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27 août, 2010

JUILLET 1962 – JUILET 2010 – 48ème ANNEE D’INDEPENDANCE

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Un soldat pas comme les autres

JUILLET 1962 - JUILET 2010 - 48ème ANNEE D’INDEPENDANCE ghj

Noël FAVRELLIERE « LE DESERT A L’AUBE » Qui est Noël FAVRELLIERE ?

Il est certainement vrai que cet homme demeuré dans l’anonymat et qui a fui l’armée coloniale de son pays pour ses idées, mérite d’être revisité et ainsi, brièvement, le faire connaître à cette génération montante. Il est né en 1934 à la Rochelle en France. En 1956 quand la guerre d’Algérie commençait à préoccuper le gouvernement français, il fut rappelé sous les drapeaux pour y être affecté en Algérie dans un régiment de parachutistes. Un jour, en 1956 afin de soustraire un Moudjahed à l’exécution sommaire qui l’attendait, il s’enfuit avec lui en le libérant. Après une longue et harassante marche en plein désert, il réussit avec son compagnon de fortune à rejoindre les combattants de l’Armée de Libération Nationale où il y restera six pleins mois en plein maquis partageant avec eux la vie combien dure avant de gagner Tunis d’où il partit un peu plus tard à New-York. Quelques notes de lecture : Dans son livre paru en 1958, intitulé « LE DESERT A L’AUBE », il retrace toute cette péripétie combien mémorable et d’actualité aujourd’hui, avec la loi Sarkozyenne sur ‘’la colonisation positive’’. Il commence ainsi : « Le goût du saut. L’impression qu’on est seul et qu’on intervient en avant ligne, au lieu de marcher en avant troupe, quelques semaines plus tard, il écrivait à ses parents. Nous sommes saufs. Cette nuit, nous avons traversé la frontière à dos de chameau. Nous sommes maintenant chez les parents du jeune que j’ai libéré. La joie qu’ont eue les siens à le revoir alors qu’il le croyait mort, m’a payé au centuple pour tout ce que l’avenir me réserve… et il poursuit plus loin. Si j’avais agi autrement, si j’avais laissé assassiner Mohammed, je crois que je n’aurais plus jamais osé vous regarder en face ». Plus loin encore, il raconte « J’ai déserté parce que je n’en pouvais plus des bavures continuelles, des massacres de civils présentés comme des exploits ». Chaque jour que Dieu fait, sa révolte s’intensifie. Il y a les pratiques à plat sans porter aucun jugement sur ses camarades qui, pourtant, les acceptaient. Livre poignant de faits tout au début de la guerre et qui, par la suite devinrent plus grands et banals. Ecoutons le : «Une petite fille en robe blanche courrait. Comme dans un stand de foire, le capitaine a promis cinq cents francs à celui qui l’atteindrait. Elle a tourbillonné sur elle-même. Ca se voyait, pourtant, que c’était un enfant ». Il poursuit écoeuré ce récit macabre et qui nous démontre, plus que jamais le vrai visage de la soldatesque coloniale et de ses pourvoyeurs de la pacification que criaient au monde entier les tenants du pouvoir en France et que certains nostalgiques actuels de l’Algérie de papa qui glorifient la colonisation positive. C’est celui-ci le vrai visage de la France coloniale. C’est de la fiction. Nous n’allons pas nous en arrêter là ; ce livre nous démontre la façon immonde de mener une guerre sans nom à un peuple constamment dominé et qui n’aspirait qu’à sa liberté. Voici la pacification, voici le vrai visage de la France des droits humains et qu’on nous gargarisait de France civilisatrice. La « pacification » était à son apogée dans les discours, on continue… écoutons Noël : « On était quelques-uns à ne pas supporter. Avant que je ne déserte, mes amis me répétaient ‘’ Noël, calme-toi…il ne reste que 83 jours ». La torture ? Le mot n’était pas employé, mais on entendait des hurlements qui provenaient d’une grande. Il y avait une autre méthode, beaucoup plus rapide que la gégène, pour faire avouer n’importe quoi. On faisait venir un indigène, son épouse, sa fille. On déshabillait les femmes. Ca ne suffisait pas ? Du déshabiller l’homme et ou le collait contre sa fille. Il craquait immédiatement. Un jour le jeune homme comprend qu’un prisonnier a été balancé d’un hélicoptère dans le vide. « J’étais éberlue. Je me suis dit : puisque j’ai la garde de l’autre prisonnier, je vais vraiment le garder, c’est-à-dire le protéger ». C’est là, la nuit venue que Favrelliere s’enfuit avec le Moudjahed prisonnier, en emportant des armes. Le prisonnier pieds nus et il narre, il narre pour décrire cette situation de salut vers la liberté : « Je n’ai jamais été aussi joyeux. Je riais en courant. Ma seule crainte était de perdre le prisonnier parce qu’il ne courait pas, il détalait. ». C’est ainsi que dans ce livre, Noël, décrit sa marche combien périlleuse, avec le Moudjahed Mohammed, jusqu’à leur arrivée en Tunisie. Le texte a été saisi et interdit de publication. Dédicace exemplaire du livre. On retrouve une anecdote d’un jeune. « C’était le matin du mardi 28 août 1956. Tu étais chasseur et j’étais le gibier. Par hasard, tu m’as surpris dans la crevasse pour attendre la nuit. Tu m’as souri. Sans doute, avais tu peur de mourir. J’étais un transfuge et je pointais mon arme sur toi. T’ai-je souri en retour, je ne le sais plus. Mais je t’ai laissé repartir pour rejoindre ceux qui, comme toi, avaient mission de m’abattre…et tu ne leur a rien dit. » L’auteur tient beaucoup à cette dédicace, survivre entre deux camps ennemis qui s’affrontaient montre combien que l’action juste tient souvent à un basculement : une désobéissance imprévue. Noël ajoute : « moi-même, j’avais tout pour être un plouc (paysan). Qu’est ce qui m’a pris ? Mes parents tenaient un petit hôtel près de la Rochelle, et j’ai grandi dans l’admiration pour les résistants. En Algérie, j’ai pensé : ici c’est nous, les Boches ». Quand les morts parlent … En 1957, Noël en Tunisie est condamné à mort pour la seconde fois par le tribunal militaire de Constantine. Il précise « Pour l’exemple, les troupes étaient passées devant mon supposé cadavre en Algérie et quelques temps après, j’ai donné une interview dans la presse tunisienne. Comme dans la première condamnation, c’est François Mitterrand qui est ministre de la justice. «Ca m’a amené d’apprendre que j’étais de nouveau condamné à mort. Pour ma famille, c’est moins drôle. » Le ridicule et le simulacre étaient de mise pour le pouvoir colonial qui n’était pas à son premier mensonge et ses innombrables mises en scène dont foi. A New-York, il est devenu laveur de carreaux, mais dès la parution de ses écrits son patron le somme de choisir entre écrire et travailler, livre rédigé en vingt jours. De New-York, il envoie son écrit au journal « L’Humanité » dont les dirigeants s’empressent de l’égarer. Il est à noter que de 1956 à 1958 aucun intellectuel ne s’est intéressé à sa disparition. Les auteurs de la déclaration dite « des 121 » ont attendu 1960 pour y rédiger un texte très courageux. Le cinéaste René Vautier signe un premier papier intitulé « Noël nous reviendra ». Pierre Vidal Naquet dans son livre « La Raison d’Etat » le lui dédie et prend régulièrement le relais dans les colonnes du célèbre journal « Le Monde ». En 1963, c’est l’apogée de son action, qui est d’actualité : Simone de Beauvoir écrit ceci : « L’illégalité serait-elle un crime plus impardonnable que le crime mère ? Aux yeux de la justice, il semble que oui. L’indépendance de l’Algérie est reconnue, mais la poignée d’hommes et de femmes qui ont lutté pour une certaine idée de la France, est en prison ». A ces français là qui ont sauvé l’honneur de la France il serait utile que nous en tenions compte pour leur rendre un hommage et les soustraire à l’anonymat.

Le​ Secrétaire National Ahmed ARRAD

  

1830 – 1962 : L’ère de la guillotine :guilo

                      Meurtres sur ordonnance

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Jamais depuis l’aube de l’histoire la mise à mort ne fut autant été  mécanisée par l’action d’un couperet sur la tête d’une personne. L’avènement le plus abject est certainement, fusse-t-il  judiciaire : l’usage de la guillotine sur les centaines de militants algériens. Dans cette folle équipée criminelle contre l’humanité, le démembrement du corps s’appelait décapitation dans le langage colonial d’une France affranchie par la « terreur de Robespierre ». Dans l’énormité de cette sordide politique de l’élimination physique, les techniciens de la mort ont fait appel à la guillotine comme moyen de terreur visant l’abandon de la lutte armée. Dans le pays des droits de l’homme est née l’idée de « tordre le coup » aux algériens à la manière très gauloise sur le coq en perpétuelle rébellion. Dans les tréfonds de l’imaginaire de la France profonde, les  chaumières continuent de véhiculer  les hauts faits de bourreaux sur les têtes qui tombent  sur le billot .  Dans cet élan crapuleux, l’acharnement contre les Algériens retrouve  son chemin de croix. Plus de cent algériens  ont été exécutés à la prison de Serkadji dans la plus total intimité des soutanes noires donnant bénédiction à la lame. L’église en fut complice dans cette vicieuse besogne. Aucun prélat ne s’est alors opposé à l’infernal usage de la guillotine contre les algériens. Depuis l’Année I956, la mise à mort dans la cour des condamnés à pris l’allure d’une liquidation systématique au gré des sentences prononcées par les tribunaux français. Le  chahid  Ahmed Zabana fut le premier à faire les frais de ce monstre de fer. Les droits de l’homme et le respect de l’être humain pourtant garanti par tous commandements divins  fut piétiné sous  l’Autel de cette machine qui avait échoué à trois resprise sur le coup du condamné. Dans le délire criminel  le plus complet, les bourreaux ainsi que toute  l’assistance ecclésiastique ont continué les années durant à soutenir ce spectacle morbide. La condamnation à mort en Algérie répondait à un souci de terreur préconisé par  l’administration coloniale qui, après les enfumages sur les populations dans le Dahra et L’Ouarsenis avait évolué dans le raffinement de la torture et du meurtre. A ce titre , la guillotine a été institutionnalisée par ordonnance.

Ait Ahmed – 01/07/1962

aitahmed

  arradaout2010

LA CRISE SANS FIN ou LE FLEUVE DETOURNE 

Par Ahmed ARRAD (Moudjahed ex Fédération du FLN en France) 

5 Juillet 2010, déjà 48 années se sont écoulées, date synonyme de fête de la liberté et de la citoyenneté pour lesquelles des Algériennes et des Algériens ont consenti un lourd tribut croyant que leur dignité longtemps bafouée allait être retrouvée.
Qu’il me soit permis en ce jour de témoigner ici nos pensées à l’ensemble des martyrs connus et combien d’autres anonymes tombés au champ d’honneur pour que renaisse cette nation, notre Nation. 

Qu’il me soit permis en ce jour, de rendre un vibrant hommage à l’ensemble des combattants handicapés à vie et qui souffrent énormément dans leur chair les affres de la vie, eux, qui ont su continuer le chemin tracé par les martyrs pour en concrétiser la victoire sur l’occupant. 

Qu’il me soit permis en ce jour, d’en évoquer ne serait-ce qu’un instant toute l’admiration pour ces combattantes et combattants qui à l’âge de leur jeunesse juvénile, (car, à l’époque époque des années de braise, nous n’avions pour la plupart d’entre-nous que 20 ans) jeunesse qui a consenti tant de sacrifices pour porter haut le flambeau vers l’inéluctable l’indépendance. 

Aujourd’hui, presqu’un demi siècle s’est écoulé et notre conscience nous dicte le devoir impérieux de nous poser cette question : Avons-nous su donner à notre peuple les moyens d’exercer sa souveraineté pleine et entière ?  Sommes-nous, quelque part, responsables de cette tragédie sans fin que tous, nous vivons ? 

Il serait temps de faire une halte. Oui ! Il est utile aujourd’hui plus que jamais, d’interpeler nos propres consciences sur ce que nous pouvons apporter pour que cesse enfin ce cauchemar, cette mal-vie, en somme, permettre aux Algériennes et aux Algériens d’exercer leur souveraineté et de participer ainsi à l’édification d’une Algérie libre et démocratique et de bannir, à jamais, le déni de citoyenneté. 

Avant de continuer, il est certainement utile de mentionner ci-après deux déclarations de l’ex-fédération du FLN en France , la première en date du 2 juillet 1962, la veille de la proclamation de l’indépendance soit le 3 juillet 1962 et la seconde en date du 21 Juillet 1962 pour illustrer que ce qui se passe en ce moment était prévisible dès l’instant où le peuple artisan de tant de sacrifices a été ignoré.
En 1962, le peuple criait dans les rues de la capitale : Seb3a s’Nin barakat ! 

Aujourd’hui, nous devons tous clamer haut et fort : Cinquante ans barakat !!! 

Il est temps que le peuple souverain recouvre sa dignité, sa liberté confisquée en un mot sa citoyenneté

L’Algérie des rancoeurs et des haines doit faire place à l’Algérie de l’Espoir. 

                                          

                                     Voici la déclaration intégrale du F.L.N Fédération de France 

                                              APPEL AUX MILITANTS  (Diffusion strictement interne

Alors que le peuple algérien, si passionnément épris de Paix, après huit années de sacrifices énormes, touchait enfin au but et s’apprêtait à célébrer dans un enthousiasme lucide l’INDEPENDANCE reconquise, quelques chefs militaires de l’A.L.N stationnés aux frontières ; ont par leur indiscpline caractérisée créé une situation grave. 

Il faut dès l’abord clarifier un premier point dont ces militaristes et ceux qui les soutiennent espèrent – dans la confusion – tirer avantage. Ce n’est pas par opposition politique au G.P.R.A que ces hommes se sont rebellés ; puisqu’aussi bien les accords d’Evian ont été votés à la majorité des 4/5èmes et que le programme présenté par le Gouvernement lors de la dernière session du C.N.R.A en Mai-Juin a été voté à l’unanimité. 

En réalité, disposant de milliers d’hommes que le Peuple leur a confié, et d’un armement très puissant que les militants du F.L.N ont rapporté de tous les pays du monde, les candidats putschistes se sont crus assez forts pour s’emparer du Pouvoir et s’imposer au Peuple. 

Par ailleurs, le militant conscient comprend mal comment ces chefs militaires pourraient être, au-delà du barrage électrifié, plus < révolutionnaires> ou < plus durs > que les responsables des  Wilayas 2 ou 3 par exemple, qui eux ont combattu l’ennemi sur le terrain. De même que le militant conscient ne comprend pas ces cris de super patriotisme indigné, lancés depuis Oujda ou Tripoli, contre les contacts entrepris par l’Exécutif Provisoire et les Européens – alors que les accords d’Evian lui donnent précisément mission de rétablir la sécurité indispensable au déroulement du Référendum ; et alors surtout que les responsables locaux interprètent les sentiments du Peuple y trouvent un intérêt tactique. 

Au moment où l’unité et la cohésion du Peuple sont plus nécessaires pour asseoir l’indépendance, au moment où les pays frères, les pays du Tiers-monde, les pays d’Afrique qui ont fondé tant d’espoirs sur notre révolution nous observent étonnés, la rébellion de ces chefs militaires prend le sens d’une  activité fractionnelle très dangereuse pour l’avenir de la Nation. 

Il est désormais clair que cette surenchère révolutionnaire à l’intention des journalistes en visite au P.C de l’Etat-Major, n’est qu’un paravent de démagogie gauchiste cachant les desseins de quelques égarés rêvant d’imposer leur dictature militariste. 

L’Indépendance ayant été arrachée par le Peuple, il n’admettra jamais que la victoire soit appropriée par quelques-uns, même s’ils passent pour prestigieux. 

Les révolutionnaires lucides et conscients n’accepteront jamais que dans la fumée d’un verbalisme qui se prétend socialisant, des putschistes instaurent en Algérie un National-socialisme raciste, xénophobe et chauvin. 

Unis autour du G.P.R.A dont il a approuvé la politique par un vote massif, le Peuple Algérien dans la cohésion et la fermeté, saura préserver une PAIX toute fraîche dont il a si ardemment soif depuis 132 ans. 

                                    MILITANTES  ET MILITANTS : 

Sans pour autant dramatiser une crise comme en ont connu tous les peuples accédant à l’indépendance, vous saurez toutefois interdire vos rangs à tous ceux qui prendraient la criminelle initiative de susciter la division, qui ne pourrait être que génératrice de luttes fratricides. 

Les responsables, quel que soit leur rang dans la hiérarchie, ne sauraient échapper à la discipline révolutionnaire applicable à tous. A partir du moment où ils la refusent en méconnaissant l’autorité légitime du G.P.R.A conférée régulièrement par le C.N.R.A ils s’excluent d’eux-mêmes.

En attendant la tenue proche d’un CONGRES NATIONAL au cours duquel la confrontation démocratique populaire permettra aux masses de définir souverainement leur avenir, la vigilance, l’ union, la discipline autour du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne s’imposent plus que jamais.                                                                                      

                                                                                                  Paris, le O2 Juillet 1962 

                                                                                                           

                                                                                                                                                 - 2 - 

  1. Seconde déclaration après la proclamation de l’Indépendance

FRONT DE LIBERATION NATIONALE                                     FEDERATION DE FRANCE 

                                                            BULLETIN  INTERIEUR  

                                    

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         Des évènements d’une extrême gravité secouent notre pays, et menacent dangereusement l’unité et la cohésion nationale. Les objectifs révolutionnaires pour lesquels des milliers et des milliers d’Algériens et d’Algériennes sont morts, risquent d’être compromis. A la veille de l’indépendance le C.N.R.A, instance suprême de la Révolution, s’était réuni pour préparer les conditions de la prise du pouvoir, pour reconvertir le F.L.N en parti capable de mettre en œuvre un programme révolutionnaire adopté à cet effet à l’unanimité. Des divergences sont apparues qui ont conduit à la crise marquée par l’interruption des travaux du C.N.R.A, la destitution de l’Etat-Major et la démission d’un membre du G.P.R.A. Ces divisions inquiètent profondément notre peuple. Elles retardent la reconstruction de l’Etat et la solution des problèmes économiques et sociaux, elles risquent si elles se prolongent d’entrainer des conséquences catastrophiques.

      
La Fédération de France du F.L.N, consciente de la gravité de la situation appelle tous les militants à rester vigilants, unis et fraternels, comme ils ont su l’être durant la lutte de libération nationale. Dans ces heures décisives que traverse notre pays, la meilleure contribution que nous pouvons apporter à la solution de cette crise est de rester unis et disciplinés. L’avenir de l’Algérie dépend de l’union de tous les militants. Aujourd’hui plus que jamais, tout travail fractionnel, toute entreprise régionaliste, toute provocation, doivent être déjoués. La sauvegarde de l’unité doit être le souci de tous. C’est pourquoi l’émigration algérienne en France se refuse à suivre une personnalité quelle qu’elle soit. Ce qui importe par-dessus tout c’est l’avenir de l’Algérie et la réalisation des objectifs révolutionnaires.

      De même qu’ils demeurent dans les rangs du F.L.N, les Algériens poursuivront leurs efforts militants et financiers au service de la Révolution et du  pays ruiné par sept années et demie de guerre et aussi par la désorganisation de l’économie et de l’administration.

      Le chômage et la misère sévissent dans notre pays, les veuves et les orphelins de nos valeureux moudjahidines, les familles regroupées, les mutilés, les réfugiés qui rentrent au pays et toutes les victimes de ces longues années de guerre ont besoin de notre soutien matériel. Dans le même souci,
la Fédération invite les militants à faire le maximum d’efforts pour l’aide aux familles en Algérie, et compte tenu du marasme économique actuel déconseille les départs massifs des travailleurs, qui risquent de se trouver au pays sans emploi tant qu’un redémarrage de l’économie n’aura pas eu lieu.

      L’émigration algérienne en France qui  - on peut le dire aujourd’hui  - a eu l’honneur de contribuer à elle seule pour une part déterminante au financement de la guerre de Libération, se fera un devoir de poursuivre cet effort jusqu’à la mise sur pied  du Parti et des institutions de la République.

                                                                                                       Paris, le 21 Juillet 1962  

                                                                                                                                               - 3 -

                                                          

Comme tout pays, l’Algérie a ses fêtes nationales. La fête de l’indépendance, le 5 Juillet, est également celle de la jeunesse. Mais les jeunes Algériens ont-ils jamais eu, depuis l’indépendance à  ce jour, quelques motifs d’être véritablement en fête ? Pour eux, c’est depuis bien longtemps, le deuil…  

Le 1er Novembre 1954, des volontés nationalistes mues par une foi inébranlable concernant la nécessité de l’indépendance de l’Algérie s’étaient mobilisées pour mettre fin à un ordre colonial implacablement injuste dans ses effets en dépit des discours humanistes qu’il pouvait par moments adopter. 

Les soulèvements nationalistes furent nombreux dans l’histoire de l’Algérie colonisée. La résistance à l’occupation eut ses héros, connus ou anonymes, et durant le XIXème siècle seulement, on pourra rappeler, aux mémoires, les noms de quelques-uns d’entre eux qui maintinrent vivante l’idée d’un combat émancipateur après la résistance de l’Emir Abdelkader, Ahmed Bey, Lala Fatma n’Soumeur, des Ouled Sidi-Cheikh, d’EL Mokrani, deBouamama et combiens d’autres…. 

La flamme nationaliste est restée par conséquent vivace, même quand les circonstances ne l’ont pas servie pour être prise en charge massivement ainsi que cela allait se produire après la fin de la seconde guerre mondiale, puisque c’est à cette époque que la perspective de combattre par les armes les forces de la colonisation avait pris suffisamment forme pour être consacrée par les faits. 

Des Algériens de tous rangs, de tous âges, de toutes conditions ont donné ce que tout être vivant a de plus précieux : la vie que vive enfin leur peuple dans la dignité et la liberté.  Quand ils mourraient, c’était aussi assuré de leur survie dans la mémoire nationale. 

Mais ce n’était jamais, ce ne pouvait pas être pour la gloire posthume qu’accorderai ultérieurement la qualité de chahid ni pour les avantages escomptés de la qualité d’ancien moudjahed : l’engagement nationaliste était pur de tout calcul matériel chez des milliers de combattants qui avaient rejoint les maquis de l’A.L.N et les rangs du F.L.N. 

Non, non et non, ceux qui avaient pris les armes n’avaient accepté la perspective de la mort que pleinement convaincus que la dignité qui leur était refusée par le système colonial, leurs frères en nationalité pourraient grâce à leur sacrifice, en jouir une fois vaincu le colonialisme. L’indépendance survenue, cependant la liberté fut confisquée, et donc l’indépendance. Les Algériens n’avaient pas,  bien sûr,  combattu pour que leurs exploiteurs, leurs tortionnaires, les maîtres de leur destin, destin dont ils n’avaient pas le droit de convenir eux-mêmes, changent seulement de nationalité et  qu’il soit permis d’arborer un passeport d’un Etat souverain en faisant partie d’un peuple qui ne l’état pas. 

Non, ils n’avaient pas combattu pour cela ! 

Mais les sacrifices, les faits d’armes, la bravoure extrême des combattants de l’indépendance nationale doivent-ils être occultés pour longtemps encore ? Voici peut-être venu le temps de rappeler avec plus d’insistance que par le passé – pour honorer la mémoire de nos combattants et non pour en tirer profit en tant que << famille révolutionnaire >> ( ! ) que sa ténacité au combat contre l’armée et les services coloniaux avait valu au peuple algérien l’admiration du monde entier, que le sang versé en Algérie a fécondé tout un continent, l’Afrique, dont les peuples n’avaient dès lors plus à consentir autant de sacrifices pour accéder à l’indépendance, leur indépendance étant devenue définitivement à l’ordre du jour dans l’agenda de l’histoire colonialiste, et ce, par un effet d’entrainement qui a été maintes fois souligné. 

L’Algérie accédant à l’indépendance avait vu braquer sur elle des millions de regards remplis d’espoir et d’admiration : on était convaincu de par le monde qu’un peuple qui avait su mener un combat aussi terrible que l’avait été celui de la guerre pour l’indépendance ne pouvait manquer d’édifier un Etat dont serait banni tout ce qui avait justifié la nécessité du combat libérateur : refus du droit de vote aux Algériens, et donc de leur droit à la gestion de la cité et à la détermination de leur destin, misère matérielle, mainmise sur les richesses nationales au  profit d’un nombre réduit de privilèges colonialistes, traitements discriminatoires, inégalités de traitements devant les services administratifs. 

Le fleuve détourné 

Il n’en fut hélas rien : l’indépendance survenue fut une indépendance confisquée. Dès l’été 1962 s’ouvrit la longue liste des coups d’Etat faits clamait-on << au profit du peuple>>. L’autorité légitime, le  G.P.R.A, Gouvernement provisoire de la République Algérienne, fut récusée et combattue : le colonel Boumedienne, alors qu’il avait été destitué de son rôle de chef d’état-major par l’autorité légitime, gagna la capitale sous la protection des blindés et oeuvra à asseoir le pouvoir de Ben Bella en qualité de chef d’Etat, pouvoir que celui-ci ne détenait que par procuration, le colonel Boumedienne attendant son heure pour occuper directe ce poste à la faveur du coup d’Etat qu’il accomplit le 19 Juin 1965 : qui aurait pu, colonel ou pas, dès les premières heures de l’indépendance, prendre le pouvoir par un coup d’Etat direct, alors que les dirigeants de la révolution, ses initiateurs, ses grands  héros dans l’imaginaire national étaient encore en vie pour beaucoup, encore présents, encore adulés par les foules ? 

La guerre qui avait pris fin avait été intensément féroce, et le tribut d’un incommensurable poids. Des centaines de milliers de morts, morts sous la torture, les balles, le napalm, la guillotine, les bombardements massifs, des dizaines de milliers de blessés et, pour certains aliénés à jamais des suites des blessures reçues ou des tortures infligées, des disparus sans nombre, des villages rasés. 

L’importance du combat libérateur sur le sol français ne doit pas être mésestimé :  en mars 1962, à la signature des accords d’Evian amenant un cessez-le-feu, on dénombrait 10.000 morts ( se souvenir des victimes de la rafle de Papon, par exemple, qui vit la Seine rougir du sang des Algériens ). Les affrontements avaient fait également quelques 15.OOO blessés dans nos rangs, et l’on comptera quelques 5O.OOO Algériennes et Algériens internés dont certains garderont de leur emprisonnement d’ineffaçables séquelles. L’apport de la Fédération du F.L.N en France au combat libérateur a été aussi constant qu’essentiel : le budget du G.P.R.A, les ressources matérielles et financières de la lutte n’étaient-ils pas constitués au 4/5ème par les contributions volontaires de l’émigration. 

Par ailleurs, la prise de conscience du peuple français de la justesse du combat mené par les Algériens pour leur souveraineté a grandement mûri des suites de l’action multiforme de
la Fédération
du FLN en France : tracts, action psychologique, manifestations ( se souvenir du 17 Octobre 1961, à Paris). Et tout aussi précieux fut son rôle de pépinière de cadres avec lesquels on alimentait l’intérieur et les frontières, et  ce, de façon continuelle. 

Si la révolution algérienne, tel un fleuve au puissant cours a été détourné, de son cours à l’indépendance, la question mérité d’être posée de savoir si, aujourd’hui, l’espoir que l’idéal qui avait animé les rangs de ses soldats et militants peut encore valablement être revivifié. 

En 1956, on a vu se tenir le congrès de la Soummam au cours duquel furent prises d’importantes décisions pour permettre à la fois le revivification de la révolution et sa protection de toutes les formes de déviation auxquelles des luttes intestines et des ambitions, aussi inopportunes qu’éhontées que certains pouvaient nourrir ( et ça n’a pas manqué ! ), pouvaient l’amener. 

C’est lors de ce congrès que fut décidé le principe de la primauté des instances de l’intérieur sur celles de l’extérieur, autrement dit la primauté des forces combattantes directement engagées dans l’enfer du combat sur le sol national face à l’ennemi. De même que fut arrêté le principe par la suite bafoué, de la collégialité à tous les niveaux. 


La Fédération du F.L.N en France s’était vue confier trois tâches par ce congrès : 

-         tout d’abord, l’organisation et la structuration de l’ensemble des Algériens ; la plupart, gagné par l’idée du combat pour l’indépendance, étaient déjà engagés moralement : il s’agissait de parvenir à un fonctionnement collectif des énergies disponibles afin de servir l’efficacité de la lute ; 

-         la seconde tâche dévolue à la Fédération était de contribuer à pourvoir en moyens et, principalement, en ressources financières ; 

-         Il s’agissait aussi, et enfin, de faire prendre conscience au peuple français de tout ce qu’endurait le peuple algérien pour l’amener à des prises de positions solidaires. 

    

 Une autre tâche aussi essentielle, était la neutralisation des effets néfastes sur le combat libérateur, des actions menées par le M.N.A ( Mouvement nationaliste algérien << Messalistes >> qui développait celles-ci  dans une opposition fratricide au F.L.N. 

Mais les Algériens surent montrer, durant une guerre qui dura près de huit années, qu’ils constituaient une nation apte à relever les plus grands défis. Qu’ils pouvaient aspirer à la souveraineté car ils se montraient aptes à combattre un colonialisme féroce que puissant, qui la leur récusait. Qu’ils avaient une conscience nationale élevée, que des décennies d’un combat politique multiforme sous les étiquettes de différents partis politiques comme l´E.N.A, l’U.D.M.A, le P.P.A, le M.T.L.D pour ne citer que ceux-là avaient su faire mûrir et consolider. Ils avaient su montrer à la face du monde qu’ils étaient une nation et non un peuple en naufrage. 

Restituer la souveraineté au peuple 

En 1962, la liberté leur revenait de droit. Une liberté assumée collectivement, souverainement. Mais tel ne fut pas le cas. Les détenteurs du pouvoir, par la force, firent tout ce qu’il fallait pour leur interdire l’accès à la citoyenneté réelle. Le colonialisme les avait brimés dans leur aspiration à la citoyenneté. 

L’après – colonialisme, l’indépendance, ne fut pas le recouvrement de la citoyenneté, hélas. 

Tout comme on avait refusé au peuple de prendre en main son destin, en 1962 on a vu les nouveaux détenteurs du pouvoir,  en Algérie, refuser l’exercice de la citoyenneté réelle à un peuple qui en était assoiffé, et cela durant presqu’un demi siècle, sous le prétexte qu’il n’était pas mûr. On aura eu cinq constitutions avec cinq Présidents : celle de Ben Bella, en 1963, celle de Boumediene, en 1976, celle de Chadli, en 1989, celle de Zeroual, en 1996 et celle de Bouteflika en 2009. Mais le peuple est hors jeu, aujourd’hui il a le droit d’applaudir, mais non de participer. Marginalisé, sauf quand il s’agit de lui faire tenir le rôle qui entérine les décisions prises pour << son intérêt >> par des tuteurs qu’il n’a pas désignés, il restera toujours le recours suprême car il est l’arbitre suprême. 

L’Algérie est, aujourd’hui, dit-on un pays où règnent << la démocratie >>, le << multipartisme >>, la << liberté >> de la presse. Le pouvoir algérien est régi par une constitution << démocratique >> sur mesure faite par le pouvoir et pour lui-même qui a organisé et proclamé les << droits >> et les << libertés >> politiques du citoyen et du peuple. Un << Conseil constitutionnel >> est là, pour sanctionner les errements anticonstitutionnels du pouvoir. Un observatoire des droits de l’homme est là pour dénoncer les atteintes qui leur seraient portées. 

  

Les Algériens, cependant, sont ils contents de << leur >> Constitution ? Il faut pour cela qu’ils sentent qu’elle est << leur >>. Il n’est pas du tout certain que cela soit le cas. 

L’assemblée constituante qui devait doter l’Etat algérien indépendant d’une  Constitution garantissant un régime politique démocratique avait été empêchée. C’est peut être pour cela qu’après les cinq constitutions personnelles de Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zeroual et Bouteflika on risque d’en connaître une autre une sixième, celle de …. 

A moins qu’il soit enfin possible de revenir,  aujourd’hui, à la case départ et d’instaurer une deuxième république. Mais qui, aujourd’hui que le peuple a été dessaisi de sa souveraineté se soucie encore de cela ? 

Un Etat de droit doit être l’objectif permanent de cette jeunesse désoeuvrée  et laissée pour compte. Ce sont, pourtant, nos enfants et nous nous devons de tout faire pour qu’ils puissent avoir le droit à l’ESPOIR, à une meilleure vie. L’Algérie en a les moyens, il faudrait seulement une volonté politique de ceux qui ont la destinée du pays entre leurs mains pour permettre au peuple souverain de décider de son avenir. 

C’est à ce prix que l’on évitera une dislocation de cette aimée et souffrante Algérie. Pour cela, une révision déchirante doit s’imposer au sein des tenants du pouvoir pour en éviter une explosion. 

Les Algériennes et les Algériens ont soif de Paix. Trop de sang, trop de larmes, trop de mépris en ce peuple. Peuple, qui comme en 1962 ne cesse de crier BARAKAT !!! 

                                                      

                                                                                               Par Ahmed ARRAD 

                                                                            Moudjahed ex-Fédération du F.L.N en France 

 

2 réponses à “JUILLET 1962 – JUILET 2010 – 48ème ANNEE D’INDEPENDANCE”

  1. ARRAD Ahmed dit :

    edmarque: dans le dernier paragraphe tous les mots entre guillements ont été carément supprismés ce qui enlève toute compréhension au texte.
    Il serait souhaitabe que ceux ci soient remis à leurs places afin de respecter l’auteur. Merci de rectifier: Ahmed ARRAD

  2. ARRAD Ahmed dit :

    ORGANISATION NATIONALE DES MOUDJAHIDINE
    SECRETARIAT NATIONAL

    23,A venue Ahmed GHERMOUL,
    ALGER

    Téléph : OO213 (0)21.66.81.44/45

    OBJET : Intervention de la délégation algérienne
    à la conférence internationale sur la Législation concernant les Anciens Combattants et les Victimes de
    la Guerre en date du 25.11.2010 au Palais de l’UNESO à Paris

    ( conférence du 24 au 26/11/2010 ) organisée par la Fédération Mondiale des Anciens Combattants.

    Monsieur le Président,
    Messieurs les membres du Bureau,
    Mesdames et Messieurs les délégués.

    D’abord, bonsoir à toutes et à tous et permettez-moi de vous souhaiter, au nom de la délégation algérienne plein succès à nos travaux.

    Hier et aujourd’hui, l’on a beaucoup, parlé du droit à réparation, des droits humains et de la légalité internationale.
    Que dire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs de ce qu’ont engendré les mines anti-personnelles, le napalm et le nucléaire en mon pays par l’occupant dans la sale guerre d’Algérie qui nous a été faite, et c’est justement vrai que toutes les guerres sont sales et c’est pour cela, Monsieur le Président, que nous devrons œuvrer, ensemble, et sans relâche pour asseoir la paix dans le monde.
    Comment ne pas parler, en ce jour, des effets produits par plus de 12.000.000 (douze millions) de mines anti-personnelles placées par l’occupant aux frontières des pays limitrophes à l’Algérie.
    A ce jour, Monsieur le Président, 8.000.000 (huit millions) de celles-ci ont été déminées mais, hélas, il en reste encore plus de 4.000.000 (quatre millions) enfouies sous terre faute de plans de situation et il a fallu attendre la visite de Mr. SARKOZY, Président de la République française, en 2009 pour que ces plans soient, enfin, remis à mon pays soit 49 années après la fin de cette sale guerre.
    Monsieur le Président, Si ces plans avaient été remis en temps opportuns beaucoup de vies auraient épargnées.
    En effet, ces mines ont causé et ce, depuis la fin de la guerre en 1962 plus de 4.000 (quatre milles) victimes et continuent encore de nos jours leur hécatombe.

    Nous ne pouvons, également, faire l’impasse de ne pas parler du napalm, pourtant interdit par les conventions internationales et utilisé sous le vocable de « bidons spéciaux » et autorisé par des directives frappées du sceau « top secret défense » au sein de l’armée d’occupation.
    Les séquelles laissées, à ce jour, sont et demeurent incalculables.
    Quant au nucléaire, parlons-en, Monsieur le Président, de ce désastre.

    Le nucléaire français en Algérie : un crime contre l’humanité et une agression contre l’environnement et la nature.

    C’est au moment où la guerre froide a atteint son paroxysme et qu’en Algérie la guerre faisait rage que la France a mis au point sa première bombe atomique. Elle vient alors d’être classée quatrième puissance nucléaire. On est bien en I96O. En effet, le 13 février I960, la France a effectué avec succès, techniquement parlant, son premier essai nucléaire. C’était à Reggane dans le Sahara algérien, plus exactement à 700 kms au sud de Béchar et 1.5OO kms au sud d’Alger. Cette première opération d’essai est baptisée « Gerboise bleue ». La bombe est d’une puissance de 70 k/tonnes (70 KT), soit 04 fois plus puissante que celle lancée par les Américains sur Hiroshima (Japon) le 06 août 1945 laquelle a fait 200.000 morts. Trois (03) autres essais ont suivi celui de « Gerboise bleue ». Il s’agit de « Gerboise blanche » effectué le 1er avril I96O, la « Gerboise rouge » effectué le 27 décembre I960 et enfin, la « Gerboise verte » qui a eu lieu le 25 avril I96I.

    Tous ces essais ont été effectués à partir d’une tour, c’est-à-dire à l’air libre. Selon bien des indications, en particulier celles du physicien, Yves Rocard, qui a assisté à ces opérations nucléaires expérimentales, « les explosions eurent lieu à cent (100) mètres d’altitude. La moitié supérieure de la boule de feu orientée vers l’air libre et la moitié inférieure vers le sol tout proche ».

    L’histoire retient que ces quatre essais ont été réalisés et exécutés dans les conditions sus citées ; ce qui à l’évidence ont été très polluants pour l’environnement immédiat, c’est-à-dire au moins à 150 kms à la ronde. D’ailleurs, de l’aveu même des responsables de ces essais, « pour des explosions à faible altitude, la terre, l’eau et des débris divers sont aspirés et forment une colonne verticale entre le sol et la sphère de gaz chauds qui prend l’aspect d’un nuage ». Le rapport annuel du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de I96O donne lecture d’ailleurs de l’existence d’une zone contaminée de I50 km de long environ et les instructions remises aux participants de l’opération Gerboise bleue précisaient bien les conditions dans lesquelles on pouvait entrer et sortir de la « zone contaminée ». De leur côté, des témoins algériens notent que « les effets des expériences atomiques au Sahara algérien sont palpables de nos jours. Avant les explosions, les terres du Touat et de Tidekelt étaient très fertiles. Les Anciens soutiennent qu’on y cultivait des céréales, des dattes, des lentilles etc. Les cheptels y étaient également importants. Parmi les animaux sauvages, il y avait aussi la gazelle, le fennec, le mouflon, des oiseaux et autres rapaces de tout genre. Tout cela a disparu. » Cela n’est plus ni moins qu’un désastre pour la faune et la flore. Cela confirme aussi d’une façon on ne peut plus claire que les régions proches des lieux des tirs devraient receler encore une dose significative de radioactivité. Pire encore. Vu les vents puissants sahariens et les phénomènes d’érosion, la surface du sol contaminé s’avérera plus tard beaucoup plus importante que celle du début de la décennie 1960. Et par conséquent, les contrôles susceptibles d’être effectués aujourd’hui sur le degré de radioactivité ne peuvent être qu’obsolètes. Se peut-il qu’il soit autrement lorsqu’on sait que pas moins de I7 essais nucléaires ont été effectués dans le Sahara algérien sur une période s’étalant entre 1960 et 1966.

    L’Humanité et la civilisation doivent savoir encore que la France a, lors de ces essais nucléaires, utilisé des Algériens comme cobayes. En effet, à Reggane les responsables militaires français de l’opération ont obligé les travailleurs algériens à s’exposer aux radiations, c’est-à-dire aux effets immédiats de l’explosion. Sous le sceau du top secret, la France des décideurs a tué froidement d’innocents êtres humains dans le seul but de consacrer sa nouvelle force militaire. Il ne doit échapper à personne que la France venait de commettre en ce début de l’année 196O un crime contre l’humanité mais a agi aussi dans un cadre hors la loi en faisant son premier essai à l’air libre. En effet, les trois autres puissances nucléaires, à savoir les Etats-Unis, l’ex-URSS et la Grande-Bretagne avaient décidé de suspendre leurs essais dès l’année 1958. Aujourd’hui, soit plus d’une cinquantaine d’années, les séquelles laissées sur la population algérienne ayant subi l’apocalypse élaborée et mise au point par le pays se réclamant porte-voix des Droits de l’Homme sont encore visibles ; et fort probablement pour seront visibles encore pour longtemps.

    Nos amis doivent savoir que nous n’avons évoqué le désastre écologique que succinctement. Car, en vérité il faut un ouvrage fort volumineux pour parler des effets produits sur l’environnement par l’aventure nucléaire des Français.

    En outre, pour ne citer que les maladies au nombre 18 induites par ces essais, l’on compte : la leucémie, le cancer du sein (chez la femme), le cancer du corps, le cancer cutané, le cancer du poumon, le cancer du côlon, le cancer des glandes salivaires, le cancer de l’œsophage, le cancer de l’estomac, le cancer du foie, le cancer de la vessie, le cancer de l’ovaire, le cancer du cerveau et système nerveux central, le cancer des os et du tissu conjonctif, cancer de l’utérus, le cancer de l’intestin grêle, le cancer du rectum et le cancer du rein.

    S’il est vrai qu’au jour d’aujourd’hui, la France reconnaît que ses essais nucléaires ont fait exposer plus de 150.000 personnes entre militaires et civils (travaillant en Algérie et en Polynésie) l’on occulte parmi la population algérienne les citoyens et citoyennes habitant ces contrées, il n’en demeure pas moins qu’elle hésite cependant à évoquer la question d’indemnisation ; ce qui constitue une iniquité. En effet, pourquoi cette France s’autoproclamant pays des Droits de l’Homme a jugé bon d’indemniser ses propres militaires ayant été victimes de ces essais nucléaires alors que les Algériens qui sont aussi victimes sinon plus victimes que ces militaires français n’ont pas encore droit à la réparation. Il est à se demander effectivement pourquoi la loi N° 2010 – 2 du 05 janvier 2010 relative à la reconnaissance et l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français ne touche pas les victimes algériennes. Quand donc la France se rendra-t-elle compte que sa fuite en avant ne peut en aucun cas constituer la solution idoine ni pour son peuple ni pour ses victimes ?

    Addenda : Tableaux indicatifs des essais nucléaires.

    Ier Tableau :

    Numéro Nom de l’expérimentation Lieu du tir Objectif Force K/tonne Date
    —————————————————————————————————————–01 Gerboise Bleue Reggane Militaire 70 13-02-I96O
    —————————————————————————————————————–02 Gerboise Blanche Reggane Militaire 20 01-04-1960
    03 Gerboise Rouge Reggane Militaire 20 27-04-1960
    —————————————————————————————————————–
    04 Gerboise Verte Reggane Militaire 20 25-04-I961

    2ème tableau :

    —————————————————————————————————————–N° Nom de l’essai Site Nature du Tir Objectif Force k/t Date
    01 Agathe Inker Tunnel Militaire 20 07-04-1961
    —————————————————————————————————————–02 Perle + + + + 01-05-1962
    03 Emeraude + + + + 18-03-1963
    —————————————————————————————————————–04 Ametiste + + + + 30-03-1963
    —————————————————————————————————————–05 Rubis + + + 68/52 20-10-1963
    —————————————————————————————————————–06 Aubale + + Scientifique 3,7 14-02-1964
    07 Topaze + + Militaire 20 15-06-1964
    08 Turquoise + + + + 28-11-1964
    09 Saphir + + Scientifique 127/117 27-02-1965
    10 Jade + + Militaire 20 30-05-1965
    11 Cguindou + + Militaire + 01-10-I965
    12 Tourmaline + + Militaire 10 01-12-1965
    13 Crona + + Scientifique 13 16-02-1966
    —————————————————————————————————————–

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