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13 décembre, 2009

« Peut-on être musulman dans ce pays? »

Classé dans : — eldzayer @ 3:06

« Peut-on être musulman dans ce pays? »

Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, condamne à son tour le débat sur l’identité nationale, devenu « un déversoir et un défouloir« .

Il y a eu déjà des critiques sur le grand débat sur l’identité nationale, celle-ci marquera forcément, portée par un quasi-membre du gouvernement, nommé par Nicolas Sarkozy, et qui visitait encore récemment une banlieue avec l’épouse du président. Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, industriel passé en politique pour accomplir une promesse présidentielle, s’alarme de la « médiocrité » du débat, critique les erreurs passées de la droite, sa famille, prend position contre une loi anti-burqa. Et surtout, explique comment il est, lui, renvoyé à son identité musulmane par l’ambiance de ces dernières semaines.

Commissaire à la Diversité et à l’Egalité, nommé par Sarkozy, vous critiquez le débat sur l’identité nationale?
Je suis mal à l’aise, et c’est mon rôle d’avertir. Ce débat échappe à tout contrôle, peut aggraver les fractures et donne à beaucoup de Français, les Français de confession musulmane, le sentiment d’être une fois de plus marginalisés. Je le redoutais, c’est en train d’arriver. Quand on organise un débat public, il faut s’en donner des moyens. Consulter les intellectuels, les universitaires, mettre des textes fondamentaux à la disposition des gens. On doit surtout politiquement dire ce qu’on cherche et où on veut aller. Si l’on avait dit que ce débat devait nourrir l’égalité réelle, les choses auraient été différentes. Mais là, le débat est présenté comme ayant une vertu propre. C’est devenu un déversoir et un défouloir.

V ous souhaitez qu’on arrête ce débat?
Je souhaite qu’on rompe avec la médiocrité. Le Président a commencé un heureux recentrage dans sa tribune dans Le Monde.

Il parle du « défi » que lanceraient des musulmans à la France chrétienne et républicaine.
Ce n’est pas ce que je retiens de l’article. Nicolas Sarkozy revendique le métissage de la société française. C’est une parole politique forte. Il en appelle à l’assimilation républicaine. Celle qui va permettre à chaque individu de se construire dans la République, sans abandonner son passé ni ses valeurs. Quant au défi, je crois qu’il faut retourner le mot: il y a un défi pour la France d’accomplir l’égalité ;un défi pour la France d’accepter qu’elle est aussi un pays musulman. Peut-on être musulman dans ce pays, en pleine égalité?

Vous êtes musulman?
Je suis de culture musulmane, et croyant.

En avez-vous assez qu’on parle de l’islam comme d’une religion qui arriverait juste et qu’il faudrait accueillir?
Je regrette qu’on se trompe à ce point. L’islam est devenu la deuxième religion de France il y a 179 ans, lors de la conquête de l’Algérie. L’islam est la deuxième religion de notre pays aujourd’hui. C’est une situation de fait, plus une question d’accueil.

Mais le Président est dans cette problématique de l’accueil et des nouveaux venus…
C’est un anachronisme, y compris par rapport à ce qu’il est et ce qu’il pense, et ce qu’il, a construit. Nicolas Sarkozy a fait sortir l’islam de France du placard. C’est cela, son identité politique. C’est en ce sens qu’il doit continuer de recadrer ce débat. Il y a chez des musulmans des comportements parfois hétérodoxes ou régressifs, ou qui rompent avec une tradition française de discrétion. Mais les musulmans qui prient dans la rue ne le font que parce qu’ils n’ont pas de lieu décent pour pratiquer. Il faut encore construire des mosquées. Quant à la burqa, c’est un comportement ultraminoritaire, souvent le fait de convertis : c’est une pathologie, pas une question de menace sur l’identité…

Le pouvoir semble aller vers une loi d’interdiction.
On peut et on doit s’en passer. Une nouvelle loi, dirigée spécifiquement contre une pratique présentée comme musulmane, stigmatiserait à nouveau des Français. Si l’on veut marquer l’opinion publique, on peut imaginer une déclaration solennelle de l’Assemblée, un rappel à l’ordre civique que les députés voteraient. L’article 34-1 de la Constitution le permet… Autrement, il faudra envoyer des policiers courir après les femmes en burqa dans les rues! Vous imaginez la violence des scènes? Un rappel solennel des principes sera plus pédagogique. Et une adresse sera votée à l’unanimité des députés. Les débats qui touchent aux fondamentaux de la République doivent être portés par un consensus pas nourrir les craintes et les divisions.

Vous regrettez rétrospectivement le bannissement du voile à l’école?
Je regrette qu’on ait passé tant de temps à gloser sur le voile et qu’on ait passé si peu de temps à travailler sur l’égalité. Je regrette les occasions manquées et les erreurs passées. Dans les années 1980, une partie de la droite républicaine s’est fourvoyée en ouvrant un débat sur le Code de la nationalité. Cela a pourri la vie politique pendant vingt ans.

Eric Besson est un diviseur? Vous croyez qu’il agit seul, pas sur l’intention du Président?
Je ne sais pas comment la décision initiale a été prise. Je vois que Nicolas Sarkozy s’implique dans le débat pour le recentrer, mais les dégâts sont déjà là. On accuse le pouvoir d’instrumentaliser l’identité, l’islam, à des fins électoralistes, pour « challenger » l’extrême droite. C’est un problème. Nicolas Sarkozy est exempt de toute xénophobie, à 1000 lieues de tous préjugés.

Mais il a inventé ce ministère mariant identité et immigration…
Il ne voulait pas avoir l’air de fuir des problèmes. Mais on touche en ce moment la limite de cette construction, et la perception du débat sur l’identité est mauvaise. Nicolas Sarkozy a toute l’autorité pour corriger ce débat, avant que ce débat ne lui nuise. Si ce débat nuit au Président, il nuira à la France.

Ce débat semble vous renvoyer à votre identité musulmane, vous sort de votre fonction de quasi-ministre…
Même en tant que commissaire, je ne m’exonère pas de ce que je suis. C’est impossible. Mais la question est plus celle du regard des autres. Je me sens fondamentalement français; je serais passionné par un grand et vrai débat sur notre identité, et je crois que la France, plus que d’autres pays européens, est fondée à s’interroger sur elle-même. Mais souvent, je n’intéresse pas les gens comme Français mais comme Français musulman. Je fais de la politique, je pense partager des valeurs avec ceux que j’accompagne, mais je ne sais pas comment eux me perçoivent. Cela existe toujours, c’est plus fort en ce moment.

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