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20 octobre, 2010

APN : les militants et les mercenaires

Classé dans : — eldzayer @ 20:29

Comme pour bien faire désespérer les rares personnes qui pouvaient encore avoir l’illusion de le voir un jour redresser l’échine, le premier ministre choisit la veille du premier novembre pour donner d’ultimes gages à ses sponsors quant à son conditionnement définitif à jouer la partition de la servilité et de la division.

Evitant la polémique ou les attaques personnelles, les députés du RCD ont interpelé M. Ouyahia sur l’étendue d’une corruption qui hypothèque le crédit et la souveraineté nationale, la soumission d’une justice réduite à une fonction de chaouch de clans plus ou moins influents, le chômage et la harga des jeunes, la stigmatisation d’une région qui se voit, par principe, privée de financements d’ONG travaillant en toute liberté dans d’autres contrées et institutions nationales, son silence devant la séquestration des restes de deux héros de la guerre de libération au moment où un livre traitant de l’évènement occupe la scène politique et médiatique depuis bientôt six mois, les conséquences des manœuvres politiciennes du terrorisme…Le chef du groupe parlementaire du Rassemblement clôturant les interventions des députés de son parti rappelle au premier ministre que cela fait trois fois qu’il est nommé à la tête de l’exécutif et qu’il mène, sans état d’âme, des politiques sans visions ni stratégies avec des décisions s’opposant les unes aux autres sans que cela ne l’amène à se poser la question du prix payé par la nation à tant d’opportunisme.

Pour réparer le marasme occasionné jusque là par sa politique, le premier ministre décide de mettre en panne économique le pays. Le problème est qu’il revendique avec la même suffisance les deux démarches. Et il faudrait, selon lui, que les parlementaires notent dans le silence ces contradictions.  

Sans répondre à la moindre des questions qui lui ont été adressées et recourant aux mensonges les plus éhontés, le premier ministre, perdant toute retenue, vitupère contre des parlementaires qui ont osé évaluer sa gestion, relever les incohérences de son parcours et dénoncé les implications d’une action politique menée sans conviction ni perspective. La charge a duré plus d’une demi-heure. Il fallait que la douleur ou les pressions soient bien fortes pour libérer autant de rage et de panique.

« Vous ne représentez rien, vous ignorez votre peuple, vous vous êtes trompés de pays, vous êtes des hurluberlus qui ont bloqué le développement de la Kabylie où vous avez paralysé le système scolaire pendant une année et vous êtes des élus inconnus à quarante kilomètres de votre terroir. Vous passez votre temps à glorifier la Tunisie et le Maroc au lieu de défendre votre pays…»

Ces élucubrations viennent d’un homme qui a institutionnalisé les fraudes électorales, exécuté tous les coups bas portés à une démocratie balbutiante, sacrifié les cadres de la nation pour complaire au clan dominant de l’époque, précipité l’arabisation dont il a prémuni ses enfants et déclaré successivement être un « éradicateur patenté » avant de se dire fier d’être un « réconciliateur convaincu », le jour où son nouveau maître décida d’engager l’Algérie dans une aventure dont on paie chaque jour les errements.

Cette indécence s’adresse à des militants qui ont sacrifié liberté, famille et carrière pour voir enfin le pays sortir du glacis du parti unique et renouer avec les valeurs qui ont permis à notre peuple de se lever et de se libérer d’une dépendance coloniale qui, pour se prolonger aujourd’hui sous d’autres formes, n’en est pas moins violente et dangereuse.

En soi, cet affrontement souligne l’ampleur de la guerre politique – le terme trouve ici tout son sens-  qui oppose les tenants de la confiscation du destin national à ceux qui travaillent à une perspective réhabilitant et honorant les plus belles pages de notre histoire.                      

Cette diatribe, outre qu’elle signe la précipitation de l’engagement dans un mercenariat assumé n’apporte rien de nouveau sur le personnage. Dans les systèmes totalitaires, notamment dans le tiers monde, les individus culpabilisés par leur origine de minoritaire doivent donner en permanence la preuve de leur reniement pour survivre politiquement.

Mais au-delà de la personne, cette vulgarité pose une question fondamentale. Comment se fait-il qu’après un demi-siècle, le régime qui sévit dans l’Algérie de novembre et de la Soummam, n’ait trouvé qu’un homme ayant fait du  cynisme politique et l’avilissement moral une profession pour lui offrir à trois reprises le gouvernement ?

Tous les Algériens savent que M. Ouyahia a fait le choix de la félonie pour surnager dans la scène politique. Mais il faut aussi savoir que le choix et le maintien de ce genre de profil dans les sphères dirigeantes est l’un des symptômes les plus sévères révélant la déchéance et la régression nationales.

Oui monsieur Ouyahia, nous n’avons ni le même parcours, ni le même présent et, soyez en sûr, nous n’aurons pas le même avenir.

Oui monsieur Ouyahia, nous n’appartenons pas au même peuple et si les hasards de la vie nous ont fait naître dans la même terre, nous ne rêvons pas du même destin. Pour être nés tous en Algérie, Abane, Ben M’hidi, Amirouche, Ben Boulaid et le bachagha Boualem ou Belounis n’étaient pas de la même collectivité. Le conflit qui nous oppose à vous aujourd’hui est un bégaiement de l’histoire car il est de la même nature que celui qui a opposé nos aînés à leurs ennemis dans la mesure où, en y regardant de près, il n’est pas dit que votre action ait été moins nocive pour la patrie. Les uns ont voulu retarder sa libération, vous aurez tout fait pour contrarier sa cohésion et son émancipation.

 Vous avez tort Monsieur Ouyahia de pérorer avec autant d’arrogance. Vous ne connaissez pas l’Algérie ; la vraie, la digne, la courageuse celle qui s’est faite dans les privations, la contestation et vos prisons. Prenez garde, dans notre passé récent, il s’est également trouvé des hommes grisés par la puissance apparente de leurs tuteurs et par l’ordre politique, à première vue inébranlable, à l’ombre duquel ils évoluaient pour croire que le premier novembre n’était qu’ « un coup de tonnerre dans un ciel serein ». On sait ce que la mémoire algérienne a retenu d’eux. Pour votre part, vous êtes aussi bien engagé dans ce catalogue : la littérature orale kabyle vous a déjà élu comme étalon de l’indignité.    

Nous n’avons pas besoin du pouvoir pour exister et recevoir la reconnaissance de nos concitoyens. Que vous soyez lâché le matin et vous rejoindrez le jour même  la liste noire des janissaires de l’histoire algérienne et ceux qui vous applaudissent aujourd’hui seront les mêmes qui s’empresseront pour vous achever.        

Pour ce qui est du patriotisme de la vingt-cinquième heure que vous affichez, sachez que sur ce registre aussi, nous ne partageons pas les mêmes conceptions. A chaque fois que les pays voisins frères enregistrent des avancées, nous sommes aussi contents pour eux que nous sommes consternés pour nous.    

Vous l’aurez compris, Monsieur Ouyahia, ce n’est pas à vous que nous nous adressons mais à ceux qui vous instrumentalisent. Mais en ce cinquante-sixième anniversaire du déclenchement de la lutte de libération nationale, votre servilité éclaire davantage les intentions du régime : il y a de moins en moins d’espace pour le combat pacifique dans notre pays. Pour une fois, et à votre corps défendant, vous avez rendu service à l’Algérie. Nous en prenons acte.

Le groupe parlementaire du RCD

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