Vautier signe un premier papier intitulé « Noël nous reviendra ». Pierre Vidal Naquet dans son livre « La Raison d’Etat » le lui dédie et prend régulièrement le relais dans les colonnes du célèbre journal « Le Monde ». En 1963, c’est l’apogée de son action, qui est d’actualité : Simone de Beauvoir écrit ceci : « L’illégalité serait-elle un crime plus impardonnable que le crime mère ? Aux yeux de la justice, il semble que oui. L’indépendance de l’Algérie est reconnue, mais la poignée d’hommes et de femmes qui ont lutté pour une certaine idée de la France, est en prison ». A ces français là qui ont sauvé l’honneur de la France il serait utile que nous en tenions compte pour leur rendre un hommage et les soustraire à l’anonymat.

Le​ Secrétaire National Ahmed ARRAD

  

1830 – 1962 : L’ère de la guillotine :guilo

                      Meurtres sur ordonnance

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Jamais depuis l’aube de l’histoire la mise à mort ne fut autant été  mécanisée par l’action d’un couperet sur la tête d’une personne. L’avènement le plus abject est certainement, fusse-t-il  judiciaire : l’usage de la guillotine sur les centaines de militants algériens. Dans cette folle équipée criminelle contre l’humanité, le démembrement du corps s’appelait décapitation dans le langage colonial d’une France affranchie par la « terreur de Robespierre ». Dans l’énormité de cette sordide politique de l’élimination physique, les techniciens de la mort ont fait appel à la guillotine comme moyen de terreur visant l’abandon de la lutte armée. Dans le pays des droits de l’homme est née l’idée de « tordre le coup » aux algériens à la manière très gauloise sur le coq en perpétuelle rébellion. Dans les tréfonds de l’imaginaire de la France profonde, les  chaumières continuent de véhiculer  les hauts faits de bourreaux sur les têtes qui tombent  sur le billot .  Dans cet élan crapuleux, l’acharnement contre les Algériens retrouve  son chemin de croix. Plus de cent algériens  ont été exécutés à la prison de Serkadji dans la plus total intimité des soutanes noires donnant bénédiction à la lame. L’église en fut complice dans cette vicieuse besogne. Aucun prélat ne s’est alors opposé à l’infernal usage de la guillotine contre les algériens. Depuis l’Année I956, la mise à mort dans la cour des condamnés à pris l’allure d’une liquidation systématique au gré des sentences prononcées par les tribunaux français. Le  chahid  Ahmed Zabana fut le premier à faire les frais de ce monstre de fer. Les droits de l’homme et le respect de l’être humain pourtant garanti par tous commandements divins  fut piétiné sous  l’Autel de cette machine qui avait échoué à trois resprise sur le coup du condamné. Dans le délire criminel  le plus complet, les bourreaux ainsi que toute  l’assistance ecclésiastique ont continué les années durant à soutenir ce spectacle morbide. La condamnation à mort en Algérie répondait à un souci de terreur préconisé par  l’administration coloniale qui, après les enfumages sur les populations dans le Dahra et L’Ouarsenis avait évolué dans le raffinement de la torture et du meurtre. A ce titre , la guillotine a été institutionnalisée par ordonnance.

Ait Ahmed – 01/07/1962

aitahmed

  arradaout2010

LA CRISE SANS FIN ou LE FLEUVE DETOURNE 

Par Ahmed ARRAD (Moudjahed ex Fédération du FLN en France) 

5 Juillet 2010, déjà 48 années se sont écoulées, date synonyme de fête de la liberté et de la citoyenneté pour lesquelles des Algériennes et des Algériens ont consenti un lourd tribut croyant que leur dignité longtemps bafouée allait être retrouvée.
Qu’il me soit permis en ce jour de témoigner ici nos pensées à l’ensemble des martyrs connus et combien d’autres anonymes tombés au champ d’honneur pour que renaisse cette nation, notre Nation. 

Qu’il me soit permis en ce jour, de rendre un vibrant hommage à l’ensemble des combattants handicapés à vie et qui souffrent énormément dans leur chair les affres de la vie, eux, qui ont su continuer le chemin tracé par les martyrs pour en concrétiser la victoire sur l’occupant. 

Qu’il me soit permis en ce jour, d’en évoquer ne serait-ce qu’un instant toute l’admiration pour ces combattantes et combattants qui à l’âge de leur jeunesse juvénile, (car, à l’époque époque des années de braise, nous n’avions pour la plupart d’entre-nous que 20 ans) jeunesse qui a consenti tant de sacrifices pour porter haut le flambeau vers l’inéluctable l’indépendance. 

Aujourd’hui, presqu’un demi siècle s’est écoulé et notre conscience nous dicte le devoir impérieux de nous poser cette question : Avons-nous su donner à notre peuple les moyens d’exercer sa souveraineté pleine et entière ?  Sommes-nous, quelque part, responsables de cette tragédie sans fin que tous, nous vivons ? 

Il serait temps de faire une halte. Oui ! Il est utile aujourd’hui plus que jamais, d’interpeler nos propres consciences sur ce que nous pouvons apporter pour que cesse enfin ce cauchemar, cette mal-vie, en somme, permettre aux Algériennes et aux Algériens d’exercer leur souveraineté et de participer ainsi à l’édification d’une Algérie libre et démocratique et de bannir, à jamais, le déni de citoyenneté. 

Avant de continuer, il est certainement utile de mentionner ci-après deux déclarations de l’ex-fédération du FLN en France , la première en date du 2 juillet 1962, la veille de la proclamation de l’indépendance soit le 3 juillet 1962 et la seconde en date du 21 Juillet 1962 pour illustrer que ce qui se passe en ce moment était prévisible dès l’instant où le peuple artisan de tant de sacrifices a été ignoré.
En 1962, le peuple criait dans les rues de la capitale : Seb3a s’Nin barakat ! 

Aujourd’hui, nous devons tous clamer haut et fort : Cinquante ans barakat !!! 

Il est temps que le peuple souverain recouvre sa dignité, sa liberté confisquée en un mot sa citoyenneté

L’Algérie des rancoeurs et des haines doit faire place à l’Algérie de l’Espoir. 

                                          

                                     Voici la déclaration intégrale du F.L.N Fédération de France 

                                              APPEL AUX MILITANTS  (Diffusion strictement interne

Alors que le peuple algérien, si passionnément épris de Paix, après huit années de sacrifices énormes, touchait enfin au but et s’apprêtait à célébrer dans un enthousiasme lucide l’INDEPENDANCE reconquise, quelques chefs militaires de l’A.L.N stationnés aux frontières ; ont par leur indiscpline caractérisée créé une situation grave. 

Il faut dès l’abord clarifier un premier point dont ces militaristes et ceux qui les soutiennent espèrent – dans la confusion – tirer avantage. Ce n’est pas par opposition politique au G.P.R.A que ces hommes se sont rebellés ; puisqu’aussi bien les accords d’Evian ont été votés à la majorité des 4/5èmes et que le programme présenté par le Gouvernement lors de la dernière session du C.N.R.A en Mai-Juin a été voté à l’unanimité. 

En réalité, disposant de milliers d’hommes que le Peuple leur a confié, et d’un armement très puissant que les militants du F.L.N ont rapporté de tous les pays du monde, les candidats putschistes se sont crus assez forts pour s’emparer du Pouvoir et s’imposer au Peuple. 

Par ailleurs, le militant conscient comprend mal comment ces chefs militaires pourraient être, au-delà du barrage électrifié, plus < révolutionnaires> ou < plus durs > que les responsables des  Wilayas 2 ou 3 par exemple, qui eux ont combattu l’ennemi sur le terrain. De même que le militant conscient ne comprend pas ces cris de super patriotisme indigné, lancés depuis Oujda ou Tripoli, contre les contacts entrepris par l’Exécutif Provisoire et les Européens – alors que les accords d’Evian lui donnent précisément mission de rétablir la sécurité indispensable au déroulement du Référendum ; et alors surtout que les responsables locaux interprètent les sentiments du Peuple y trouvent un intérêt tactique. 

Au moment où l’unité et la cohésion du Peuple sont plus nécessaires pour asseoir l’indépendance, au moment où les pays frères, les pays du Tiers-monde, les pays d’Afrique qui ont fondé tant d’espoirs sur notre révolution nous observent étonnés, la rébellion de ces chefs militaires prend le sens d’une  activité fractionnelle très dangereuse pour l’avenir de la Nation. 

Il est désormais clair que cette surenchère révolutionnaire à l’intention des journalistes en visite au P.C de l’Etat-Major, n’est qu’un paravent de démagogie gauchiste cachant les desseins de quelques égarés rêvant d’imposer leur dictature militariste. 

L’Indépendance ayant été arrachée par le Peuple, il n’admettra jamais que la victoire soit appropriée par quelques-uns, même s’ils passent pour prestigieux. 

Les révolutionnaires lucides et conscients n’accepteront jamais que dans la fumée d’un verbalisme qui se prétend socialisant, des putschistes instaurent en Algérie un National-socialisme raciste, xénophobe et chauvin. 

Unis autour du G.P.R.A dont il a approuvé la politique par un vote massif, le Peuple Algérien dans la cohésion et la fermeté, saura préserver une PAIX toute fraîche dont il a si ardemment soif depuis 132 ans. 

                                    MILITANTES  ET MILITANTS : 

Sans pour autant dramatiser une crise comme en ont connu tous les peuples accédant à l’indépendance, vous saurez toutefois interdire vos rangs à tous ceux qui prendraient la criminelle initiative de susciter la division, qui ne pourrait être que génératrice de luttes fratricides. 

Les responsables, quel que soit leur rang dans la hiérarchie, ne sauraient échapper à la discipline révolutionnaire applicable à tous. A partir du moment où ils la refusent en méconnaissant l’autorité légitime du G.P.R.A conférée régulièrement par le C.N.R.A ils s’excluent d’eux-mêmes.

En attendant la tenue proche d’un CONGRES NATIONAL au cours duquel la confrontation démocratique populaire permettra aux masses de définir souverainement leur avenir, la vigilance, l’ union, la discipline autour du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne s’imposent plus que jamais.                                                                                      

                                                                                                  Paris, le O2 Juillet 1962 

                                                                                                           

                                                                                                                                                 - 2 - 

  1. Seconde déclaration après la proclamation de l’Indépendance

FRONT DE LIBERATION NATIONALE                                     FEDERATION DE FRANCE 

                                                            BULLETIN  INTERIEUR  

                                    

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         Des évènements d’une extrême gravité secouent notre pays, et menacent dangereusement l’unité et la cohésion nationale. Les objectifs révolutionnaires pour lesquels des milliers et des milliers d’Algériens et d’Algériennes sont morts, risquent d’être compromis. A la veille de l’indépendance le C.N.R.A, instance suprême de la Révolution, s’était réuni pour préparer les conditions de la prise du pouvoir, pour reconvertir le F.L.N en parti capable de mettre en œuvre un programme révolutionnaire adopté à cet effet à l’unanimité. Des divergences sont apparues qui ont conduit à la crise marquée par l’interruption des travaux du C.N.R.A, la destitution de l’Etat-Major et la démission d’un membre du G.P.R.A. Ces divisions inquiètent profondément notre peuple. Elles retardent la reconstruction de l’Etat et la solution des problèmes économiques et sociaux, elles risquent si elles se prolongent d’entrainer des conséquences catastrophiques.

      
La Fédération de France du F.L.N, consciente de la gravité de la situation appelle tous les militants à rester vigilants, unis et fraternels, comme ils ont su l’être durant la lutte de libération nationale. Dans ces heures décisives que traverse notre pays, la meilleure contribution que nous pouvons apporter à la solution de cette crise est de rester unis et disciplinés. L’avenir de l’Algérie dépend de l’union de tous les militants. Aujourd’hui plus que jamais, tout travail fractionnel, toute entreprise régionaliste, toute provocation, doivent être déjoués. La sauvegarde de l’unité doit être le souci de tous. C’est pourquoi l’émigration algérienne en France se refuse à suivre une personnalité quelle qu’elle soit. Ce qui importe par-dessus tout c’est l’avenir de l’Algérie et la réalisation des objectifs révolutionnaires.

      De même qu’ils demeurent dans les rangs du F.L.N, les Algériens poursuivront leurs efforts militants et financiers au service de la Révolution et du  pays ruiné par sept années et demie de guerre et aussi par la désorganisation de l’économie et de l’administration.

      Le chômage et la misère sévissent dans notre pays, les veuves et les orphelins de nos valeureux moudjahidines, les familles regroupées, les mutilés, les réfugiés qui rentrent au pays et toutes les victimes de ces longues années de guerre ont besoin de notre soutien matériel. Dans le même souci,
la Fédération invite les militants à faire le maximum d’efforts pour l’aide aux familles en Algérie, et compte tenu du marasme économique actuel déconseille les départs massifs des travailleurs, qui risquent de se trouver au pays sans emploi tant qu’un redémarrage de l’économie n’aura pas eu lieu.

      L’émigration algérienne en France qui  - on peut le dire aujourd’hui  - a eu l’honneur de contribuer à elle seule pour une part déterminante au financement de la guerre de Libération, se fera un devoir de poursuivre cet effort jusqu’à la mise sur pied  du Parti et des institutions de la République.

                                                                                                       Paris, le 21 Juillet 1962  

                                                                                                                                               - 3 -

                                                          

Comme tout pays, l’Algérie a ses fêtes nationales. La fête de l’indépendance, le 5 Juillet, est également celle de la jeunesse. Mais les jeunes Algériens ont-ils jamais eu, depuis l’indépendance à  ce jour, quelques motifs d’être véritablement en fête ? Pour eux, c’est depuis bien longtemps, le deuil…  

Le 1er Novembre 1954, des volontés nationalistes mues par une foi inébranlable concernant la nécessité de l’indépendance de l’Algérie s’étaient mobilisées pour mettre fin à un ordre colonial implacablement injuste dans ses effets en dépit des discours humanistes qu’il pouvait par moments adopter. 

Les soulèvements nationalistes furent nombreux dans l’histoire de l’Algérie colonisée. La résistance à l’occupation eut ses héros, connus ou anonymes, et durant le XIXème siècle seulement, on pourra rappeler, aux mémoires, les noms de quelques-uns d’entre eux qui maintinrent vivante l’idée d’un combat émancipateur après la résistance de l’Emir Abdelkader, Ahmed Bey, Lala Fatma n’Soumeur, des Ouled Sidi-Cheikh, d’EL Mokrani, deBouamama et combiens d’autres…. 

La flamme nationaliste est restée par conséquent vivace, même quand les circonstances ne l’ont pas servie pour être prise en charge massivement ainsi que cela allait se produire après la fin de la seconde guerre mondiale, puisque c’est à cette époque que la perspective de combattre par les armes les forces de la colonisation avait pris suffisamment forme pour être consacrée par les faits. 

Des Algériens de tous rangs, de tous âges, de toutes conditions ont donné ce que tout être vivant a de plus précieux : la vie que vive enfin leur peuple dans la dignité et la liberté.  Quand ils mourraient, c’était aussi assuré de leur survie dans la mémoire nationale. 

Mais ce n’était jamais, ce ne pouvait pas être pour la gloire posthume qu’accorderai ultérieurement la qualité de chahid ni pour les avantages escomptés de la qualité d’ancien moudjahed : l’engagement nationaliste était pur de tout calcul matériel chez des milliers de combattants qui avaient rejoint les maquis de l’A.L.N et les rangs du F.L.N. 

Non, non et non, ceux qui avaient pris les armes n’avaient accepté la perspective de la mort que pleinement convaincus que la dignité qui leur était refusée par le système colonial, leurs frères en nationalité pourraient grâce à leur sacrifice, en jouir une fois vaincu le colonialisme. L’indépendance survenue, cependant la liberté fut confisquée, et donc l’indépendance. Les Algériens n’avaient pas,  bien sûr,  combattu pour que leurs exploiteurs, leurs tortionnaires, les maîtres de leur destin, destin dont ils n’avaient pas le droit de convenir eux-mêmes, changent seulement de nationalité et  qu’il soit permis d’arborer un passeport d’un Etat souverain en faisant partie d’un peuple qui ne l’état pas. 

Non, ils n’avaient pas combattu pour cela ! 

Mais les sacrifices, les faits d’armes, la bravoure extrême des combattants de l’indépendance nationale doivent-ils être occultés pour longtemps encore ? Voici peut-être venu le temps de rappeler avec plus d’insistance que par le passé – pour honorer la mémoire de nos combattants et non pour en tirer profit en tant que << famille révolutionnaire >> ( ! ) que sa ténacité au combat contre l’armée et les services coloniaux avait valu au peuple algérien l’admiration du monde entier, que le sang versé en Algérie a fécondé tout un continent, l’Afrique, dont les peuples n’avaient dès lors plus à consentir autant de sacrifices pour accéder à l’indépendance, leur indépendance étant devenue définitivement à l’ordre du jour dans l’agenda de l’histoire colonialiste, et ce, par un effet d’entrainement qui a été maintes fois souligné. 

L’Algérie accédant à l’indépendance avait vu braquer sur elle des millions de regards remplis d’espoir et d’admiration : on était convaincu de par le monde qu’un peuple qui avait su mener un combat aussi terrible que l’avait été celui de la guerre pour l’indépendance ne pouvait manquer d’édifier un Etat dont serait banni tout ce qui avait justifié la nécessité du combat libérateur : refus du droit de vote aux Algériens, et donc de leur droit à la gestion de la cité et à la détermination de leur destin, misère matérielle, mainmise sur les richesses nationales au  profit d’un nombre réduit de privilèges colonialistes, traitements discriminatoires, inégalités de traitements devant les services administratifs. 

Le fleuve détourné 

Il n’en fut hélas rien : l’indépendance survenue fut une indépendance confisquée. Dès l’été 1962 s’ouvrit la longue liste des coups d’Etat faits clamait-on << au profit du peuple>>. L’autorité légitime, le  G.P.R.A, Gouvernement provisoire de la République Algérienne, fut récusée et combattue : le colonel Boumedienne, alors qu’il avait été destitué de son rôle de chef d’état-major par l’autorité légitime, gagna la capitale sous la protection des blindés et oeuvra à asseoir le pouvoir de Ben Bella en qualité de chef d’Etat, pouvoir que celui-ci ne détenait que par procuration, le colonel Boumedienne attendant son heure pour occuper directe ce poste à la faveur du coup d’Etat qu’il accomplit le 19 Juin 1965 : qui aurait pu, colonel ou pas, dès les premières heures de l’indépendance, prendre le pouvoir par un coup d’Etat direct, alors que les dirigeants de la révolution, ses initiateurs, ses grands  héros dans l’imaginaire national étaient encore en vie pour beaucoup, encore présents, encore adulés par les foules ? 

La guerre qui avait pris fin avait été intensément féroce, et le tribut d’un incommensurable poids. Des centaines de milliers de morts, morts sous la torture, les balles, le napalm, la guillotine, les bombardements massifs, des dizaines de milliers de blessés et, pour certains aliénés à jamais des suites des blessures reçues ou des tortures infligées, des disparus sans nombre, des villages rasés. 

L’importance du combat libérateur sur le sol français ne doit pas être mésestimé :  en mars 1962, à la signature des accords d’Evian amenant un cessez-le-feu, on dénombrait 10.000 morts ( se souvenir des victimes de la rafle de Papon, par exemple, qui vit la Seine rougir du sang des Algériens ). Les affrontements avaient fait également quelques 15.OOO blessés dans nos rangs, et l’on comptera quelques 5O.OOO Algériennes et Algériens internés dont certains garderont de leur emprisonnement d’ineffaçables séquelles. L’apport de la Fédération du F.L.N en France au combat libérateur a été aussi constant qu’essentiel : le budget du G.P.R.A, les ressources matérielles et financières de la lutte n’étaient-ils pas constitués au 4/5ème par les contributions volontaires de l’émigration. 

Par ailleurs, la prise de conscience du peuple français de la justesse du combat mené par les Algériens pour leur souveraineté a grandement mûri des suites de l’action multiforme de
la Fédération
du FLN en France : tracts, action psychologique, manifestations ( se souvenir du 17 Octobre 1961, à Paris). Et tout aussi précieux fut son rôle de pépinière de cadres avec lesquels on alimentait l’intérieur et les frontières, et  ce, de façon continuelle. 

Si la révolution algérienne, tel un fleuve au puissant cours a été détourné, de son cours à l’indépendance, la question mérité d’être posée de savoir si, aujourd’hui, l’espoir que l’idéal qui avait animé les rangs de ses soldats et militants peut encore valablement être revivifié. 

En 1956, on a vu se tenir le congrès de la Soummam au cours duquel furent prises d’importantes décisions pour permettre à la fois le revivification de la révolution et sa protection de toutes les formes de déviation auxquelles des luttes intestines et des ambitions, aussi inopportunes qu’éhontées que certains pouvaient nourrir ( et ça n’a pas manqué ! ), pouvaient l’amener. 

C’est lors de ce congrès que fut décidé le principe de la primauté des instances de l’intérieur sur celles de l’extérieur, autrement dit la primauté des forces combattantes directement engagées dans l’enfer du combat sur le sol national face à l’ennemi. De même que fut arrêté le principe par la suite bafoué, de la collégialité à tous les niveaux. 


La Fédération du F.L.N en France s’était vue confier trois tâches par ce congrès : 

-         tout d’abord, l’organisation et la structuration de l’ensemble des Algériens ; la plupart, gagné par l’idée du combat pour l’indépendance, étaient déjà engagés moralement : il s’agissait de parvenir à un fonctionnement collectif des énergies disponibles afin de servir l’efficacité de la lute ; 

-         la seconde tâche dévolue à la Fédération était de contribuer à pourvoir en moyens et, principalement, en ressources financières ; 

-         Il s’agissait aussi, et enfin, de faire prendre conscience au peuple français de tout ce qu’endurait le peuple algérien pour l’amener à des prises de positions solidaires. 

    

 Une autre tâche aussi essentielle, était la neutralisation des effets néfastes sur le combat libérateur, des actions menées par le M.N.A ( Mouvement nationaliste algérien << Messalistes >> qui développait celles-ci  dans une opposition fratricide au F.L.N. 

Mais les Algériens surent montrer, durant une guerre qui dura près de huit années, qu’ils constituaient une nation apte à relever les plus grands défis. Qu’ils pouvaient aspirer à la souveraineté car ils se montraient aptes à combattre un colonialisme féroce que puissant, qui la leur récusait. Qu’ils avaient une conscience nationale élevée, que des décennies d’un combat politique multiforme sous les étiquettes de différents partis politiques comme l´E.N.A, l’U.D.M.A, le P.P.A, le M.T.L.D pour ne citer que ceux-là avaient su faire mûrir et consolider. Ils avaient su montrer à la face du monde qu’ils étaient une nation et non un peuple en naufrage. 

Restituer la souveraineté au peuple 

En 1962, la liberté leur revenait de droit. Une liberté assumée collectivement, souverainement. Mais tel ne fut pas le cas. Les détenteurs du pouvoir, par la force, firent tout ce qu’il fallait pour leur interdire l’accès à la citoyenneté réelle. Le colonialisme les avait brimés dans leur aspiration à la citoyenneté. 

L’après – colonialisme, l’indépendance, ne fut pas le recouvrement de la citoyenneté, hélas. 

Tout comme on avait refusé au peuple de prendre en main son destin, en 1962 on a vu les nouveaux détenteurs du pouvoir,  en Algérie, refuser l’exercice de la citoyenneté réelle à un peuple qui en était assoiffé, et cela durant presqu’un demi siècle, sous le prétexte qu’il n’était pas mûr. On aura eu cinq constitutions avec cinq Présidents : celle de Ben Bella, en 1963, celle de Boumediene, en 1976, celle de Chadli, en 1989, celle de Zeroual, en 1996 et celle de Bouteflika en 2009. Mais le peuple est hors jeu, aujourd’hui il a le droit d’applaudir, mais non de participer. Marginalisé, sauf quand il s’agit de lui faire tenir le rôle qui entérine les décisions prises pour << son intérêt >> par des tuteurs qu’il n’a pas désignés, il restera toujours le recours suprême car il est l’arbitre suprême. 

L’Algérie est, aujourd’hui, dit-on un pays où règnent << la démocratie >>, le << multipartisme >>, la << liberté >> de la presse. Le pouvoir algérien est régi par une constitution << démocratique >> sur mesure faite par le pouvoir et pour lui-même qui a organisé et proclamé les << droits >> et les << libertés >> politiques du citoyen et du peuple. Un << Conseil constitutionnel >> est là, pour sanctionner les errements anticonstitutionnels du pouvoir. Un observatoire des droits de l’homme est là pour dénoncer les atteintes qui leur seraient portées. 

  

Les Algériens, cependant, sont ils contents de << leur >> Constitution ? Il faut pour cela qu’ils sentent qu’elle est << leur >>. Il n’est pas du tout certain que cela soit le cas. 

L’assemblée constituante qui devait doter l’Etat algérien indépendant d’une  Constitution garantissant un régime politique démocratique avait été empêchée. C’est peut être pour cela qu’après les cinq constitutions personnelles de Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zeroual et Bouteflika on risque d’en connaître une autre une sixième, celle de …. 

A moins qu’il soit enfin possible de revenir,  aujourd’hui, à la case départ et d’instaurer une deuxième république. Mais qui, aujourd’hui que le peuple a été dessaisi de sa souveraineté se soucie encore de cela ? 

Un Etat de droit doit être l’objectif permanent de cette jeunesse désoeuvrée  et laissée pour compte. Ce sont, pourtant, nos enfants et nous nous devons de tout faire pour qu’ils puissent avoir le droit à l’ESPOIR, à une meilleure vie. L’Algérie en a les moyens, il faudrait seulement une volonté politique de ceux qui ont la destinée du pays entre leurs mains pour permettre au peuple souverain de décider de son avenir. 

C’est à ce prix que l’on évitera une dislocation de cette aimée et souffrante Algérie. Pour cela, une révision déchirante doit s’imposer au sein des tenants du pouvoir pour en éviter une explosion. 

Les Algériennes et les Algériens ont soif de Paix. Trop de sang, trop de larmes, trop de mépris en ce peuple. Peuple, qui comme en 1962 ne cesse de crier BARAKAT !!! 

                                                      

                                                                                               Par Ahmed ARRAD 

                                                                            Moudjahed ex-Fédération du F.L.N en France 

 

17 août, 2010

20 Août 1956 : le congrès de la Soummam

Classé dans : — eldzayer @ 15:05


abaneramdane.jpg Extraits de la plate-forme politique adoptée par le FLN lors du congrès de la Soummam.

 20 Août 1956 : le congrès de la Soummam maisonducongrsLa Révolution algérienne veut conquérir l’indépendance nationale pour installer une république démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d’une même patrie, sans discrimination. 
(…) 
La Révolution algérienne, malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique, dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social. 
(…) 
La ligne de démarcation de la Révolution ne passe pas entre les communautés religieuses qui peuplent l’Algérie, mais entre d’une part, les partisans de la liberté, de la justice, de la dignité humaine et d’autre part, les colonialistes et leurs soutiens, quelle que soit leur religion ou leur condition sociale. 
(…) 
Les anciens partis nationalistes n’ont pas toujours accordé à cette question l’importance qu’elle mérite. Ne prêtant d’attention que pour l’opinion musulmane, ils ont négligé souvent de relever comme il convient des déclarations maladroites de certains charlatans ignares apportant en fait de l’eau au moulin de l’ennemi principal. 
(…) 
C’est pourquoi, le FLN a entrepris avec succès la mobilisation de toutes les énergies nationales. Mais il ne laissera pas l’ennemi colonialiste s’appuyer sur la totalité de la minorité ethnique en Algérie, dresser contre nous l’opinion en France et nous priver de la solidarité internationale. 
(…) 
Les libéraux algériens. 
A la différence de la Tunisie et du Maroc, la minorité ethnique d’origine européenne a une importance numérique dont il faut tenir compte. Elle est renforcée par une immigration permanente jouissant d’une aide officielle et fournissant au régime colonial une fraction importante de ses soutiens les plus farouches, les plus obstinés, les plus racistes. 
Mais en raisons de ses privilèges inégaux, du rôle qu’elle joue dans la hiérarchie économique, administrative et politique du système colonialiste, la population d’origine européenne ne constitue pas un bloc indissoluble autour de la grosse colonisation dirigeante. 
(…) 
L’analyse de l’éventail politique chez les libéraux en Algérie peut être valable pour saisir les nuances de l’opinion publique en France, sujette à des fluctuations rapides en raison de la sensibilité populaire. 
Il est certain que le FLN attache une certaine importance à l’aide que peut apporter à la juste cause de la Résistance Algérienne la partie éclairée du peuple français, insuffisamment informé des horreurs indicibles perpétrées en son nom. 
(…) 
La minorité juive 
La morale universelle, d’où le FLN puise ses valeurs, favorise la naissance dans l’opinion israélite d’un espoir dans le maintien d’une cohabitation pacifique millénaire. 
(…) 
Mais le déchaînement de la haine antisémite qui a suivi les manifestations colonialo-fascistes ont provoqué un trouble profond qui fait place à une sainte réaction d’autodéfense. 
Le premier réflexe fut de se préserver du danger d’être pris entre deux feux. Il se manifesta par la condamnation des juifs, membres du « huit novembre » et du mouvement poujadiste, dont l’activité trop voyante pouvait engendrer le mécontentement contre toute la communauté. 
La correction inflexible de la Résistance Algérienne, réservant tous ses coups au colonialisme, apparut aux plus inquiets comme une qualité chevaleresque d’une noble colère des faibles contre les tyrans. 
Des intellectuels, des étudiants, des commerçants prirent l’initiative de susciter un mouvement d’opinion pour se désolidariser des gros colons et des anti-juifs. 
Ceux-là n’avaient pas la mémoire courte. Ils n’ont pas oublié l’infâme souvenir du régime de Vichy. (…) Ils étaient traqués, arrêtés, internés au camp de Drancy et envoyés par wagons plombés en Pologne où beaucoup périrent dans les fours crématoires. 
Au lendemain de la libération de la France, la communauté juive algérienne retrouva rapidement ses droits et ses biens grâce à l’appui des élus musulmans, malgré l’hostilité de l’administration pétainiste. 
(…) 
L’action du FLN en France 
La Fédération FLN en France, dont la direction est aujourd’hui renforcée à Paris a une tâche politique de premier plan pour annuler l’effet négatif de la pression réactionnaire et colonialiste:(…) Eclairer l’opinion publique française et étrangère en diffusant l’information à travers des supports appropriés en groupant, à cet effet, les militants expérimentés, les intellectuels et les étudiants. 
(…) 
La population algérienne émigrée en France est un capital précieux, en raison de son importance numérique, de son caractère jeune et combatif, de son potentiel politique. 
La tâche du FLN est d’autant plus importante pour mobiliser la totalité de ces forces qu’elle nécessite la lutte à outrance (contre toute division au sein des rangs de la Résistance Algérienne).
 

54e anniversaire du 20 Août 1956

Français - Histoire

L’Algérie célébrera  le double anniversaire de la date historique du 20 Août, correspondant à la Journée du Moudjahid et le Congrès de la Soummam. La Kabylie ne sera pas en reste de cette célébration. Plusieurs festivités sont en effet, annoncées ici et là à travers les quatre coins de la wilaya. Le contraire aurait surpris plus d’un, dans ce sens que la région a tant sacrifié pour que vive l’Algérie indépendante. La Kabylie fut le bastion de la Révolution de 1954. N’est-ce pas dans cette région qu’a été organisé justement le congrès de la soummam. Un congrès auquel on reconnaît l’importance aujourd’hui pour la guerre de Libération nationale. C’est pour ça d’ailleurs que la Kabylie ne rate jamais une occasion pour fêter cette date du 20 Août. Il n’est un secret pour personne que le congrès de la Soummam qui a tracé les grandes lignes que suivra la révolution a été tenu en cette date, en 1956. Les principaux animateurs de la révolution avaient participé à ce conclave, à leur tête feu Abane Ramdane. C’est ce dernier, en fait qui a été, en effet, le principal organisateur de l’évenement avec Larbi Ben M’hidi. Sinon, les partisans du congrès sont entre autres : Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Si M’hemmed, de son vrai nom Bougarra, Si Sadek,   Azzedine, Ali Mellah…tout ce beau monde en sus d’autres noms encore se sont réunis au niveau des deux villages Ighbane et Ifri  dans la commune d’Ouzzelaguène. La primauté du civil sur le militaire et l’intérieur sur l’extérieur, constituent les principales décisions prises lors de ce congrès. Un congrès qui n’a pas fait l’unanimité au sein de la direction de la révolution. D’ailleurs, celui-ci a été boycotté par des militants de quelques autres régions du pays. N’empêche qu’il a été ponctué d’une réussite du point de vue organisationnel, mais sur le plan de l’impact qu’il aura sur la révolution. Depuis, le congrès  de la Soummam fait la fierté de toute la région. La Kabylie célèbre, en effet, cette date historique dans la dignité à travers les manifestations culturelles et autres qu’elle initie. Cette année, les choses ne changeront pas malgré que cet anniversaire intervienne durant le mois de Ramadan. En effet, plusieurs manifestations sont annoncées pour les journées d’aujourd’hui et de demain. C’est le cas pour le village Takana, dans la commune d’Aït Yahia qui abritera deux jours durant des festivités à l’occasion. Un riche programme a été concocté par l’Association locale Thafra qui est derrière cette manifestation en collaboration avec  l’APC.  Au menu, des conférences, de la musique, des prises de parole… ainsi qu’une conférence-débat avec les Moudjahiddine pour aujourd’hui, à partir de 22h. Pour demain, les organisateurs annoncent un rassemblement au niveau du village Taka. Un village qui aura désormais sa propre stèle laquelle sera inaugurée demain. Les festivités se poursuivront durant toute la journée. Par ailleurs, la sûreté de la wilaya de Tizi Ouzou annonce également un programme assez riche aussi pour l’occasion. En somme, la Kabylie vibrera ce week-end au rythme de la mémoire et de la fidélité. 

Lettre de Abane Ramdane annexée au PV du Congrès de la Soummam : “Un nouveau chapitre de la révolution algérienne s’ouvre”

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La Révolution algérienne aura bientôt deux ans. Durant ce laps de  temps relativement court, un travail gigantesque a été accompli. Sur le plan militaire, les petits groupes de l’Armée de libération nationale mal armés, isolés les uns des autres, ont non seulement tenu en échec les forces formidables du colonialisme français, mais fait taches d’huile à tel point qu’aujourd’hui, ils contrôlent tout le territoire national. Désormais, la jonction entre tous nos groupes (Oranais, Algérois et Constantinois) est réalisée. Sur le plan politique, tous les partis et groupements (à l’exception du minuscule MNA de Messali) sont venus s’intégrer dans les rangs du FLN, qui est devenu aujourd’hui, l’unique force politique en Algérie. Sur le plan social, le syndicalisme national est né et en plus une force avec laquelle la France devra compter.
A l’extérieur, la délégation du FLN, renforcée par de nouveaux éléments partis d’Algérie, mène avec succès le combat contre la diplomatie française. Devant cette extension prise par notre révolution, une réunion des principaux  responsables nationaux s’imposait. Cette réunion s’est tenue. Elle s’est tenue malgré la présence des 600 000 soldats français, malgré le quadrillage Mollet – Lacoste dans la  » Zone pacifiée  » de la Kabylie. Durant 15 jours, les dirigeants oranais, algérois et constantinois ont pu travailler en toute sécurité dans la vallée de la Soummam, au milieu des  » populations qui se rallient tous les jours à la France  « .  Des décisions très importantes, touchant tous les domaines, ont été arrêtées. Elles seront rendues publiques incessamment. Un nouveau chapitre de la révolution algérienne s’ouvre. Notre lutte va prendre de l’allure maintenant que l’ALN  est devenue une véritable armée dotée d’une personnalité  propre, d’un haut commandement unique dont le siège est quelque part en Algérie, d’un uniforme, d’insignes, de grades, etc. Ses différents services (liaison, renseignements, intendance, commissariats politique, etc.) ont été réorganisés. De même, le FLN a été complètement réorganisé. Sa ligne politique a été redéfinie. Ses objectifs immédiats et lointains ont été fixés. Sa présidence sera désormais connue. Les noms des dirigeants de tous nos organismes de direction seront rendus publics. Les dirigeants français déchanteront vite et sous peu. Leur statut  » octroyé  » sera un mort-né. Leurs dernières illusions s’évanouiront. La Révolution algérienne n’aura pas fini de les étonner. A Robert Lacoste, qui nous promet des élections en octobre dans la  » Zone pacifiée  » de la Kabylie, nous répondrons que nous serons au rendez-vous. Nous lui donnons de notre côté, rendez-vous devant l’ONU en novembre prochain, et le monde verra qui, de-la France ou du FLN présentera le bilan le plus positif. Guy Mollet veut à tout prix des élections. Nous tenons à l’aviser que l’administration  du FLN organisera, avant la session de l’ONU, des élections pour la désignation des Assemblées du peuple, non seulement en Kabylie mais dans toute l’Algérie. La presse française et étrangère pourra venir assister au déroulement des opérations électorales. Ainsi, avec la phase actuelle de lutte, nous entrons dans la période d’insécurité générale qui  nous débrasera à jamais du colonialisme français.

PARTIE 1 : LE PLAN DE ZIROUT

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« Mettez la révolution dans la rue, vous la verrez reprise par tout un peuple. » Larbi Ben M’hidi (1923-1957) Si l’insurrection du 1er novembre 1954 a marqué le déclenchement de la Révolution algérienne, celle du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois fut une étape décisive dans l’histoire de la lutte de libération nationale algérienne. Par son ampleur, son caractère populaire mais aussi par la colère qui la portait, l’offensive du 20 août 1955 marqua profondément la Révolution algérienne. L’entrée en scène des masses rurales fit irrémédiablement basculer l’Algérie dans le camp de la Révolution.  

Après l’insurrection du 1er novembre, la situation était difficile pour le Front de Libération Nationale (FLN) et pour sa branche militaire, l’Armée de Libération Nationale (ALN) (photo ci-dessus). Si l’ALN parvint progressivement à gagner la confiance de la population, elle devait faire face avec des moyens rudimentaires à une armée organisée et puissamment équipée. Principalement concentrée dans les Aurès au moment du déclenchement de la Révolution, l’ALN étendit son action au Nord-Constantinois et à la Kabylie à partir de la fin de l’année 1954. Face à cette montée en puissance de l’ALN, les autorités françaises firent passer le nombre d’hommes déployés en Algérie de 50.000 en novembre 1954 à 80.000 en février 1955. Ces hommes étaient principalement concentrés dans les Aurès qui restaient le principal foyer de l’insurrection. De plus, le FLN avait perdu certains cadres de premier plan au début de l’année 1955 : responsable du Nord-Constantinois, Mourad Didouche fut tué au cours d’un accrochage le 8 février 1955 ; respectivement responsables des Aurès et de l’Algérois, Mostefa Ben Boulaïd et Rabah Bitat avaient été arrêtés le 14 février 1955 à la frontière tuniso-libyenne pour le premier et le 23 mars 1955 à Alger pour le second.

Alors que le FLN remporta une victoire diplomatique sur la scène internationale en participant à la conférence de Bandung en avril 1955, l’ALN passa à l’offensive dans le Nord-Constantinois au printemps de la même année. Des actions armées furent lancées sur Philippeville et Bône et le 8 mai, dix ans après les massacres de Sétif et de Guelma, la première bombe éclata dans la ville de Constantine. Le 10 mai, la commune El Milia fut encerclée par des moudjahidin de l’ALN. Des routes furent coupées et des postes de gendarmerie attaqués (1). Toutefois, la population n’était pas encore activement engagée dans le processus révolutionnaire visant à renverser la domination coloniale.

Face à la montée en puissance de l’ALN, les autorités françaises intensifièrent la répression. Le 3 avril 1955, la loi sur l’état d’urgence permettant, notamment, la création de camps d’internement fut mise en application. La loi fut d’abord appliquée dans les Aurès, en Kabylie et dans l’Est-Constantinois à partir du 4 avril puis étendue à l’ensemble du département de Constantine et à certaines communes des départements d’Alger et d’Oran le 16 mai 1955. La répression s’étendait à mesure que le FLN déployait son action. Sur le terrain, les parachutistes français passèrent à la contre-offensive en appliquant une politique de répression collective meurtrière contre le peuple algérien. Cette politique répressive était faite d’expéditions punitives, d’exécutions sommaires et de destructions de mechtas (2). 

Dans le Nord-Constantinois, dirigé par Youssef Zighoud depuis la mort de Mourad Didouche, les cadres de la zone II décidèrent de mettre sur pied un plan visant à répondre à la répression et à impliquer l’ensemble du peuple algérien dans la lutte de libération nationale. Insistant sur l’importance de cette implication, selon Salah Boubnider, Youssef Zighoud mettait l’accent sur la nécessaire auto-libération du peuple algérien. Le dirigeant du Nord-Constantinois affirmait à ses hommes : « C’est au peuple de se libérer lui-même. Nous ne sommes pas leurs libérateurs. Nous ne faisons que l’organiser. La responsabilité lui revient. De deux choses l’une : ou il se libère ou il coule. » (3)

Du 25 juin au 1ier juillet, Youssef Zighoud convoqua une conférence générale de la zone II afin de mettre sur pied un plan insurrectionnel. Les participants discutèrent de la situation de la Révolution algérienne tant à l’intérieur qu’à l’extérieur mais aussi des luttes de libération dans l’ensemble du Maghreb. En plus de vouloir impliquer l’ensemble du peuple algérien, les participants mirent en avant la nécessité d’affirmer les liens de solidarité existant entre les différents pays du Maghreb en lutte pour leur libération. Pour cela, l’insurrection fut fixée au 20 août ; date anniversaire de la destitution et de la déportation du sultan marocain Mohammed V par la France en 1953 (4). Cette date se voulait un symbole manifestant la fraternité d’armes entre militants nationalistes des différents pays du Maghreb. 

Le plan insurrectionnel de Youssef Zighoud était simple. Il consistait à lancer des offensives, en attaquant les postes militaires et en déferlant sur les villes et les villages, dans tout le Nord-Constantinois. Durant les offensives, les moudjahidin de l’ALN devaient encadrer des paysans sommairement armés. Youssef Zighoud avait déjà lancé des attaques de paysans encadrés par des moudjahidin dans certains points du Nord-Constantinois. Il s’agissait donc de généraliser ce type d’actions dans l’ensemble de la zone II. La préparation active débuta dans les premiers jours d’août par une campagne de sensibilisation des paysans et un stockage de matériel nécessaire à l’insurrection. Des listes de collaborateurs travaillant avec les autorités françaises furent dressées. Sept jours avant l’insurrection, les hommes furent regroupés en différents points de la zone II et les instructions furent précisément données.

Youcef Girard

Source : www.ism-france.org/news/article.php?id=14291

11 août, 2010

Sétif : 8 Mai 1945

Classé dans : — eldzayer @ 18:03

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24 juillet, 2010

LE 22 JUILLET 1959 ÉTAIT LANCÉE L’OPÉRATION «JUMELLES»

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LE 22 JUILLET 1959 ÉTAIT LANCÉE L’OPÉRATION «JUMELLES»
Déluge de feu sur la Kabylie
24 Juillet 2010

 LE 22 JUILLET 1959 ÉTAIT LANCÉE L’OPÉRATION «JUMELLES» jumelles

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«22 juillet 1959 – Le sort de la Guerre d’Algérie se joue en Kabylie» (Magazine Paris-Match).

Il y a cinquante ans, l’armée coloniale française déclenchait l’opération «Jumelles» pour dévaster la Wilaya III avec des forces gigantesques évaluées à 60.000 hommes. Il est utile que les générations anciennes se rappellent et pour celles de l’indépendance et les autres, connaissent les différents épisodes de cette terrible guerre que les moudjahidine et la population ont affrontés. Il n’est pas facile pour nous d’oublier l’enfer vécu et nous ne devons jamais oublier tous les sacrifices, tous les massacres, les destructions, les bombardements, sans pour autant parvenir à nous faire plier.
Depuis l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir, celui-ci accorda à l’armée les pleins pouvoirs et un renforcement des équipements militaires et des effectifs très importants. Il confia l’armée au général Challe, considéré comme le fleuron des officiers de l’armée coloniale, afin de préparer une stratégie de dernier recours: c’est ce que l’on appelait les opérations Challe.
Il s’agit des opérations «Etincelles» (pour le Hodna) en aout 1959, «Courroie» (Ouarsenis) automne 1959, «Cigale» (Sud algérois) en juillet 1960, «Jumelles» (Kabylie), le 22 juillet 1959, «Flamèche» (Boussaâda-Msila) en juin 1960, «Couronne» (Est oranais) le 6 février 1959, «Trident» (Les Aurès) le 4 octobre 1960 et «Pierres précieuses» pour le Nord-Constantinois, le 6 septembre 1959,, qui seront déclenchées progressivement et méthodiquement. Les noms donnés à de telles opérations par les «hauts stratèges français» sont évocateurs par leur violence, leurs massacres collectifs, leurs bombardements. Ceux qui les ont vécus, que ce soit les Moudjahidine ou les civils, sont restés traumatisés du point de vue tant physique que psychique; leurs nuits étaient pendant longtemps hantées par le cauchemar de la mort.
A Sidi Ali Bounab où nous nous trouvions, les escadrilles se succédaient au-dessus de nos têtes, dans un grand fracas de bruits de moteurs. Il s’agissait des «Nord Atlas», transports de troupes, des hélicoptères de tous genres, comme les «bananes», les «sikorsky», allouettes, etc.
Les avions se dirigeaient dans la même direction, c’est-à-dire l’est de Tizi Ouzou. Pendant toute la journée, le même spectacle se poursuivit. Nous étions tous intrigués, dans la forêt de Sidi Ali Bounab, sur ce qui était en train de se passer. Ces va-et-vient de bombardiers, d’hélicoptères «Bananes» durèrent toute la journée. Nous entendions au loin le bruit sourd des bombardements ininterrompus pendant toute la journée. Nous comprenions que l’Akfadou était visé.
A 13 heures, je me précipitai sur le poste radio pour capter «Radio Alger» à la recherche de précieuses informations. La nouvelle est tombée, tel un couperet. Le speaker annonça triomphalement: «Opération jumelles sur l’Akfadou». D’après lui, des dizaines de milliers de soldats, des avions et des hélicoptères avaient été déployés. C’est un rouleau compresseur qui est lancé sur la Kabylie. «Les résultats seront communiqués dans les prochains jours», annonçait le speaker.
Ce bastion réputé imprenable est investi et foulé après plusieurs bombardements. Plusieurs bataillons de la 10e DP(division de parachutistes) furent largués au coeur même de ce massif.
Je fus sidéré par l’annonce de cette puissance de feu inégalée, déployée dans la région de l’Akfadou d’abord, puis par la suite au reste de la Kabylie. Ce fut, pour les états-majors français «le coup de pied dans la fourmilière». D’après les informations, tous les douars situés sur le périmètre étaient dévastés; il s’agit des Aït Oughlis, Aït Mansour-Ikhedjane, Imezalène, Ouzellaguen (pour l’Est), Aït Zikki, Aït Idjeur, Aït Djenad, Ait Ghoubri pour l’Ouest. La population est massacrée, les femmes violées, les maisons incendiées. La terreur s’est installée chez les villageois qui furent soumis systématiquement à la torture; chaque civil devait y passer, car les soldats cherchaient à extorquer le précieux renseignement pour l’exploiter sur-le-champ. Pendant ce temps, les crêtes sont occupées par des milliers de soldats avant de passer au peigne fin toutes les contrées. Il n’y avait pas un mètre carré épargné par les fouilles. Une stratégie qui voulait que là où l’on se trouve, on est souvent repéré et là où on se dirigeait, ont risquait de tomber dans leurs embuscades. Ainsi, les prévisions d’Amirouche s’étaient révélées exactes; vers fin 1958, il nous avait averti que l’ennemi n’allait pas se contenter de cette routine qui consistait à effectuer des opérations de ratissage et des accrochages, espacés par plusieurs semaines de silence.
«Je crois que l’ennemi est en train de préparer des forces considérables pour tenter de mater les maquis; il faut vous préparer à cette nouvelle stratégie. Ce jour-là, il faudra envisager l’éclatement de nos unités en petits groupes. Il faut surtout se préparer à constituer d’importants stocks de vivres, médicaments, etc. en prévision des moments difficiles. Il arrivera un jour où vous en aurez grandement besoin».
Alors que je me trouvais en sécurité, mes pensées étaient pour tous ces combattants que j’ai laissés là-bas, dans la région de l’Akfadou: l’infirmerie, les différents refuges, le P.C. de Wilaya, les malades, les blessés, les brûlés au napalm, etc. Il y avait aussi ce lot d’impotents, de vieux ne servant plus à rien et devenus encombrants. Sous d’autres cieux, ils seraient déjà renvoyés dans leurs foyers!
Aucune force de l’A.L.N. ne serait en mesure d’affronter ces milliers de soldats, ni de les endiguer, d’autant plus que le bataillon de choc de la Wilaya se trouvait en mission dans les Aurès. Mais en réalité, même s’il se trouvait sur place, il finirait par être décimé, car en fait, c’est ce que cherchait l’ennemi. La stratégie de cette opération consistait à avoir le contact avec les unités combattantes et faire appel à l’aviation et à l’artillerie pour faire le reste. C’est justement l’erreur qu’il ne fallait pas commettre. Je n’ai pu m’empêcher d’être égoïste en éprouvant une certaine satisfaction de me trouver là, plutôt que là-bas. Je dis encore merci au commandant Mira qui m’avait affecté deux mois auparavant; je lui souhaitais du courage pour faire face à une telle situation. Je remerciais également le Bon Dieu de m’avoir épargné d’assister à une telle catastrophe.
Le lendemain, les journaux nous sont envoyés de Camp du Maréchal (Tadmaït). Je m’empressais d’y jeter un coup d’oeil: ils annonçaient en grosses manchettes la grande opération «jumelles». Les états majors français l’avaient désignée ainsi pour représenter la Petite Kabylie et la Grande Kabylie comme des soeurs jumelles. Effectivement, comme de vraies jumelles, les malheurs qui frappent l’une, touchent également l’autre. Cette opération est initiée par le général de Gaulle lui-même(1). Elle était appelée aussi la «grande offensive Challe». Nous apprendrons qu’elle est dirigée par le général Challe lui-même, avec la participation de tous les corps d’armées. Des centaines de paras et de légionnaires sont largués en plein coeur de l’Akfadou. «C’est le coup de pied dans la fourmilière», écrivaient les reporters de guerre. Je devinais les résultats.
Toute la presse française, celle de «France et de Navarre» a rapporté en grosses manchettes cet événement. Le magazine Paris-Match écrivait en page de couverture: «LE SORT DE LA GUERRE D’ALGERIE SE JOUE EN KABYLIE.» Ce titre voulait tout dire! La Kabylie est considérée par l’ennemi, comme le bastion de la guerre d’Algérie.
S’il pouvait «mâter la Kabylie, le reste du pays ne serait qu’une question de mois», proclamaient les états-majors français.
Je suis convaincu que cette fois, c’est grave. Nous avions raison de nous en inquiéter. En effet, il ne pouvait pas s’agir d’un ratissage de routine, comme tous ceux que nous avions connus dans le passé.
Nous nous sommes rendu compte effectivement qu’il s’agissait d’une offensive contre la Kabylie, par une occupation progressive, mais totale de la région. Les quelques informations qui nous sont parvenues plusieurs jours plus tard nous ont fait part d’un bilan catastrophique. Il y eut de lourdes pertes: les combattants tués, faits prisonniers ou blessés, se comptaient par centaines, sinon par milliers. Il y avait même quelques ralliés qui, ayant perdu la tête, avaient décidé de changer de camp, soit pour échapper à la mort, soit pour se plier devant cette démonstration de force. Nous suivions de près cet événement qui coûta très cher à la Wilaya III. Plus tard, nous saurons qu’elle a perdu au cours de cette opération, 60% de ses effectifs. C’était beaucoup. C’était même trop; 8000 hommes tués en Kabylie seulement, en l’espace de 6 mois que dura «l’opération Pelvoux», une autre appellation. C’est très éprouvant.
Une fois l’Akfadou occupé, la grande opération s’étendra au fur et à mesure vers l’ouest de la Kabylie, à savoir les zones 3 et 4. La Basse Kabylie où je me trouvais, n’a pas été épargnée. C’est ainsi que la forêt de Sidi Ali Bounab est occupée pendant plusieurs jours. Pour y échapper, nous avions rejoint la vallée; c’était la seule solution. Mais devant l’absence de renseignements et surtout de résultats concrets, les soldats ont fini par quitter les lieux en laissant derrière ruines et désolation. En effet, les trois quarts des villages furent détruits et évacués.
Aussitôt après ce repli, des groupes hétéroclites de Moudjahidine se reconstituèrent pour aller à la recherche de l’information, de la nourriture et de l’eau. Et c’est au cours de ces déplacements que nous affrontions les commandos de chasse, déployés en toile d’araignée.
La plupart des villages sont évacués, rasés pour en faire des zones interdites, où l’on tirait sur tout ce qui bouge. La population a payé cher sa fidélité à l’ALN. Après les bombardements, les ratissages et les destructions de nombreux refuges, abris, etc., des commandos de chasse sont lâchés un peu partout, sur les itinéraires empruntés comme les points d’eau, les accès vers les villages pour le ravitaillement, les sentiers, etc. Aucun détail ne fut négligé, de façon à ce que les Moudjahidine et les moussebline aient l’impression d’être partout traqués.
Aucun endroit ne fut épargné. Tous les Moudjahidine ont eu droit au même traitement: l’offensive ennemie les touchait tous. Nombreux sont ceux qui sont restés sur place, pendant 10 jours, voire plus se nourrissant d’herbes et de fruits sauvages; les plus heureux sont ceux qui se trouvaient à proximité des points d’eau, car en bougeant, ils risquaient de tomber dans les embuscades ennemies. La psychose de l’embuscade allait gagner les groupes de Moudjahidine; mais il fallait bien bouger pour aller aux nouvelles, se ravitailler, rechercher les camarades afin de reconstituer les groupes, etc. C’était une question de survie et pour cela, nous acceptions tous les risques. Les Moudjahidine et les civils s’étaient retrouvés face à un même destin. La mort était partout, sur chaque sentier, à côté d’un point d’eau, à l’entrée d’un village et même à l’intérieur. Tous les anciens refuges sont détruits ou minés et gardés à distance. Dans la forêt de Sidi Ali Bounab, la peur s’est installée pour plusieurs jours. Qui peut en effet, faire face à cette armada? Des tirs sporadiques sont entendus de tous côtés. La nuit, ce sont des cris, des râles qui percent le silence; il s’agit de Moudjahidine qui sont torturés sur-le-champ ou qui sont blessés à mort. Qui peut leur venir en aide? Les pauvres victimes souffraient effroyablement de leurs blessures, mais les soldats, en barbares, les torturaient toujours; ils étaient installés partout et nous attendaient de pied ferme. Les troupes sont souvent renouvelées, de manière à ce qu’ils soient toujours en forme physiquement et moralement.
Au bout de quelques semaines, l’armada se retira pour aller semer la mort ailleurs, car aucune région du pays ne fut épargnée. Les soldats laissèrent derrière eux, un spectacle de désolation: des cadavres en putréfaction, animaux tués, des maisons incendiées et des villages bombardés et évacués.
Les habitants furent contraints de rejoindre les centres de regroupement installés autour des postes militaires, en application de la stratégie du général Challe qui les appelait hypocritement «les centres de rayonnement»! En réalité, ils étaient des boucliers humains pour protéger les soldats français. Voilà les résultats des opérations Challe.
Une telle stratégie lui a porté tort, car les centres de regroupements, loin de connaître le «rayonnement», synonyme de civilisation, ont eu à affronter des situations très graves.
Cette promiscuité a engendré des maux sociaux, tels que la misère, la prostitution, les maladies, le chômage. Pour la même période, le rapport Michel Rocard a évalué ces regroupements à deux millions de personnes!
Même dans cette situation précaire, la population est toujours là pour nous recevoir, nous ouvrir ses portes et nous offrir le peu de ravitaillement acheté sur présentation d’un ticket de l’officier de la SAS. Loin de repousser les moudjahidine, elle est toujours volontaire pour répondre à l’appel du FLN et de l’ALN pour toutes les missions qui lui seront confiées. C’est une façon à elle de défier l’armée coloniale.
Et moins de six mois plus tard, les forces de réserves se retirèrent un peu partout, en même temps que certains postes militaires. Désormais, nous commencions à avoir nos zones libérées! Puis ce fut certaines unités de l’armée de l’air qui furent rappelées en France. Si le colonel Amirouche était encore en vie, il nous dirait que nous avions perdu la bataille de l’opération «Jumelles», mais que nous avions gagné la guerre!
L’échec de la stratégie du général Challe est montré au grand jour, au mécontentement du pouvoir en place. Loin d’obtenir «un écrasement total» de l’ALN, l’armée coloniale s’est montrée impuissante, inefficace contre une guerre populaire, contre une guerre de libération. D’ailleurs en décembre 1960, le peuple est sorti dans les rues de toutes les grandes villes pour réclamer haut et fort l’indépendance de l’Algérie, en affrontant les mains nues, les chars et les forces de la répression. C’est ce qui fera dire à Krim Belkacem que «les clameurs de la foule de Belcourt sont parvenues jusqu’au palais de Manhattan…!»
Ce général impliqué dans le putsch des généraux fut traduit en justice. Son ministre des Armées, Pierre Mesmer, réclama pour lui la peine de mort. Face à ses juges, il se retrouva seul et condamné à la détention en forteresse, pour purger une dizaine d’années de sa vie. Six ans après la fin de la guerre, ce général tombé en disgrâce écrivit un livre qu’il intitulait Notre révolte.
De «ses opérations Challe», il n’en parle pas ou très peu, car il savait qu’il n’avait point de gloire à en tirer. Et ce dernier coup de grâce fut lorsque son livre fut censuré par son propre gouvernement.

(*) Ancien officier de l’ALN Ecrivain.

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