1 novembre, 2007

T’Koukt

Classé dans : T'kout : 1954, 2007 — eldzayer @ 13:26

♥ Les coquelicots des Aurès

 T'Koukt dans T'kout : 1954, 2007 20060301215920_maamar

Ok ! Vous avez fini par nous convaincre ! Nous ne parlerons plus de ces terroristes qui ont enfourné des bébés et que vous avez décidé de disculper, ni de ces jeunes filles que les monstres ont violées, ni de ces familles égorgées, ni de ces douars brûlés, ni des veuves, ni des orphelins… Pourtant, sur le plan de la fraternité et du grand pardon, vous avez des leçons à recevoir du mouvement citoyen dont l’objectif est justement de se réconcilier avec son histoire et d’agir pacifiquement pour l’émancipation totale du peuple ! Votre combat est perdu d’avance, car les citoyens n’ont plus rien à perdre puisque tout, ou presque, leur a été pris ! Et lorsque le bâton et la kalachnikov deviennent les instruments de la réconciliation, cela veut dire que quelque chose est pourrie dans le royaume…
Tout le monde se courbe devant les nouveaux rois et tout le monde récite les mêmes glorifications en l’honneur des sauveur suprêmes qui auraient pu nous tromper s’ils n’avaient pas eu la faiblesse de découvrir leurs visages juste au moment où le train de l’histoire éclairait le tunnel de la mystification ! Juste au moment où les héros se sont tus, libérés de l’horrible frayeur de la vérité, pour laisser parler les pirates de la mémoire ! Juste au moment où le sang qui coule et hurle dans les profondeurs de la conscience, aurait pu rappeler, aux procureurs et aux juges, que les héros ne meurent jamais !
Mais, tant pis ! Que les prisons se remplissent de citoyens libres et que les arènes de la trahison se surchargent d’imposteurs, sous les ovations d’un peuple berné par les charlatans ! Que la vérité soit celle du mensonge, récitée par la foule des courtisans et que le mensonge soit celui des indomptables, régurgité par les couards ! Il restera l’irréductible fierté de ceux qui n’ont pas reculé devant la répression ; il restera le souvenir de ceux que les gendarmes ont grandis dans les yeux du peuple, il restera ma fière et éternelle T’kout, enfantée par les germes d’un espoir qui refuse de mourir (*), maquillée du rêve fou de ceux qui ont osé ce que l’on n’ose pas et de ceux qui ont cru que le Chaoui est le frère du Kabyle ! Et qu’il est aussi le frère du gars d’Adrar qui a refusé de se courber, comme l’ont fait cet indomptable oranais ou ce noble de Bab El Oued !
Merci, T’kout, terrible enflure dans l’Aurès de leur médiocrité, et superbe majuscule dans l’Aurès de nos convictions, suprême évocation de nos mémoires ressourcées dans l’unique et inaltérable Novembre, merci de nous rappeler que les Cours ne sont pas la justice et qu’il reste encore, malgré tout, des avocats qui font honneur à votre honneur ! Merci de me tirer de la triste et monotone quiétude de ce mois qui enfle comme une bêtise pour me projeter dans la noblesse du combat des braves, pour me faire savoir que les barrages, faux ou vrais, ne servent qu’à barrer la route aux courageux ! Merci Belaïd Abrika d’être venu dans les terres de la Kahina pour me rappeler que nos combats se régénèrent sur les routes gardées par les puantes censures, merci de me mener là où je suis né mille fois sous le soleil millénaire des Amazigh, merci de projeter, au-delà de Timgad, l’arc en ciel qui mène vers Arris, Capitale des rêves de Mustapha Ben Boulaid et qu’est-ce que T’kout si ce n’est une halte sur le chemin qui conduit à l’accomplissement de ces rêves ?
Merci, Belaïd Abrika de nous rappeler que les élus lâches et les sous-prefets sans gloire ne sont que des virgules raturées dans les phrases de l’histoire ? Merci de nous donner l’occasion de rêver encore, nous qui ne rêvons plus depuis le 8 avril ! Merci de condamner les embouchures du pessimisme et d’ouvrir, sur la grande route de l’espoir, dans la Kabylie et les Aurès, ces petits chemins qui montent les collines que nous n’avons plus le droit d’oublier ! Merci de me rappeler que mon père a failli perdre sa gloire sur le front d’une guerre qui ne lui appartenait pas et qu’il en a gagné une autre en me disant que l’olive s’appelle « Azzemour » et que les vaches sont de vulgaires « Tafounest » ! Ah, s’il était encore vivant ! Il serait fier de ce gars qu’il ne connaît pas et qui a osé ouvrir les portes de T’kout aux flots de l’histoire pour qu’elle y pénètre par violation du domicile de ce pauvre imbécile qui croit encore que l’on peut dompter les intrépides !
Et si tu es coincé, et si, par malheur, tu penses que le citoyen est un ventre, un simple tube digestif, et si, comble de tout, tu considères qu’il n’est plus qu’une machine nourrie par les promesses électorales, tu as une occasion de te rattraper, toi qui ne parle plus et qui ne marche plus sur les chemins ordinaires, toi qui ne sais t’adresser qu’aux télévisions et aux foules embrigadées dans les festivals électoralistes, je te donne un conseil, mon frère : va à T’kout, va dire au peuple rebelle que ta candidature n’était pas une usurpation, va leur prouver que tu étais sincère lorsque tu leur disais que la liberté était ta préoccupation et aussi ta conviction ; va, marche sur le chemin de la dignité, descend de l’avion parisien et des sentiers battus ! Retrouve ce peuple que tu as tellement attendu sur le chemin des urnes et qui n’a pas changé, lui ! Va affronter sa colère recommencée et dis-lui que tu n’as rien à avoir avec ça, toi bohême des promesses électorales et papillon volatile des nuits agitées de la défunte Khalifa TV ! Tu trouveras les tiens, fiers et heureux, qui t’attendent depuis des ères pour te dire simplement : « merci d’être venu ! »
Y en a marre de ces politicards qui viennent barbouiller d’illusion les colonnes de nos journaux et faire bander nos journalistes pour de vulgaires braderies électorales ! T’kout ne doit pas interpeller simplement les journalistes et les avocats ! Elle appelle Benflis, Sadi, et peut-être même Djaballah ainsi que Louisa Hanoune, pour que la politique se réconcilie enfin avec la vérité et que les jeunes de T’kout ne se sentent pas inférieurs à ceux de Béni Douala !
Il y va de la crédibilité de cette classe politique qui ne se réveille que tous les cinq années ! Allez-y ! Dites enfin un mot sur T’kout ! Nous autres citoyens libres, animateurs du mouvement citoyen et avocats, ne pouvons plus vous remplacer durant les jours et les mois qui séparent une élection présidentielle d’une autre ! Dites aujourd’hui ce que vous aurez envie de dire en 2009 ! Sinon, taisez-vous et laissez Bouteflika ou Ouyahia, ou même Belkhadem, gravir les échelons qui mèneront, encore, à la Présidence de la république.
Dites-le ou taisez-vous à jamais !

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♣ C.A.D.C 

Les citoyens de la commune de Tkout située au cœur de la wilaya de Batna subissent les affres de la répression du pouvoir maffieux et assassin. Suite à l’assassinat d’un jeune citoyen du village de Taghit de cette commune dans la nuit du jeudi, par des gardes communaux zélés et à la l’enlèvement par la gendarmerie du compagnon de la victime, les citoyens se sont mobilisés pour dénoncer cet acte prémédité. Depuis le vendredi la tension n’a pas cessé d’augmenter. Les forces de répression qui ont commis l’irréparable, obéissant au régime Heggar, n’ont pas arrêté de multiplier les provocations et  les exactions exacerbant la colère de la population.  En effet, les gendarmes mafieux et assassins renforcés par un impressionnant dispositif  d’escadrons de la mort ont instauré un climat de terreur généralisé : passage à tabac  des passants innocents, arrestation de plusieurs dizaines de citoyens, atteinte à l’honneur et la dignité des villageois,  violations de domiciles nocturnes, sans mandat de perquisition, expéditions punitives et la chasse aux délégués du mouvement citoyen des Aarchs, ciblant même le délégué Salim IZA.   Face à ce drame vécu par nos frères des Aures le mouvement citoyen des Aarchs se pose la question sur les objectifs et les responsables de ces actes perpétrer au même moment dans les wilayattes de Khenchella, Ouargla, Adrar, Bourdj-Bou-Arrédj, Djelfa et de Batna. Et réaffirme encore une fois de plus que seul et uniquement l’alternative de la résistance citoyenne à travers une  dynamique de lutte nationale, rassembleuse et unificatrices  dans un cadre pacifique et démocratique peut constituer le rapport de force citoyen indispensable pour  imposer le changement face à ce système corrompu et corrupteur. Le mouvement citoyen des Aarchs, tout en apportant son soutien indéfectible, dénonce énergiquement les graves dépassements constatés au niveau de la localité de Tkout et exige la prise ne charge des doléances exprimées dans la rue notamment : La libération immédiate et inconditionnelle des détenus ; L’arrêt des expéditions punitives et de la chasse  aux délégués ;  L’arrestation des responsables, des commanditaires, des exécutants du crime de Taghit et leurs jugements par un tribunal civil ;  Et le retrait immédiat et inconditionnel des renforts dépêchés sur place ; Enfin, le mouvement citoyen des Aarchs réitère ses positions de principes et son engagement à poursuivre le combat citoyen jusqu’à la satisfaction de la Plate forme d’El Kseur scellée et non négociable, explicitée à Larbaa Nath Irathen à travers la mise en application du document historique et consensuel de cette honorable plate forme. Par ailleurs, une cellule de crise est installée par la présidence tournante afin de suivre de prés l’évolution de la situation au niveau des Aures et de préparer d’éventuelles actions de solidarité.    ULAC SMAH ULAC  LE COMBAT CONTINUE Pour la C.A.D.C. La présidence tournante  Tizi-Ouzou le 16 mai 2004         

Batna, Arris, Khenchela, le 1er Novembre 1954

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arouchs-Aures, 12 mars 2007

Communiqué

Encore une fois les mains des gendarmes se sont entachées de sang de deux jeunes citoyens innocents, des chawis, de Kaïs dans le pays chawi. Dans la nuit du 06 mars 2007, le jeune « Azzou » a été assassiné levant le masque sur cette institution pourrie et criminelle. Ayant bénéficié de l’impu nité dans les évènements du Printemps Noir en 2001 où un lourd tribu a été payé par la Kabylie (127 morts), la gendarmerie joue la prolongation dans le pays chawi en provocant les citoyens. Les dernières émeutes et les arrestations de Boumegar (N’gawes, Batna) nous rappellent celles des récentes années notamment le scandale des tortures affligées par des tortionnaires aux jeunes de T’kout en mai 2004 dans les locaux de la gendarmerie nationale.

Les deux bavures de la gendarmerie de la ville de kaïs démontrent que le système mafieux et assassin ne change pas ses méthodes répressives envers des citoyens démunis qui ont manifesté pacifiquement. L’institution de la gendarmerie nationale ouvre une autre liste d’innocentes victimes qui se rajoutent au livre noir d’une histoire pleine de bouleversements et de manœuvres.

Le Mouvement des Citoyens des Aarchs des Aurès présente ses condoléances aux familles des victimes et exprime solennellement son soutien et sa solidarité à tous les citoyens chawis et les appelle à la vigilance et de ne pas répondre aux provocations pour préserver les citoyennes et citoyens et garder ainsi le mouvement dans un cadre pacifique, responsable et revendicatif.

Le Mouvement Citoyen des Aurès dénonce énergiquement les pratiques dictatoriales du pouvoir, rentier et corrompu, et de ses institutions et leur incombe toute la responsabilité de ces émeutes qui engendreraient des dérives dangereuses dans la région.

Le Mouvement Citoyen des Aurès appelle toutes les citoyennes et tous les citoyens à la mobilisation et l’engagement pacifique et de soutenir les « inculpés » dans les évènements de Kaïs et les invitent de se déplacer massivement au tribunal de N’gawes le 13 mars 2007 où seront présentés les 18 jeunes poursuivis par la justice dans les événements de Boumegar.

Batna, 09 mars 2007-03-12

Wallich n Smah Wellich
La Lutte Continue

Les deux bavures de la gendarmerie de la ville de kaïs démontrent que le système mafieux et assassin ne change pas ses méthodes répressives envers des citoyens démunis qui ont manifesté pacifiquement. L’institution de la gendarmerie nationale ouvre une autre liste d’innocentes victimes qui se rajoutent au livre noir d’une histoire pleine de bouleversements et de manœuvres.

Le Mouvement des Citoyens des Aarchs des Aurès présente ses condoléances aux familles des victimes et exprime solennellement son soutien et sa solidarité à tous les citoyens chawis et les appelle à la vigilance et de ne pas répondre aux provocations pour préserver les citoyennes et citoyens et garder ainsi le mouvement dans un cadre pacifique, responsable et revendicatif.

Le Mouvement Citoyen des Aurès dénonce énergiquement les pratiques dictatoriales du pouvoir, rentier et corrompu, et de ses institutions et leur incombe toute la responsabilité de ces émeutes qui engendreraient des dérives dangereuses dans la région.

Le Mouvement Citoyen des Aurès appelle toutes les citoyennes et tous les citoyens à la mobilisation et l’engagement pacifique et de soutenir les « inculpés » dans les évènements de Kaïs et les invitent de se déplacer massivement au tribunal de N’gawes le 13 mars 2007 où seront présentés les 18 jeunes poursuivis par la justice dans les événements de Boumegar.

Batna, 09 mars 2007-03-12

Wallich n Smah Wellich La Lutte Continue

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31 octobre, 2007

T’Koukt, le 23 Mai 2004

Classé dans : T'kout : 1954, 2007 — eldzayer @ 19:31
   T'Koukt, le 23 Mai 2004 dans T'kout : 1954, 2007 mairiedetkoukt
VERITES SUR L’AFFAIRE DE T’KOUT… A NE PAS OUBLIER
Vérités sur l’affaire de Tkout
La population de Tkout, qui n’a fait que réclamer justice, a subi une répression féroce. D’autant plus féroce qu’elle avait eu lieu à huis clos, à l’abri des regards indiscrets.
dimanche 23 mai 2004.
Tkout est loin de tout. Ce n’est pas la Kabylie aux portes d’Alger, où le moindre pneu brûlé peut se retrouver à la une des journaux. Ici, quand on porte une arme et un uniforme, on peut tuer puis réprimer tout à son aise. Que s’est-il exactement passé ?
Genèse de l’affaireTout commence par un incident mineur au lycée de Tkout. Un lycéen, fiché pour son appartenance au mouvement des archs, est vivement rudoyé par les membres de l’administration avant d’être renvoyé de l’établissement sans motif apparent. Mécontents du traitement subi par leur ami, des jeunes de la localité entrent alors de force au lycée pour demander des explications au proviseur sur ce qu’ils considèrent comme un abus d’autorité et une injustice flagrante. Celui-ci ne les reçoit pas. De suite, il fait un rapport détaillé à sa tutelle et convoque l’association des parents d’élèves. Les parents se présentent et essaient de raisonner leurs enfants, leur demandant de s’occuper un peu plus de leurs études et un peu moins du mouvement des archs. L’administration du lycée leur fait signer une feuille de présence. Elle va servir à d’autres fins. En fait, à leur insu, ils venaient de parapher une dénonciation des agissements des lycéens impliqués dans le mouvement des archs. Malaise.

L’atmosphère à Tkout devient sourde de révolte contenue. C’est dans ce climat délétère qu’intervient, quelques jours après, un incident aussi grave que tragique. Un jeune de Taghit est abattu à bout portant par la garde communale de son propre village. À l’origine du drame : un menu larcin d’une affligeante banalité. Deux jeunes gens, Chouaïb Argabi et son ami, Ali Remili, chapardent quelques denrées alimentaires d’une épicerie de Ghassira. Ils vont cacher leur maigre butin dans une petite palmeraie à Taghit même en se promettant de revenir la nuit venue le récupérer en toute quiétude. À 22 heures, les gardes communaux voient des mouvements suspects du haut de leur guérite. Ils ouvrent le feu sans sommation, sans trop se poser de questions. Chouaïb Argabi est mortellement touché. Son ami est indemne. Partie de Taghit, la nouvelle de la bavure se répand dans les villages auressiens comme une traînée de poudre. Le lendemain matin, au centre de Tkout, Selim Yezza, l’un des délégués les plus en vue du mouvement des archs, anime un meeting où les jeunes viennent en force. Il appelle à la solidarité avec leurs camarades de Taghit. Aussitôt, des dizaines de jeunes prennent la direction de cette localité. Arrivés là-bas, ils ferment la route à la circulation et exigent le départ des gardes communaux. Un officier de la gendarmerie d’Arris arrive sur les lieux et tente de parlementer.

Le fait que le meurtrier soit d’Arris et la victime de Taghit n’arrange guère les choses. À ce niveau, d’autres considérations entrent en jeu. En effet, si le meurtrier appartient au arch des Ath Daoud, la victime, elle, appartient au arch des Beni Bouslimane et entre les deux tribus, il y a des contentieux vieux de plusieurs années, voire des siècles. Des archs, le risque est grand de glisser directement à l’arouchia. à l’arrivée des militaires d’Arris, les gardes communaux sont désarmés et cantonnés dans une mosquée tenue sous bonne garde. Vers 19 heures, les jeunes de Tkout, Taghit et Ghassira investissent la petite caserne des gardes communaux et sortent tout ce qui s’y trouve sur la chaussée avant d’y mettre le feu. La route restera fermée jusqu’à 4 heures du matin. Les militaires n’interviennent que pour calmer les esprits. La route est ouverte, mais pas pour longtemps. Vers 13 heures, le commandant du secteur militaire arrive, accompagné d’un colonel. Cet officier supérieur engueule publiquement son capitaine, lui reprochant son laxisme, mais il parlemente avec Selim Yezza. Mais le ton monte rapidement entre le colonel et le délégué des archs qui n’échangent pas que des amabilités. Très rapidement, “les gardes mobiles”, tels que les désignent les jeunes, sont appelés en renfort. Ce sont ceux de Aïn Yagout et ils ont acquis leurs galons dans la répression féroce des évènements de Kabylie. Leur réputation n’est plus à faire. Un militant du RND avertit Selim Yezza et son ami, le dénommé Abderrezak, qu’ils sont désignés comme étant les meneurs de la contestation et qu’ils sont activement recherchés. Ils ont juste le temps de fuir à travers l’oued Labiod, quelques minutes avant l’arrivée des renforts. Les forces anti-émeutes, une fois sur place, ne font pas dans la dentelle. Elles s’en donnent à cœur joie. Arrestations, courses poursuites, passages à tabac et insultes en tous genres sont au programme. Des dizaines de jeunes sont arrêtés et enfermés, soit à Tkout, soit à Ghassira. Vers 19 heures, ils font leur apparition à Tkout, à l’heure de la prière. Ils tabassent et arrosent copieusement d’injures tous ceux qu’ils trouvent sur leur chemin, y compris ceux qui sortent de la mosquée. Des domiciles sont perquisitionnés. Violemment. Beaucoup de jeunes sont arrêtés alors que d’autres ne trouvent leur salut que dans la fuite éperdue à travers les champs en direction du maquis tout proche. Dans la caserne de gendarmerie se déroule un autre rituel. Chaque nouvel arrivant a droit au même régime : on lui enlève ses chaussures et sa ceinture avant le passage à tabac réglementaire.

Le lendemain matin, vers 10 heures, la chasse aux militants des archs repart de plus belle. Dans la matinée, Athmani Nourredine, dit Nounou, est arrêté, son ami Toufik Khellafi arrive à s’enfuir. Le soir, un quartier de Tkout, Tigheza, est investi par les forces anti-émeutes. Une autre fournée de jeunes rejoient les autres camarades qui croupissent déjà dans la caserne de gendarmerie. Ils ont droit au même “traitement de faveur” fait de bastonnades et d’insultes. Un militant du MDS est arrêté chez lui. Il a osé afficher un communiqué de son parti pourtant dûment agréé. Tout le matériel de son cybercafé est saisi. Aucune nouvelle n’a émané de lui jusqu’à présent. Mardi, les jeunes de Tkout s’enfuient du village, chacun selon ses moyens. Destination Alger, Batna, Biskra ou ailleurs. La répression féroce qui s’abat sur eux les force à la clandestinité. Dans leur élan, les forces répressives ont arrêté à tour de bras y compris d’anciens militants qui ont raccroché les gants depuis dix ans et plus.

Règlement de compte ou bavure ?

La version que nous avons recueillie auprès des parents et des voisins de Chouaïb Argabi à Taghit même apporte d’autres éclairages. Elle corrobore la thèse d’un assassinat ciblé et prémédité plutôt que celle d’une bavure. Chouaïb a 19 ans et il est chômeur comme la plupart des jeunes de Taghit. Son père est un vieux fellah, pauvre mais digne. Avec son ami Ali Remili, Chouaïb a chapardé quelques gâteaux et des jus de fruit d’une boutique sise à Ghassira qu’ils vont ensuite planquer dans un bosquet situé à mi-chemin entre la maison des Argabi et le cantonnement de la garde communale. L’endroit est une source en contrebas de la route. Dans la journée, une femme, qui va y puiser de l’eau, trouve un sachet noir contenant des produits alimentaires. Elle informe son mari qui va de suite informer les gardes communaux et du larcin et de son auteur supposé en désignant Chouaïb.

Vers 20 heures, dans la soirée du jeudi, Chouaïb sort de la maison et va s’acheter des cigarettes au centre du village en compagnie de son ami. Sur le chemin du retour, ils trouvent deux gardes communaux adossés au mur de leur caserne. Trente mètres plus loin, ils descendent vers le lieu de leur cachette. Un bosquet de lauriers roses d’où émergent deux palmiers. C’est également une source très fréquentée par les villageois qui viennent y puiser de l’eau. Deux sentiers caillouteux y mènent. Sur place, trois gardes communaux leur ont tendu une souricière. En fait, une véritable embuscade. Il est 20h30, il fait nuit, mais trois puissants projecteurs convergent leur lumière vers la scène où va se dérouler le drame. Un garde tire sur Chouaïb à bout portant. Sans sommation. À trois ou quatre mètres de distance, il lui loge 8 balles dans la tête et dans le thorax. Sur les lieux que nous avons visités, une très grosse flaque de sang coagulé témoigne de l’endroit où il est tombé. Son ami, lui, est indemne mais il est en état de choc. Des villageois affirment avoir entendu une voix rageuse qui criait : “Amar, arrête de tirer !”. Et le dénommé Amar de répondre : “C’est bien Chouaïb qui est mort, n’est-ce pas ?”. C’est l’un de ses collègues qui a arrêté le tireur en levant le canon de son arme vers le ciel et en lui criant : “Habess ya âmar !”.

Pour chaque sortie sur le terrain ou embuscade, les gardes doivent avoir l’aval des militaires. C’est le règlement. Dans ce cas précis, aucune autorisation n’a été demandée. De plus, quand il s’agit de tendre une embuscade à des terroristes, on n’y va pas à trois alors que la caserne de Taghit compte, aux dires des habitants, 45 éléments. Tout indique qu’il s’agit d’un règlement de compte prémédité. Après avoir ouvert le feu, les gardes communaux ont laissé le mort sur place en écartant les curieux et sont allés chercher les militaires cantonnés à Tighanimine. À 1 heure du matin, après avoir fermé la route à la circulation, la dépouille du jeune Chouaïb est emmenée à la morgue d’Arris puis à Batna. Le lendemain matin, près de 500 jeunes des villages environnants barricadent la route et réclament justice aux autorités qui sont arrivées sur place.

Il y a là le chef de daïra de Tkout et le capitaine de la gendarmerie d’Arris. Un ultimatum qui court de midi jusqu’à 19 heures leur est donné pour faire partir les gardes communaux. L’ultimatum a expiré et aucune réponse ne parvient des autorités. C’est le silence radio. Les jeunes investissent alors le cantonnement des gardes communaux et sortent leurs effets sur la chaussée. Leur colère augmente d’un cran lorsqu’ils découvrent du vin, des préservatifs et des “cachets”. À ce stade, il convient de dire que les gardes communaux n’étaient déjà pas en odeur de sainteté. Depuis leur arrivée à Taghit voilà deux ans, la population les tient à l’écart. Ils ont occupé le seul dispensaire de santé de la localité ; ce qui n’est pas fait pour leur attirer des sympathies. De plus, on leur reproche des mœurs incompatibles avec les traditions séculaires d’une région où la “horma” n’est pas un vain mot. Les villageois que nous avons rencontrés nous disent qu’entre Chouaïb et celui qui allait devenir son meurtrier, il y avait depuis bien longtemps un différend relatif au comportement dénué de toute moralité du garde. Autre point de discorde, une guérite a été élevée sur le toit de la mosquée qui n’est séparée du cantonnement de la garde que par la route. Ce poste de garde sur un lieu de culte ne pose pas de problème en lui-même, mais le comportement des militaires qui l’occupent est vécu par tous comme un sacrilège. Le commandant du secteur militaire, à son arrivée, reconnaît la bavure. Trois gardes avaient déjà pris la fuite en emportant leurs armes. Des camions emmènent le reste du groupe à Ghouffi. Les jeunes croient le problème en voie d’être réglé. Ils vont rapidement déchanter à l’arrivée des forces anti-émeutes de Aïn Yagout. C’est une répression sans merci qui va s’ensuivre. L’enterrement du jeune Chouaïb a lieu samedi vers le milieu de l’après-midi. Il a fallu un véritable parcours du combattant pour faire sortir la dépouille de l’hôpital de Batna. Suprême raffinement de cruauté pour une famille touchée dans sa chair, il a fallu graisser la patte du laveur de mort, 400 DA, pour qu’il fasse son office.

Une foule nombreuse a assisté à l’inhumation. L’emblème national recouvrait le cercueil. Un emblème arraché de la caserne des gardes communaux. Pas une seule autorité civile ou militaire n’a montré le bout de son nez. Elles sont venues le mardi suivant pour réclamer le paiement des quittances de la Sonelgaz en menaçant de couper l’électricité à tous. Pour preuve, à Taghit, un jeune garçon qui nous avait pris pour un agent de la Sonelgaz se présente à nous pour s’enquérir des modalités de paiement. À l’heure actuelle, des dizaines de jeunes croupissent encore dans les prisons d’Arris ou d’ailleurs. Leur procès est fixé au mardi 24 mai, bien avant celui du meurtrier. Une célérité étonnante de la part d’autorités qui s’empressent de juger les conséquences avant les causes et qui démontre une volonté de briser une contestation populaire avant qu’elle ne prenne d’autres proportions. Les habitants de Taghit nous racontent leur colère, leur dénuement et leur pauvreté avec des mots empreints de beaucoup de dignité. Nous prenons congé d’eux en leur promettant de revenir pour un reportage sur leurs dures conditions de vie. Tout au long de la vallée de oued Labiod, Ighzer Amellal comme on l’appelle ici, nous ne voyons que des vieux accroupis par terre, fumant le “aârâr” et des femmes qui gardent les chèvres ou qui remontent des champs en ployant sous le fardeau de leurs fagots de bois ou d’herbes sèches. À Batna, où nous avons vainement essayé d’entrer en contact avec des militants entrés dans la clandestinité, on organise des portes ouvertes sur la Gendarmerie nationale, en ce jeudi printanier.

On ne peut s’empêcher de penser que si à Batna les portes sont ouvertes sur des gendarmes qui ne font que leur devoir, à Arris, Tkout et Taghit, elles restent fermées sur des citoyens qui ne réclament que leurs droits.

Par Djamel Alilat, Liberté

Jeunes torturés par la gendarmerie

Classé dans : T'kout : 1954, 2007 — eldzayer @ 19:26

Salim Yezza est le principal animateur du mouvement citoyen des Aurès.

lundi 31 mai 2004.

Le Matin : Comment avez-vous vécu tous ces jours de clandestinité ?
Salim Yezza : Je refuse d’utiliser le mot clandestinité parce qu’en réalité je ne suis à aucun moment sorti de T’kout. Nous étions protégés, moi et d’autres délégués, par la population. Des hommes et des femmes formidables se sont mobilisés pour monter la garde dans tous les villages où je passais la nuit. Hier, la veille de mon départ, nous avons mené une grande campagne de sensibilisation pour qu’un maximum de personnes participent à la marche de protestation qui doit avoir lieu aujourd’hui à T’kout. Une grève générale est prévue au cours de la même journée. C’était vraiment incroyable, la population était ravie de voir le mouvement de nouveau à l’oeuvre après ce qui s’est passé. Notre popularité a augmenté car tout le monde est conscient que nous avons tout fait pour ne pas sortir du cadre pacifique.

Combien de personnes se trouvaient avec vous ?
Trente personnes, délégués et jeunes militants du mouvement, ont vécu ces journées.

Pourquoi êtes-vous recherché aujourd’hui ?
Le Pouvoir est décidé à casser le mouvement citoyen des Aurès car il a donné un caractère national au mouvement des aârouch de Kabylie. Il a été créé à T’kout le 24 avril 2001, soit une vingtaine de jours seulement après l’assassinat du jeune Guermah Massinissa. Le mouvement n’a pas tardé à prendre de l’ampleur pour s’étendre à d’autres localités, dont Arris. Le Pouvoir a immédiatement réagi en infiltrant certaines cellules et en les faisant éclater ensuite. Son objectif est de cantonner le mouvement des aârouch à la Kabylie, de faire croire à l’opinion publique qu’il s’agit d’un phénomène régional. Pour casser son prolongement à T’kout, il a entrepris de nombreuses manuvres, mais en vain. Les corrompus ont été exclus. En 2003, une visite de Bouteflika a été annoncée à T’kout. Immédiatement, nous nous sommes réunis pour signifier notre refus de le recevoir. Des communiqués ont été rédigés et c’est dans ce cadre que la gendarmerie m’a arrêté. J’ai subi un interrogatoire de cinq heures, ce qui a poussé la population à réagir en exigeant que ces derniers me relâchent auquel cas des émeutes auraient éclaté à la veille de la visite du Président. Par la suite, la justice m’a envoyé de nombreuses convocations. Plusieurs d’entres elles ont été interceptées par la gendarmerie qui les a dissimulées afin de me mettre en difficulté avec la justice. Reporté à plusieurs reprises, le procès est fixé au 19 juin. Je ne comprends donc pas pourquoi on me recherche.

Vous reproche-t-on d’avoir déclenché les évènements de T’kout ?
L’opinion nationale doit savoir que le mouvement n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Au contraire, sans notre intervention de graves dérapages auraient pu se produire. Nous avons arraché les munitions découvertes dans les locaux de la gendarmerie des mains des jeunes et nous les avons remises aux concernés par le biais d’intermédiaires.
Après l’assassinat du jeune Argabi Chouaïb, des personnes inconnues à la ville ont provoqué la population et alimenté sa colère pour la pousser à incendier, non pas les locaux de la gendarmerie, comme cela a été rapporté, mais les affaires qui se trouvaient à l’intérieur.

Avez-vous découvert de qui il s’agissait ?
Pas du tout, nous ne le savons pas à ce jour. Tout ce que je sais c’est que le mouvement ne sortira jamais du cadre pacifique. Mais ils nous ont eu par surprise.

Votre père est toujours prisonnier ?
Oui, il est otage, ils exigent ma reddition pour le relâcher. Mon petit frère aussi a été embarqué alors qu’il n’a pas pris part aux émeutes. Il a été condamné à trois ans de prison.

La situation dans les Aurès peut-elle, selon vous, dégénérer au point d’en arriver à celle qui prévaut aujourd’hui en Kabylie ?
Absolument. La situation qui prévaut actuellement à T’kout n’augure rien de bon. Le scénario qui a précédé les évènements qu’a vécus cette ville commence à se dérouler dans d’autres localités. La population est menacée, provoquée Sur un autre volet, il faudrait rappeler que le mouvement exige le départ de la gendarmerie.

Que compte faire votre mouvement à présent ?
Vous savez, et pour être honnête, nous avons reçu de sérieux coups ; à présent, nous sommes en phase de restructuration. La campagne que nous avons menée la veille de notre départ à T’kout nous a redonné espoir. Le mouvement se relèvera rapidement. Je voudrais seulement ajouter que la seule raison qui m’a poussé à sortir de T’kout est de venir témoigner ma solidarité au directeur du Matin dont le procès se déroulera aujourd’hui.

Pouvez-vous en dernier lieu nous confirmer les sévices endurés par les jeunes après leur arrestation ? La gendarmerie nie ces faits
Au cours de la nuit où les jeunes ont été arrêtés, leurs cris nous parvenaient jusqu’à l’extérieur. Tout le monde a entendu les hurlements de ces malheureux. Les parents des victimes qui se sont rendus à la gendarmerie pour emmener à leurs enfants de quoi manger ont vu les détenus nus alignés dans les locaux. Ils ont attenté à leur honneur. Tous ceux qui ont témoigné le contraire mentent.

Propos recueillis par Abla Chérif, Le Matin

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